Football

Neven Subotic, défenseur très potable

Arrivé cet hiver de Dortmund, le grand défenseur serbe n’est pas que la recrue qui a transformé le destin de l’AS Saint-Etienne. Il est aussi un homme de convictions qui s’engage fortement pour l’accès à l’eau en Ethiopie

Lorsqu’on ouvre Maillot Vert, le magazine de l’Association sportive de Saint-Etienne (ASSE), il apparaît non pas en short et crampons mais en tenue civile, un masque de protection sur le visage. Il rendait visite à des enfants hospitalisés au sein du service d’oncologie du CHU.

Neven Subotic (29 ans) a joué son premier match pour les Verts le 27 janvier dernier. Ce jour-là, à 700 km plus au nord, une immense banderole déployée le long du «mur jaune», la célèbre tribune du stade de Dortmund, rendait hommage à ce solide défenseur (1,93 m) qui a joué dix ans pour le Borussia. Le genre de joueur réservé, mais que l’on n’oublie pas.

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Altruiste, esprit fin et très discret, le natif de Banja Luka (Bosnie) est un personnage à part dans le monde du football. Pas de bolide entre les mains, pas de coupe iroquoise et sur son fil d’actualité Instagram rien d’ostentatoire mais des infos sur la Neven Subotic Stiftung. Il a créé en 2012 à Dortmund une fondation dont le but est de fournir l’accès à l’eau potable aux populations les plus démunies d’Ethiopie. Un engagement qu’il ne tient pas à distance mais sur place, dans la province du Tigré.

L’eau potable, alliée de la scolarité

Quand lors des trêves dans la saison, beaucoup de footballeurs professionnels se ruent dans les hôtels de luxe et sur les lointains bords de mer, Neven se rend dans le deuxième pays d’Afrique par sa population et l’un des plus pauvres au monde en dépit d’un taux de croissance que jalousent les pays voisins. Il résume: «Notre action est dirigée vers une zone rurale où les enfants marchent deux à trois heures par jour pour remplir leurs bidons d’une eau le plus souvent boueuse. Ensuite ils doivent encore marcher longtemps pour se rendre à l’école.»

Neven poursuit: «Notre action est d’installer des sources d’eau potable à quinze minutes de marche maximum pour que les enfants se rendent ensuite en classe. On construit aussi des arrivées d’eau dans les écoles et des latrines.» Une action menée avec une association éthiopienne «parce que s’appuyer sur les compétences locales est fondamental, nous les aidons, un jour ils pourront gérer par eux-mêmes le programme.» Lorsqu’il est là-bas, nul ne sait qu’il fut l’un des meilleurs défenseurs centraux européens, finaliste en 2013 avec le Borussia Dortmund de la Ligue des Champions (battu par le Bayern Munich), qu’il a remporté deux fois la Bundesliga et une coupe d’Allemagne. Il joue aujourd’hui chez les Verts de Saint-Etienne, «club qui n’est pas superficiel», dont il loue l’authenticité, l’engouement et la fidélité des supporters.

Salaire divisé par deux

Depuis son arrivée, Neven Subotic a participé activement à la belle remontée du club qui pointe à la huitième place et vise une place européenne. Il se raconte qu’il était payé 300 000 euros par mois au Borussia et a accepté un salaire réduit de moitié à Saint-Etienne. Il se raconte aussi que l’Olympique de Marseille voudrait le transférer cet été. Mais il n’est pas venu parler argent, ni même football. On le retrouve à l’Etrat, siège de l’ASSE et coquet centre d’entraînement. Dehors 300 personnes piaffent. La séance d’aujourd’hui est publique. On parle à nouveau de l’Ethiopie, en faisant un détour par l’enfance.

Ses parents, d’origine serbe, ont quitté la Bosnie juste avant la guerre qui, dès 1992, allait disloquer la Yougoslavie. Direction l’Allemagne puis les Etats-Unis. «Mes parents ont été aidés et moi aussi j’ai été aidé, je n’ai rien à rembourser mais je savais que je n’aurais jamais été heureux en amassant toujours plus d’argent.» Après avoir joué, ado, pour un club de Floride et l’équipe nationale américaine U17, il est recruté par la FCV Mayence. Il y fait la connaissance d’un jeune entraîneur plein d’avenir, Jürgen Klopp qui l’emmènera ensuite à Dortmund. Il y découvre aussi une forme de misère et d’abandon dans un orphelinat qui jouxte le club.

Ne pas s’apitoyer, ni se morfondre

«Cet orphelinat m’a marqué. A ma façon, j’ai voulu apporter quelque chose à ces enfants repliés, presque autistes. Il ne s’agissait pas de s’apitoyer et se morfondre avec eux mais de les élever, d’utiliser ce qu’ils avaient de meilleur en eux.» Avec sa notoriété grandissante et le nombre croissant de donateurs potentiels croisés, Neven Subotic décide alors de s’impliquer en Afrique. Il aurait pu choisir une œuvre caritative en Allemagne ou en Serbie mais a préféré aller là «où les gens ne disposent pas des conditions de vie les plus élémentaires.»

Selon l’Unicef, 180 000 enfants de moins de cinq ans, notamment en Afrique subsaharienne, meurent chaque année (500 chaque jour) de maladies diarrhéiques dues à un mauvais accès à l’eau et à des conditions d’hygiène insuffisantes. Un responsable de la communication de l’ASSE précise: «Neven retourne souvent à Dortmund pour s’occuper de sa fondation, de l’administratif et de la levée de fonds. C’est un type étonnant, autonome, bosseur. Il répare lui-même son ordinateur et il prend des leçons particulières pour parler le français, les cours dispensés par le club ne lui suffisent pas.»

Dès juin, il repart trois semaines en Ethiopie observer l’évolution des programmes et tourner des images «parce qu’il faut témoigner». Il a une fiancée mais pas d’enfants. Clin d’œil en nous quittant: «Mes gosses sont là-bas.»

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