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Neuchâtel Xamax, du travail de pro

Plus de six ans après sa faillite, le club neuchâtelois fera son retour en Super League samedi à Lucerne. Cela marque la fin d’une aventure autant que le début d’un nouveau chapitre de son histoire. Il s’agira de bien exploiter des moyens limités pour se maintenir dans l’élite

Le grand moment est arrivé. Six ans, cinq mois et dix-huit jours après en avoir été éjecté, Neuchâtel Xamax retrouve l’élite du football suisse ce samedi, à l’occasion d’un déplacement à Lucerne. L’incontestable champion de Challenge League, promu avec 21 points d’avance en fin de saison dernière, a-t-il eu le temps de se hisser au niveau supérieur? «Notre objectif, ce sera le maintien et rien d’autre. Mais nous avons bien travaillé. Je suis serein», lance Christian Binggeli.

Business as usual, vraiment? Au bout du fil, le président marque une pause, puis reprend: «Bon, je vous l’avoue: je commence à sentir la pression s’installer dans mon estomac.»

Le contraire aurait été étonnant: ce n’est pas le début d’un championnat comme un autre. Neuchâtel Xamax revient de très, très loin. En mai 2011, son propriétaire Sylvio Bernasconi trouve acheteur pour les actions qu’il cherche à vendre depuis quelque temps en la personne d’un certain Bulat Chagaev. Citoyen russe d’origine tchétchène, il enverra le club à la casse en huit mois d’un feuilleton invraisemblable où se croisent footballeurs de talent, entraîneurs sacrifiés et une galerie de personnages louches en coulisses.

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Pour le fantasque dirigeant, l’affaire ne trouvera son épilogue qu’en septembre 2017, avec la confirmation en appel d’une peine de 3 ans de prison (dont la moitié ferme) pour gestion fautive et déloyale, détournement d’impôts à la source, tentative d’escroquerie et faux dans les titres. Mais, pour Neuchâtel Xamax, l’épisode est bouclé dès janvier 2012. Le 18, la Swiss Football League lui retire sa licence de jeu, l’excluant de facto du championnat de première division. Le 24, le club dépose son bilan. Le 26, sa faillite est prononcée. Le fruit de la fusion, en 1970, du FC Xamax et du FC Cantonal Neuchâtel s’éteint dans une odeur de soufre et une impression de gâchis.

Nouvel horizon

Il ne tardera pas à renaître de ses cendres. En février est créée la Fondation Gilbert Facchinetti pour organiser le football juniors à Neuchâtel. Suit une nouvelle société anonyme, Neuchâtel Xamax 1912 SA, pour encadrer une première équipe qui repart en 2e Ligue interrégionale, le cinquième niveau de la hiérarchie. Supporter de la première heure, Christian Binggeli prend la tête du comité avec des ambitions de résultats (ramener le club à un niveau plus digne de son histoire) et de méthode (adopter une gestion soucieuse des valeurs humaines).

Dans l’arrière-cour du football suisse, sans trop faire de bruit, Neuchâtel Xamax travaille bien. Fusionne avec le FC Serrières. Enchaîne trois promotions consécutives. Et se retrouve dès l’automne 2015 en deuxième division, ce qui constituait l’objectif de départ. «Ce parcours, je le regarde avec émotion, glisse Christian Binggeli. Il aura cumulé beaucoup de moments forts, partagés avec de vrais amoureux du club.» Mais, rapidement, retrouver l’élite s’impose comme un nouvel horizon nécessaire.

«Les deux dernières années en Challenge League auront été longues, reconnaît le président. Dans ce championnat, il y a des matchs peu attractifs, qui se jouent devant des publics très maigres, et pourtant vous n’avez que peu le droit à l’erreur. Au printemps, j’avais souvent mal au ventre malgré notre avance au classement. Je me disais que tout pouvait aller vite, et je ne nous voyais pas rester encore une saison de plus à ce niveau…» Le 22 avril, son estomac peut se dénouer après une victoire contre Schaffhouse: la promotion est assurée.

Un nouveau monde

Le match de samedi contre Lucerne marque ainsi la fin d’un voyage de plus de six ans. Mais aussi le début d’une nouvelle histoire, dans laquelle Neuchâtel Xamax n’est plus le grand club en mission réhabilitation, mais une des formations les plus modestes de son championnat. Son budget est limité (7,5 millions de francs pour l’ensemble des activités du club), comme son expérience sur le plan administratif. Les dirigeants travaillent depuis le mois de janvier – «On peut l’avouer maintenant», rigole Christian Binggeli – pour mettre ses structures et son organisation au niveau de la Super Legaue.

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Des aménagements ont dû être opérés dans le stade (installation de filets derrière les buts, de caméras tactiques, d’un système de lecture des codes-barres pour le ticketing) et au niveau des ressources humaines, avec l’engagement notamment d’une personne à plein-temps pour gérer les questions de sécurité. Pour amortir le choc de la nouveauté, Neuchâtel Xamax s’est rapproché de l’entreprise Grand Chelem Management, appartenant à l’ancien patron du Lausanne-Sport Alain Joseph. Elle met à la disposition du club les ressources personnelles nécessaires pour la bonne marche quotidienne des affaires. «Passer de la Challenge League à la Super League, c’est quitter le semi-professionnalisme pour le véritable professionnalisme», souligne Christian Binggeli.

