La Super League est née dans l'antre de son plus farouche partisan, Grasshoppers, devant une chambrée très sage et avec un parfum de saucisses grillées. Pour un peu, si ce n'était une cohorte de VIP endimanchés, ce décor avait quelque allure de tournoi des familles, pas désagréable somme toute, mais plutôt incongru pour une rencontre qui opposait deux représentants suisses en Coupe d'Europe. Longue vie à la Super League, la bien nommée…

«L'ambiance», si l'on peut dire, est restée paisible sur le terrain aussi. Avec un Grasshoppers aux jambes lourdes et aux idées courtes, prudemment contrarié par un Xamax en phase expérimentale, le débat est resté au stade des intentions, pas toujours claires d'ailleurs. Pas de rythme, peu de prise de risques, aucune action d'éclat. Rien d'inhabituel et de déshonorant, en tout état de cause, pour une reprise aussi précoce. Finalement, il aura fallu que Roland Schwegler commette une étourderie et abuse son propre gardien pour que le match échappe à son destin: un 0-0 de la meilleure veine.

«Nous ne gagnerons pas chaque fois en jouant de la sorte», convenait avec classe Claude Ryf, l'entraîneur de Neuchâtel Xamax. «GC m'a beaucoup déçu. Je ne prétendrais pas non plus que nous avons brillé, notamment dans la circulation du ballon, où nous devons progresser.»

Entre les deux «Européens», les données sont fondamentalement différentes. Avec un effectif stable et un système de contre-attaque parfaitement assimilé, Grasshoppers est opérationnel de suite. Tel ne sera pas le cas, tant s'en faut, de Xamax. A budget modeste, moyens – techniques – limités. Les Neuchâtelois, profondément attachés à leurs vertus collectives, poursuivent leur quête d'intelligence, de cohérence tactique. Mais il faudra du temps pour recadrer la nouvelle équipe, destituée de trois créateurs essentiels, Simo, Leandro et Buess. Le départ de ce dernier, surtout, chagrine Claude Ryf. En cela, le coach neuchâtelois partage désormais un problème commun avec Köbi Kuhn, le sélectionneur national: la pénurie de latéral gauche. Dans l'attente d'une trouvaille insoupçonnée, Xamax a inauguré, au Hardturm, une défense à trois expérimentale. Du temps, une simple question de temps.

Pour GC, en revanche, le temps presse, qui véhicule son lot quotidien de tracasseries. Alfred, robuste et véloce demi de couloir, attend toujours son bon de sortie de la Fédération nigérienne, laquelle lui conteste ce droit pour des raisons obscures. Au-delà de ces problèmes administratifs, Richard Nuñez, buteur de Grasshoppers depuis deux ans, est maintenant suivi avec attention par les Girondins de Bordeaux, à la recherche d'un successeur à Pauleta (Paris SG). Le départ du vif Uruguayen serait une perte sèche et inestimable pour Marcel Koller, l'entraîneur des Zurichois. «Hélas, nous devons vivre avec une nouvelle réalité: nous n'avons plus d'argent pour réaliser de gros transferts.»

L'an passé déjà, Guy Roux avait manifesté un intérêt poli pour Nuñez, qu'il était venu visionner en jet privé. Le patriarche de l'AJ Auxerre en avait tiré cet enseignement: «Des joueurs comme lui, nous en possédons plusieurs en équipe réserve!» Bordeaux est d'un autre avis – ou alors son équipe réserve est moins forte. Si les négociations devaient échouer avec le Brésilien Deivid, la priorité absolue des Girondins – pour six millions d'euros – Nuñez verrait s'entrebâiller les portes du championnat de France, et GC, probablement, se refermer celles de la Ligue des champions.

Car voilà, hier encore, l'Uruguayen fut à l'origine des meilleurs mouvements de son équipe. Tout passe par lui. Tantôt en retrait, dans une position de neuf et demi, tantôt sur le flanc gauche, parfois en pointe, Nuñez tire parti de sa vivacité et de son adresse dans un système de contre-attaque qui, souvent, lui accorde une grande liberté de manœuvre. A moins d'un mois des échéances européennes, GC compte les jours. Et prie.