Tennis

Nick Kyrgios, un «bad boy» chez le psy

Pur pragmatisme ou réelle envie de changer? Coutumier des écarts de conduite, l’Australien de 21 ans a accepté de voir un psychologue du sport pour réduire une suspension de huit à trois semaines

Il y a deux Nick Kyrgios. Le premier est l'un des plus grands jeunes talents du tennis mondial, le second l'un de ses pires enfants terribles. L'ATP adore l'un, abhorre l'autre. Précisément celui qui était de sortie au deuxième tour du tournoi de Shanghai contre l'Allemand Mischa Zverev, issu des qualifications. Insultes à un spectateur. Refus de retourner au service. Balles cadeaux à son adversaire. L'Australien a perdu la partie(6-3 6-1) et l'occasion de se taire en conférence de presse. Participer au Masters? «Je m'en contrefous.» Les spectateurs déçus de l'avoir vu balancer un match alors qu'ils avaient payé leur place? «Je ne leur dois rien. Si vous n'aimez pas, moi je ne vous ai pas demandé de venir me voir. Partez.»

Un «cirque» disputé sur «une surface de merde»

Le garçon a un sacré passif pour ses 21 ans. Il n'a pas participé aux Jeux olympiques de Rio à cause d'un différend avec le comité national olympique australien. L'an dernier à Shanghai, il s'était déjà fait remarquer en qualifiant le tournoi de «cirque» disputé sur «une surface de merde». Quelques mois auparavant, il avait balancé en plein match à Stan Wawrinka qu'un autre joueur de tennis avait «couché avec sa copine». L'ATP lui avait infligé une suspension de 28 jours avec sursis.

Cette fois, la sanction prononcée est ferme, mais modulable. Huit semaines loin des courts, ou seulement trois pour autant que Nick Kyrgios aille voir un psychologue du sport. Il n'a pas tardé à accepter. «Je vais utiliser cette période sans compétition pour m'améliorer sur et en dehors des courts», a déclaré l'intéressé dans un communiqué. Il devrait ainsi être suspendu jusqu'au 7 novembre, mais n'aura plus de tournoi à disputer avant début 2017.

Résultats rapides possibles

D'ici-là, l'impertinent Nick Kyrgios peut-il se transformer en gendre idéal? Le psychologue du sport Alexandre Etter pose les enjeux: «Pour que cela marche, il faut un engagement personnel du sportif. Quelles sont ses intentions? Lui seul le sait. D'un point de vue optimiste, il ne lui manquait peut-être qu'une incitation pour entreprendre la démarche. Mais le risque, dans un tel cas de figure, c'est qu'il n'ait accepté que parce que c'était la manière d'alléger sa sanction.» De toute façon, Nick Kyrgios ne saurait se métamorphoser en trois semaines, même si, selon le spécialiste de la préparation mentale, «une prise de conscience et l'utilisation d'outils stratégiques» peuvent parfois aboutir à des résultats rapides. «Et il peut poser de bonnes bases, assure Alexandre Etter. Les habitudes ont la vie dure, mais il n'est jamais trop tard pour en changer. Pour autant que l'intéressé le souhaite vraiment.»

Et ça, Marc Rosset en doute un peu vu le contexte. «Il va aller voir un psychologue comme on accomplit des heures de travail d'intérêt général», estime-t-il. Pour lui, la sanction est insuffisamment sévère pour que le jeune Australien y lise l'urgence d'une profonde remise en question. «On parle d'une mesure qui, je pense, ne doit pas l'empêcher de dormir. Si les dirigeants de l'ATP veulent qu'il change, il faut le suspendre six mois, le faire manquer un tournoi du Grand Chelem... Ou que ces sponsors le lâchent.» Pas franchement la tendance: le «bad boy» était considéré en 2015 comme l'athlète le plus «marketable» d'Australie.

«C'est malheureux à dire, mais la décision de l'ATP relève de la communication, glisse l'ancien joueur. C'est un message aux autres joueurs, aux médias, aux sponsors, une manière de dire on ne laisse pas passer.» De rappeler, aussi, qu'il faut respecter une certaine étiquette sur un court de tennis? «McEnroe, Connors, ce n'étaient pas des enfants de choeur non plus, rappelle Marc Rosset. On ne les envoyait pas voir un psy pour autant... Mais c'est la tendance actuelle: on est en train d'aseptiser le tennis.»

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