Quarante propositions quotidiennes

En parallèle, il a aussi fallu construire une équipe compétitive. Là encore, le staff de Neuchâtel Xamax a parfaitement pu mesurer le saut entre les deux divisions. «Ce qui m’a marqué au départ, c’est qu’on nous a proposé n’importer quoi, n’importe qui, reprend le président. Depuis que notre promotion est entérinée, nous recevons entre trente et quarante offres de joueurs par jour. Nous sommes assaillis de messages WhatsApp, de téléphones, d’e-mails. Au début, on prête attention à tout en se disant qu’une pépite se cache peut-être dans le lot. Et puis rapidement, on bloque les numéros de téléphone et on ne lit plus les mails…»

Dans les médias neuchâtelois, l’entraîneur Michel Decastel ne cache pas qu’il ne serait pas contre quelques renforts. Mais Christian Binggeli est là pour ne pas perdre la réalité financière des yeux. «Mettre un million ou même 500 000 francs pour aller chercher un crack de Young Boys, on n’en a pas les moyens. Nous devons nous contenter de joueurs libres et de prêts.»

Ses renforts, Xamax est allé les chercher dans des championnats étrangers peu cotés (Albanie, Kosovo, quatrièmes divisions allemande et espagnole) ou en Challenge League. «A lire les médias ces jours, j’ai un peu l’impression qu’on nous prend pour des rigolos qui n’ont ni beaucoup d’argent, ni des vedettes dans le contingent, déplore le président. Mais les joueurs qui ont assuré la promotion ne sont pas devenus mauvais en quelques mois non plus…»


En Super League, avantage Young Boys

La même question s’est posée chaque été pendant près d’une décennie: une équipe parviendra-t-elle à chatouiller le FC Bâle cette saison? Mais l’ogre du football suisse a fini par être vaincu par Young Boys, et rien n’indique que ce n’était qu’un incident de parcours sans lendemain.

A ce stade, le club rhénan semble sortir perdant du mercato estival. Plusieurs cadres ont quitté le navire: le milieu de terrain Mohamed Elyounoussi a trouvé de l’embauche à Southampton, le stoppeur Léo Lacroix (en fin de prêt) s’en est retourné à Saint-Etienne et le latéral Michael Lang a saisi l’opportunité de jouer en Bundesliga (Borussia Mönchengladbach). Le retour au pays de Silvan Widmer (Udinese) compensera ce dernier départ, mais le potentiel de plusieurs autres renforts – en provenance des Pays-Bas, de Grèce ou de Ligue 2 française – demeure plus mystérieux.

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Young Boys, de son côté, n’a pas été pillé de ses meilleurs éléments. A la tête de l’équipe, Gerardo Seoane a remplacé Adi Hütter. Il aura la chance de pouvoir compter sur un effectif stable, qui a fait ses preuves la saison dernière.

Mais la donne pourrait encore changer. Les clubs suisses ont jusqu’au 31 août pour accomplir des transferts internationaux, et jusqu’au 30 septembre pour se renforcer localement. Tous les quatre ans, le marché global tourne au ralenti pendant la Coupe du monde, avant de s’emballer. Les mouvements de joueurs à l’étranger ne manqueront pas de créer des appels d’air dont pourront profiter les clubs suisses.


En Challenge League, un duel romand

Quelques mois après la promotion de Neuchâtel Xamax, le championnat de Challenge League recommence avec la perspective d’être une nouvelle fois dominé par le football romand. Le Lausanne Sport et Servette paraissent armés pour viser la montée. Avec le retour d’un barrage entre le dernier de Super League et le deuxième de Challenge League, en plus de la promotion automatique du champion de deuxième division, il pourrait même y avoir deux places à prendre.

Retrouver le Lausanne-Sport dans l’antichambre de l’élite tient de la petite surprise. Quand, en novembre 2017, le club vaudois est racheté par le géant de la pétrochimie Ineos, il se projette davantage vers une qualification européenne que vers la lutte contre la relégation. Tout ira pourtant de travers et, après deux ans en Super League, le voilà de retour à l’échelon inférieur. Les moyens financiers de son propriétaire en font néanmoins le principal candidat à la promotion directe. C’est dans cette optique qu’a été engagé le nouvel entraîneur Giorgio Contini (ex-Saint-Gall).

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Pour relever le défi lausannois, le voisin lémanique Servette paraît en première ligne. Troisièmes des deux derniers championnats de Challenge League, les Genevois – désormais placés sous la conduite d’Alain Geiger – ont de l’ambition mais ils se refusent à le claironner. Aarau et Vaduz, passés plus ou moins récemment et plus ou moins longtemps par l’élite du football suisse, sont en embuscade pour y retourner.

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