Pour le grand public, les Jeux olympiques de Pyeongchang débuteront avec la cérémonie d’ouverture le 9 février 2018. Pour les mordus de sports d’hiver, ce sera un peu avant, avec les sélections officielles, les articles de presse, l’engouement qui monte petit à petit. Pour les officiels, les entraîneurs et les athlètes, enfin, le coup d’envoi des vingt-troisièmes JO d’hiver a déjà été donné, en fin de semaine dernière, lors d’un rassemblement général à Nottwil.

Les Jeux débutent dans neuf mois. Pyeongchang se situe à 9000 kilomètres. Tout cela paraît bien loin. «C’est précisément la raison pour laquelle cette rencontre olympique est très importante, explique le chef de mission Ralph Stoeckli. La Corée du Sud est un pays peu connu dans le monde des sports d’hiver. Il est important de préparer tout le monde à ce qui nous attend sur place.»

Il faut que notre concept soit parfaitement au point car il y aura beaucoup de déplacements à prévoir

Pour l’heure, le défi est du côté des responsables de Swiss Olympic. Les Jeux olympiques s’articuleront autour de trois sites, dont deux comprenant des villages d’athlètes; l’un à Gangneung au bord de la mer, l’autre à Alpensia en montagne. «Il faut que notre concept soit parfaitement au point car il y aura beaucoup de déplacements à prévoir», poursuit l’ancien curleur, médaillé de bronze à Vancouver en 2010. Qui avoue quelques difficultés à communiquer avec les organisateurs locaux, malgré des assistants mandatés pour faire la transition.

«Pour l’instant, les Coréens me donnent l’impression d’être les Brésiliens de l’Asie. Ils sont à la manœuvre mais on ne sait pas si tout va marcher ou pas. Sur certains aspects, on ne sait pas trop où l’on va. Mais nous avons l’expérience de Rio 2016 pour rester calmes, ça aide.»

Champions détendus

Les athlètes, eux, ne sont pas encore dans le feu de l’action. Au contraire. La plupart ont terminé leur saison ces dernières semaines et, dans l’immense hall d’entrée d’un grand hôtel dédié à l’organisation de séminaires sur les bords du lac de Sempach, ils se montrent détendus et accessibles. Médaillé d’or à Sotchi en 2014, Iouri Podladtchikov bavarde longuement avec les journalistes de la télévision alémanique. La championne du monde du combiné alpin Wendy Holdener enchaîne les interviews tout sourire. Sa grande copine Michelle Gisin, qui l’accompagnait sur le podium à Saint-Moritz, n’est pas très loin: elle discute avec le conseiller fédéral Guy Parmelin, d’humeur joviale.

Certaines des plus grandes stars manquent à l’appel, mais Lara Gut, Simon Ammann ou Dario Cologna connaissent la musique olympique. «Cette rencontre est surtout primordiale pour les jeunes athlètes et nous en aurons beaucoup à Pyeongchang, insiste Ralph Stoeckli. A Nottwil, ils vont pouvoir dialoguer avec des athlètes confirmés sur le déroulement d’un tel événement.»

Le contexte local ne va pas changer ma manière de skier, mais il peut influencer la préparation, l’état d’esprit

La skieuse Camille Rast aura 18 ans au moment des Jeux olympiques. Elle a déjà vécu les Mondiaux de Saint-Moritz mais pressent quelque chose de plus grand et, surtout, d’autrement dépaysant. «Je n’ai aucune idée de ce qui nous attend. Je ne connais ni la neige, ni le pays, ni la façon de vivre des gens. La culture coréenne, franchement, je n’en connais rien. Je me doute qu’ils mangent beaucoup de riz (rires)…» Même si elle n’a jamais skié en Asie, elle aborde la perspective avec sérénité, et curiosité.

«Le contexte local ne va pas changer ma manière de skier, mais il peut influencer la préparation, l’état d’esprit. On ignore comment seront les hôtels, la nourriture, si tout va nous convenir. Mais bon, nous, les skieurs, voyageons déjà beaucoup en Europe et nous sommes habitués à nous adapter, à réagir. Par contre, le choc culturel est bien sûr moins important.»

Le «non» interdit

Pour l’amortir, Swiss Olympic avait convié à Nottwil le major-général Jean-Jacques Joss, ancien responsable des soldats suisses au sein de la commission de supervision des nations neutres en Corée. De 2007 à 2012, il a surveillé la Corée du Nord depuis un poste d’observation à la frontière et retire de cette expérience une fine connaissance des us et coutumes locaux. «Des Coréens, je dirais qu’ils font la synthèse du développement à l’occidentale et du charme de l’Orient. Ils sont amicaux, chaleureux, patriotes et très déterminés. Et surtout, chaque visiteur va y être confronté, ils ne savent pas dire non. Si vraiment ils sont confrontés à une question à laquelle ils ne veulent pas répondre, ils sont capables de détourner la conversation radicalement. Demandez son salaire à quelqu’un, il regardera ailleurs et vous lancera qu’il fait très beau aujourd’hui.»

Le sport d’hiver est en plein développement dans le pays

Carte à l’appui, l’ancien militaire a détaillé la situation géopolitique devant les athlètes suisses réunis dans un auditoire, ambiance rentrée universitaire. Il est convaincu que tout se passera bien et que la Corée du Sud se passionnera pour ces Jeux olympiques. «Il y a quelques bons athlètes en patinage de vitesse et en patinage artistique. Mais surtout, le sport d’hiver est en plein développement dans le pays. Lorsque j’y étais, il fallait compter trois heures depuis Séoul pour rallier les stations de montagne. Aujourd’hui, c’est une heure de train.»

Peut-être le major-général Joss aura-t-il eu l’occasion de rassurer Camille Rast: il a personnellement skié en Corée du Sud et il l’assure, les conditions sont excellentes. Le chef de mission Ralph Stoeckli a, lui, passé plusieurs semaines sur place ces derniers mois et promet «de vrais Jeux d’hiver». Il sera à la tête d’une délégation suisse très importante et très performante. Il est «beaucoup trop tôt» pour dévoiler des objectifs. Même si l’aventure Pyeongchang Express a déjà commencé.