En NHL, Nico Hischier avait déjà marqué les esprits, mais pas encore de but. Dès son premier match, il récoltait les louanges de son entraîneur. Les rencontres suivantes lui permettaient de s’attirer les commentaires élogieux de nombreux experts. Mais il a dû patienter jusqu’à la septième journée de championnat pour enfin faire hurler la sirène. Plutôt deux fois qu’une: son doublé jeudi contre les Ottawa Senators a largement contribué au succès des New Jersey Devils.

Marquer n’est pas tout en hockey. Mais c’est ce qui manquait encore au petit prodige haut-valaisan pour que ses débuts dans l’élite nord-américaine passent pour pleinement réussis. Désormais, ils le sont: après huit parties, il compte sept points (deux buts, cinq assists), une moyenne de quinze tirs par match et un temps sur la glace qui a nettement augmenté depuis le début de la saison pour aujourd’hui se stabiliser autour des 18 minutes.

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Tous les regards sont braqués sur ce jeune homme de 18 ans, né à Naters. Ce n’est pas une surprise: les Devils ont profité de leur premier choix lors de la dernière draft (le 23 juin dernier) pour l’attirer à Newark. D’un joueur engagé dans ces conditions, une équipe de NHL espère qu’il devienne un franchise player – un emblème vivant du club. D’un hockeyeur qui se hisse aussi tôt dans la plus prestigieuse ligue du monde, la Suisse attend qu’il se mue en ambassadeur brillant et dévoué. Après son premier match officiel, il a avoué avoir ressenti, avant d’être emporté par le plaisir de jouer, le poids de toute cette pression.

Un apport d’abord collectif

Outre-Atlantique, ses performances lors des rencontres d’avant-saison avaient dopé les attentes. Un sens du jeu hors pair. Sept points dont quatre buts en quatre sorties. Mais depuis le début du championnat, en dépit de prestations toujours abouties, il se montrait plus discret à la conclusion. A l’approche du week-end, la presse américaine commençait à se demander pourquoi son premier goal officiel tardait à tomber. La saison précédente, son prédécesseur au rang de premier choix de la draft (Auston Matthews) avait inscrit un quadruplé dès son premier match…

Pourtant, il n’y avait pas lieu de s’inquiéter pour Nico Hischier, estime l’expert suisse Thomas Roost, qui piste les talents européens pour la NHL. «Même les plus purs buteurs connaissent chaque année des séries de plusieurs matches pendant lesquels ils ne marquent pas. C’est naturel. Je me souviens d’une saison où Sidney Crosby n’avait marqué qu’un but après douze ou treize matches, et il est le meilleur joueur du monde. Nico, lui, avait jusque-là réussi des matches honorables, bons voire très bons. Il offrait beaucoup d’occasions à ses coéquipiers et s’en créait lui-même. Je pense vraiment qu’il s’en sort très bien pour ses débuts.»

Son entraîneur, John Hynes, partageait ce point de vue avant même que sa recrue phare de l’intersaison n’ouvre son compteur: peu importent les statistiques personnelles du jeune Suisse tant que son apport collectif se révèle à la hauteur. «Ce garçon aide à gagner des matches de multiples manières. C’est la raison pour laquelle nous l’avons choisi. Ses points, ses buts, tout cela va suivre. Il participe à ce que l’équipe joue bien et c’est sur ce critère-là qu’il faut le juger.»

Le «nous» avant le «je»

Contre les Ottawa Senators, le Haut-Valaisan faisait face à une équipe dirigée par le Canadien Guy Boucher, qui – alors entraîneur du CP Berne – l’avait lancé à 16 ans dans le bain de la Ligue nationale A. Le coach à la cicatrice continue, maintenant que le jeune homme a franchi le cap de la majorité et l’Atlantique, de voir en lui les qualités qui l’avaient séduit. «Tu peux l’oublier sur la glace parce qu’il ne va pas patiner plus vite que les autres et qu’il n’est pas plus fort que les autres, mais il va contrôler le match à sa façon parce qu’il est extrêmement intelligent», lançait-il en marge de la défaite de ses hommes.

Il ne faut pas compter sur Nico Hischier pour enrober de superlatifs ses propres performances. La date de naissance et le visage juvénile du jeune centre contrastent avec la maturité et le recul qu’il affiche. Parler en «je», très peu pour lui: le «nous» a sa nette préférence. «Nous voulons gagner des matches et, pour l’instant, cela se passe plutôt bien, donc je suis content», répondait-il dernièrement à une question sur ses débuts en NHL.

Modestie comme marque de fabrique

Il fait même de sa modestie un marqueur culturel. En Amérique du Nord, le site The Players Tribune offre l’opportunité aux sportifs de s’exprimer librement. C’est là que le légendaire basketteur Kobe Bryant a annoncé dans un très beau texte sa retraite, là que de nombreux athlètes aux dents longues pérorent sur leur talent et leurs ambitions.

Nico Hischier, lui, a profité du clavier tendu pour expliquer aux fans de hockey que, «en Suisse, on n’aime pas vraiment parler de soi-même» et qu’il avait été désarçonné lorsque, dès son arrivée chez les Devils, on lui demandait le rôle qu’il entendait y jouer. «Ce n’est pas le type super-arrogant qui va dire «Me voici, maintenant regardez et suivez-moi.» Il est plus malin que ça, les pieds sur terre. D’abord il regarde, ensuite il analyse et enfin il exécute», décrypte Thomas Roost.

En première ligne

Du coup, ses coéquipiers se chargent de lui tisser quelques louanges. «A ce stade, il aurait déjà pu marquer six ou sept buts, assurait dernièrement l’attaquant Drew Stafford. Jusqu’ici, je trouve que Nico est vraiment très impressionnant.»

«Très impressionnant»: c’est aussi ainsi que Nico Hischier se souvient du «petit point bleu» portant le numéro 4 des Edmonton Oilers qu’il avait admiré en 2010, lorsqu’il a assisté à son premier match de NHL. Il s’agissait d’un certain Taylor Hall, qui venait d’être drafté en première position. Il joue désormais avec les New Jersey Devils et, depuis quelques matches, Nico Hischier est aligné avec lui en première ligne d’attaque. A sa droite. Et surtout sur ses traces.


Nico Hischier en dates

1999 Naissance à Naters le 4 janvier.

2008 Décide d’arrêter le hockey pour se concentrer sur le football; change d’avis trois mois plus tard.

2010 Participe au grand tournoi Pee-Wee à Québec et assiste à son premier match de NHL.

2016 Champion de Suisse avec le CP Berne; engagé par l’équipe juniors des Halifax Mooseheads.

2017 Drafté en première position par les New Jersey Devils; débute en NHL.