Après des mois de discussions et de négociations entre plusieurs intervenants du sport mondial, dont le Comité international olympique (CIO), la Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF) et la Ligue nationale de hockey (NHL), le grand patron de la NHL, Gary Bettman, a finalement annoncé cette semaine à New York que la Ligue allait de l’avant afin de finaliser un calendrier de matchs pour la saison 2017-2018.

Ce calendrier ne prévoit pas la pause de trois semaines nécessaire à la participation des joueurs de la NHL aux Jeux olympiques de Pyeongchang en Corée du Sud en février 2018. Nous ne sommes qu’à dix mois des JO et cette décision peut encore évoluer, mais pour l’heure, les meilleurs hockeyeurs du monde ne seront pas du prochain rendez-vous olympique.

Pratiqué dans 20 pays, regardé dans 200

Pourquoi en arriver à un tel résultat? Depuis 1998 à Nagano, les joueurs de la NHL participent aux JO malgré leur statut professionnel. Le grand Wayne Gretzky a joué pour le Canada lors de cette première historique. Ce fut un peu comme la Dream Team des joueurs NBA aux JO de Barcelone en 1992, mettant en vedette Michael Jordan, Magic Johnson et Larry Bird. En 2002 à Salt Lake City, la finale avait opposé les Etats-Unis et le Canada et eu un impact très positif pour le hockey US depuis quinze ans. En 2010, à Vancouver, le Canada s’est encore paré d’or face aux Américains avec un but historique de Sidney Crosby en prolongation. Enfin, le tournoi olympique de 2014 à Sotchi avait été spectaculaire du début à la fin avec une finale Suède-Canada et une 9e place pour la Suisse.

Sans nul doute, le hockey olympique s’est élevé depuis 1998 parmi les grandes compétitions sportives mondiales. Les meilleurs professionnels de la planète s’affrontent et le spectacle n’en est que bénéficiaire. Si seulement une vingtaine de pays pratiquent le hockey de haut niveau de façon régulière, les matchs du tournoi olympique sont regardés dans plus de 200 pays. Le rayonnement est mondial parce que le tournoi est de courte durée et très intense. La qualité du jeu est très relevée, et ceci est exclusivement dû à la participation des joueurs de la NHL.

Un marché commun: l’Asie

Après cinq participations consécutives, des conclusions très positives ont été tirées et une croissance et une popularité se sont développées à l’échelle mondiale. Le marché de l’Asie est en point de mire avec Pyeongchang en 2018 et Pékin en 2022. La NHL a un œil sur le marché chinois et son 1,4 milliard d’habitants. A l’instar de la NBA il y a vingt ans, elle veut se commercialiser dans cette région et tiendra même deux matchs de préparation impliquant Vancouver et Los Angeles en septembre prochain à Shanghai et à Pékin. La présence des pros de la NHL aux Jeux de 2018 semble donc aller de soi, mais Gary Bettman – et les propriétaires de clubs – évoque depuis deux ans déjà plusieurs obstacles importants à leur participation aux JO.

D’abord, le calendrier de la NHL doit forcément s’arrêter complètement pour une durée de trois semaines en février. En plein championnat, à deux mois des play-off. Cette situation agace vraiment les propriétaires d’équipes qui enregistrent une perte d’intérêt de leurs supporters. Les passionnés se voient frustrés au moment où la tension est censée augmenter. Ceux qui ne suivent qu’occasionnellement le hockey se tournent alors vers d’autres formes de divertissement sportif comme la NBA ou les sports universitaires. Parfois, ils ne reviennent plus au hockey. La deuxième raison est les risques de blessures des joueurs qui pourraient éventuellement compromettre les chances d’un club de gagner le championnat à la fin de la saison. En 2014 à Sotchi, le joueur étoile John Tavares des New York Islanders a subi une blessure au genou qui avait mis un terme à sa saison et ruiné les chances des Islanders de se qualifier pour les play-off.

La NHL veut être un partenaire

La vraie nature du conflit est financière et dénote l’absence d’un partenariat réel entre le CIO et la NHL.

La NHL offre depuis 1998 ses meilleurs joueurs aux Jeux olympiques et ce, au bénéfice des JO. Le hockey en général profite certes d’un rayonnement mondial, mais la Ligue professionnelle, elle, ne reçoit aucun bénéfice concret. Elle n’y trouve aucun avantage financier malgré l’énorme succès du hockey olympique. Le CIO ne dédommage pas les propriétaires pour leur manque à gagner et ne partage pas les revenus commerciaux, qui se chiffrent pourtant en plusieurs milliards de dollars américains.

Certains objecteront que la NBA ou d’autres en exigeront tout autant si le CIO accorde ce privilège à la NHL, mais la NBA prête ses joueurs pour les Jeux olympiques d’été, tenus généralement en juillet et août, alors que la saison de la NBA ne commence pas avant le mois d’octobre. Il n’existe donc pas de conflit de dates. Les treize grands partenaires commerciaux du CIO versent des centaines de millions de dollars annuellement en droits commerciaux. En retour, ils obtiennent des droits promotionnels, des droits d’utilisation d’images photo ou vidéo, des droits d’association avec les célèbres anneaux olympiques. Certains de ces droits ont aussi été évoqués lors des échanges entre les deux parties. Parce que la NHL souhaiterait certainement elle aussi être considérée comme un partenaire olympique, afin d’exploiter ce partenariat et le rayonnement mondial qui y serait associé.

Il est bien tard…

Entre-temps, les chaînes TV comme NBC Sports aux Etats-Unis, les fans de hockey partout dans le monde et surtout, de façon unanime, les joueurs de tous les pays évoluant actuellement en NHL, tous sont estomaqués par cette annonce dramatique. Les joueurs interviewés cette semaine aux Etats-Unis ou au Canada sont catégoriques: ils souhaitent aller en Corée du Sud.

Certains, comme le Russe Alexander Ovechkin, joueur étoile des Washington Capitals, ont même déclaré qu’ils iront aux Jeux olympiques représenter fièrement leur pays, peu importe le dénouement de ce litige, et d’autres ont vigoureusement soutenu cette prise de position. Ce scénario de résistance à la position de la Ligue risque de créer un profond conflit entre l’association des joueurs et la NHL. Le rêve de centaines de joueurs de participer un jour aux JO prendra-t-il fin? Il est bien tard pour trouver un compromis. Jusqu’à preuve du contraire, la NHL ne sera pas présente à Pyeongchang en hiver prochain.


* Ancien directeur du bureau NBA Europe à Genève (basket), vice-président des Canadiens de Montréal (hockey), General Manager des Alouettes de Montréal (football américain) et membre du Comité olympique canadien, Ray Lalonde est consultant indépendant en management du sport.