Nicole Boss, la fille qui rêve d’une jolie ceinture

Boxe La Bernoise s’attaque au titre mondial des poids légers ce samedi à Bümpliz

Un championnat du monde de boxe en Suisse, l’événement est rare. Le dernier, importé par l’Ukrainien Wladimir Klitschko, eut lieu au Stade de Suisse (contre Thompson) en 2012. Un label «championnat du monde» avec un Suisse sur le ring nous ramène au siècle passé, quand Stefan Angehrn se cassa les dents sur Ralf Rocchigiani à Zurich en 1997. Quant à vouloir retrouver un vrai combat de niveau mondial impliquant un Suisse sur sol helvétique, il faut remonter aux tentatives de Mauro Martinelli contre Simon Brown à Lausanne (1988) puis Mark Breland à Genève (1989).

Le combat poids légers (–61, 235 kg) qui oppose ce samedi à Bümpliz la Bernoise Nicole Boss à la Belge Delfine Persoon est une véritable affiche, même s’il ne s’agit là «que» de boxe féminine (une trentaine de pratiquantes seulement, dont quatre professionnelles, dans tout le pays). La championne d’Europe face à la championne du monde, la challenger officielle contre la détentrice des quatre ceintures (WBC, WIBF, WBF et WIBA); c’est clair, c’est propre et ça devrait faire des étincelles. Un mois tout juste après la défense européenne victorieuse de la Vaudoise de Genève Ornella Domini face à Sabrina Giuliani, cette seconde confrontation helvético-belge confirme la vitalité de la discipline en Suisse.

L’unique champion du monde de boxe à passeport suisse fut d’ailleurs une femme: Christina Nigg en 1998. A l’époque, la boxe n’était autorisée en Suisse pour les femmes que depuis deux ans, et ne le serait au niveau professionnel que l’année suivante. Christina Nigg était partie à la conquête du titre avec une licence délivrée par une commission du Nevada. Nicole Boss, elle, s’en ira aux Etats-Unis après son combat pour une tout autre quête: un voyage de noces. Championne d’Europe depuis novembre 2013, elle a conservé son titre deux fois mais a dû y renoncer pour ce combat. Si elle perd, elle perd tout car elle a déjà 35 ans, l’âge limite pour boxer sur un ring en Suisse.

Les hommes trouvent sa boxe belle, propre, académique. Sa mère a essayé deux fois de venir la voir; elle n’a pas supporté de voir sa fille prendre des coups. Interrogée par Migros Magazine, Nicole Boss assure qu’elle ne serait pas contre de voir sa fille suivre ses traces. «La boxe est un bon sport pour le développement de la personnalité.» Elle est entraînée depuis cinq ans par Vito Rana pour la technique et par son mari, Stefan Künzi, pour le physique. A côté d’elle également, son manager, masseur, homme de coin Sascha Müller, propriétaire de la Box Academy de Berne, ancien boxeur amateur, masseur des hockeyeurs de Fribourg-Gottéron, dont il colmate les arcades explosées avec doigté.

A plein temps à La Poste

C’est lui, Sascha Müller, qui a gagné fin janvier le premier round de ce combat en obtenant l’organisation de la rencontre sur sol helvétique. «Une différence de 3000 euros nous prive de l’organisation de ce combat à Zwevezele», a pesté le manager de la Belge, Filiep Tampere, dans la presse flandrienne. Les 400 places de la Sternensall de Bümpliz ont été prises d’assaut, et devraient assurer un soutien de poids à la Bernoise. Delfine Persoon n’a jamais boxé à l’étranger. «Elle a surmonté des ambiances hostiles lorsqu’elle était judokate», assure son coin.

La lecture du CV de Nicole Boss est en soi un hymne au labeur: premier combat pro en 2008 (à 28 ans), 19 combats, 13 victoires, 2 nuls, 4 défaites. Pas vraiment des airs de marche triomphale. Celui de sa rivale a davantage un profil de championne: 32 combats, 15 KO, 1 défaite. Il y a quatre ans à Lichtervelde (Belgique), elles s’étaient déjà affrontées pour le titre européen vacant: Persoon l’avait emporté, décision unanime des trois juges. Nicole Boss y a décelé une incitation à persévérer. «J’ai vu que je pouvais rivaliser avec les meilleures.»

Assistante de direction à La Poste, rue Victoria à Berne, Nicole Boss travaille à 100%. Entre deux entraînements, elle tape sur un ordinateur, son repas dans une barquette plastique. La compréhension de son employeur est son unique sponsor. «Mes bourses vont dans l’organisation et la préparation des combats suivants, explique-t-elle dans la NZZ. L’expérience que je vis sur le ring, la valeur émotionnelle que je retire de mon sport sont plus importantes pour moi que n’importe quelle bourse.»