Destins

Netflix consacre deux mini-séries à Maradona et Monzon

Le diffuseur consacre une série documentaire et une série jouée à deux des sportifs argentins les plus intéressants et controversés: Diego Maradona et Carlos Monzon

L’une des réussites de la plateforme Netflix est de mettre à portée de clic des productions non hollywoodiennes permettant d’entendre d’autres langues que l’anglais. Lorsqu’il prend l’accent traînant et très accentué du Rio de la Plata, l’espagnol s’orne de «che» (toi) et de «vos» (tu) reconnaissables entre tous. Et s’il foisonne de références aux «huevos», à Dieu, aux péripatéticiennes et aux parturientes, pas de doute: il est question de sport en Argentine.

Depuis peu, Netflix propose ainsi deux mini-séries sur deux maxi-champions: le footballeur Diego Armando Maradona et le boxeur Carlos Monzon. L’une est un documentaire, l’autre une fiction jouée par des acteurs; les deux sont passionnantes pour aborder le thème du héros déchu. En sept épisodes de 25 minutes, Maradona au Mexique suit les péripéties du pibe de oro à la tête de l’équipe des Dorados de Sinaloa, entre septembre 2018 et juin 2019. Comment ce petit club de deuxième division mexicaine a-t-il pu s’offrir Maradona entraîneur treize ans après avoir eu Pep Guardiola joueur? L’inverse aurait pu révolutionner deux fois le football. Dans ce sens, ce n’est qu’un hasard, une curiosité.

Et aussi, au début, surtout une moquerie. «C’est comme si un diabétique entrait dans une confiserie», ironise un supporter. Maradona, ancien cocaïnomane, au pays du plus puissant cartel de la drogue mexicain, celui d'«El Chapo» Guzman, lui aussi popularisé par Netflix. Et pourtant… Treizièmes sur 15 à l’arrivée de leur nouvel et prestigieux entraîneur, les Dorados enchaînent les victoires, se qualifient pour les play-off et n’échouent qu’au dernier match, en finale retour. Les caméras, qui entrent dans les vestiaires, ne dévoilent aucune tactique révolutionnaire. Maradona l’entraîneur se sert à fond de Maradona le mythe. Il aspire toute la pression, recrache de la confiance, donne de l’amour et même de l’argent (pour payer des soins coûteux à certains de ses joueurs), et ne veut puiser en retour que de l’estime retrouvée. «Merci de m’avoir ramené à la vie. Vous m’avez rendu heureux», dira-t-il en partant.

Le corps d’un vieillard

Maradona est un personnage de théâtre au teint de cire et aux cheveux teints. Il a toujours autant de colère mais plus beaucoup de voix. A 58 ans, son corps est celui d’un vieillard. Ses genoux sont déformés par l’arthrite, son visage bouffi par la cortisone. Au masseur qui tente de soulager ses jambes qui peinent à le porter, il confie: «Souvent, je me demande quel joueur j’aurais été sans la drogue…» Et Monzon, quel homme aurait-il été sans l’alcool? Le boxeur savait se sevrer, le mari avait le vin mauvais, en plus d’être jaloux et susceptible.

Pour bien distinguer les deux, les auteurs de la série Monzon, a knockout blow (13 épisodes de 45 minutes environ) ont engagé deux acteurs. L’un, jeune, félin et anguleux, donne corps à l’un des plus redoutables poids moyens de l’histoire. L’autre, la cinquantaine bedonnante, est plus taciturne qu’apaisé. L’histoire alterne entre les deux, entre la naissance d’un champion et la reconstitution d’un meurtre. En 1988, Carlos Monzon défenestra sa seconde femme, Alicia Muniz, un soir de Saint-Valentin. L’affaire eut un énorme retentissement en Argentine, et contribue à porter sur la place publique la question des féminicides. Reconnu coupable d’homicide volontaire, l’ancien champion du monde fut condamné à 11 ans de prison. Il n’en effectua que 6, se tuant dans un accident de voiture le 8 janvier 1995, au retour d’un week-end de permission.

Les deux destins ne sont pas comparables mais montrent combien il est difficile d’être et d’avoir été. Des années après la fin de leur carrière, Monzon continuait de se faire appeler «campeon» tandis qu’après les matchs des Dorados, Maradona chante des chansons à sa propre gloire avec ses joueurs. Constamment à la limite, ils tiennent lorsqu’ils sont cadrés et encadrés par leurs exacts contraires, la figure paternelle de l’entraîneur Amilcar Brusa ou l’austère adjoint Luis Isla. Ceux-là sont comme l’œil d’un cyclone autodestructeur.

Publicité