Il ne doit en rester qu’un. Les «voiliers volants» de la Coupe de l’America entrent vendredi à Auckland dans le vif du sujet avec la Prada Cup, qui désignera celui qui aura l’honneur de disputer à Team New Zealand le plus prestigieux trophée de nautisme.

Après des années de travaux théoriques qui ont accouché de formidables monocoques planant au-dessus des vagues, après des mois de tests parfois chaotiques, les trois prétendants américain, italien et britannique entament vendredi six semaines de ronds dans l’eau sous le soleil de l’été néo-zélandais. Le vainqueur de ces régates gagnera le droit de défier du 6 au 21 mars Emirates Team New Zealand, le tenant du titre (defender) de la Coupe de l’America.

Le grand retour du NYYC

Pour ses 170 ans d’existence, la vénérable compétition voit le grand retour de l’illustre New York Yacht Club (NYYC), à l’origine de la légende de cette épreuve sur laquelle il a régné sans partage de 1851 à 1983. Fondé en 1844, le NYYC n’avait plus participé à la Coupe ni à ses éliminatoires depuis 2003.

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Skipper d’American Magic, le voilier du NYYC, Andrew Campbell a expliqué que son équipage était déterminé à se montrer à la hauteur de ce prestigieux héritage lors de la Prada Cup, face aux défis italien Luna Rossa et britannique INEOS Team UK. «Je suis ici pour remporter ces régates et la Coupe de l’America», a annoncé Campbell.

Reste que les fusées de 75 pieds (23 mètres) imaginées pour cette 36e édition sont à des années-lumière des élégants voiliers de l’ère new-yorkaise. A l’instar de la majorité des bateaux du Vendée Globe, les AC-75 sont dotés de foils, des appendices latéraux qui permettent au bateau de s’élever au-dessus des vagues afin de réduire la résistance de l’eau. A pleine vitesse, ils peuvent en théorie dépasser les 50 nœuds (près de 93 km/h) dans un pilotage aérien à l’équilibre précaire.

Le skipper est «contrôleur de vol»

A tel point que le titre officiel de Campbell au sein de l’équipe américaine est «flight controller» (contrôleur de vol). C’est lui qui doit s’assurer qu’American Magic reste en l’air dans toutes les conditions de vent. «Naviguer sur ces 75 pieds est très déroutant», explique-t-il en pointant l’«inertie» des machines. «Il y a énormément de façons de se tromper.»

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Un risque illustré cette semaine par le spectaculaire chavirage de Te Rehutai, le bateau de Team New Zealand qui a brutalement planté dans l’eau en ratant sa manœuvre d’empannage (changement de bord par vent arrière). Le voilier n’a pas été endommagé, ce qui témoigne de la solidité de ces monocoques, tellement loin des fragiles catamarans à foils qui avaient été utilisés lors de la dernière édition, en 2017 aux Bermudes. «La même manœuvre sur le cata aux Bermudes, vous auriez terminé en mille morceaux», a estimé le barreur kiwi Peter Burling.

Team New Zealand favori

Malgré cette mésaventure, Team New Zealand demeure le grand favori pour conserver l’aiguière d’argent en mars, au vu de ses performances lors des courses préparatoires en décembre. American Magic semble son challenger le plus dangereux, un ton au-dessus de Luna Rossa. INEOS Team UK a en revanche dû résoudre de gros problèmes techniques. Mais les Britanniques emmenés par le quadruple champion olympique Ben Ainslie veulent encore y croire.

«La Grande-Bretagne est bien sûr très fière de son histoire maritime et elle a à peu près tout remporté dans ce sport, rappelle Ainslie. Mais la Coupe de l’America est la seule chose que nous n’ayons pas gagnée. Cela fait 170 ans que ça nous démange. C’est ce qui nous motive.» La Prada Cup prévoit au total 17 manches en un contre un jusqu’au 22 février, et d’abord un mini-championnat à trois. Le premier sera qualifié pour la finale, tandis que les deux autres disputeront la demi-finale sur sept régates. La finale se jouera au meilleur des treize manches à partir du 13 février et le vainqueur défiera Team New Zealand en mars lors de la Coupe de l’America.