Depuis que Chris McSorley est à nouveau l’entraîneur du Genève-Servette Hockey Club (GSHC), une question taraude les observateurs: l’Ontarien a-t-il changé? L’homme qui crie à l’oreille des arbitres a promis qu’il s’était calmé. Avant de pouvoir le vérifier au bord des patinoires suisses dès la reprise du championnat ce vendredi, un indice peut laisser penser que sa mise à l’écart par l’ancienne équipe dirigeante a transformé le bonhomme: il a fait signer à Noah Rod, son nouveau capitaine, un contrat de six ans. Soit le double de la moyenne qui prévaut dans le hockey suisse. Une durée inédite pour le businessman, qui avait pris l’habitude de revendre ses bons joueurs pour toucher une plus-value.

C’est que le Canadien et Noah Rod ont noué une sorte de pacte. Le joueur renonce provisoirement à la Ligue américaine pour se concentrer sur l’objectif suprême: ramener enfin à Genève le titre de champion suisse. Le duo se donne six ans pour y arriver. «C’est l’objectif d’une carrière», glisse le jeune homme.

Recréer un esprit de famille au GSHC

Qu’est-ce qui a convaincu Noah Rod d’assumer une telle responsabilité, à 22 ans? «Chris veut reconstruire le club avec des jeunes, répond l’attaquant. Il veut recréer un esprit de famille, que nous avions perdu l’année passée.» Dans la conversation de Noah Rod, la famille revient régulièrement. Son père, Jean-Luc, a joué comme professionnel entre 1985 et 1995, notamment à Gottéron et au GSHC. Il a fait partie de l’équipe de Suisse au niveau junior. Reconverti dans l’isolation, il ne protège pas uniquement des bâtiments; il est le conseiller avisé de son fils.

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«Lorsque j’ai commencé à gagner de l’argent, il m’a bien coaché», reconnaît Noah Rod avec franchise et une pointe d’accent neuchâtelois, ultime trace de sa naissance à La Chaux-de-Fonds que sa vie genevoise n’a pas entièrement effacée. Les excès de fast-food et les dépenses tape-à-l’œil dans lesquels certains jeunes se sont noyés, lui en a été tenu à l’écart. Mais l’importance tutélaire du paternel dépasse le cadre de la stricte gestion de fortune. «Au début de ma carrière, aller plus loin que lui était mon challenge», admet le Servettien.

Un millimètre qui change tout

Le fiston a fait mieux que relever le défi. En deux saisons, il s’est imposé comme un des meilleurs attaquants de Suisse. Le 20 mai dernier, à la Royal Arena de Copenhague, il faisait d’ailleurs partie de l’équipe battue aux penalties par la Suède, en finale de la Coupe du monde. L’évocation de cette déconvenue fait pousser un long soupir à Noah Rod: «A un millimètre près, nous aurions pu être champions du monde. C’est dur.» Oui, mais voilà, à la 75e minute de cette finale, c’est sur le gardien qu’a abouti le tir de Kevin Fiala, et non dans le but suédois.

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L’épopée danoise n’en reste pas moins un souvenir marquant. «Nous sommes une bonne volée de jeunes. Nous jouons ensemble depuis l’âge de 16 ans en sélection. S’il faut aller disputer un match dans une patinoire perdue au fin fond de la Slovaquie, je n’ai aucune hésitation. J’y vais pour retrouver mes amis et jouer pour le pays», dit-il. Avec le GSHC, l’équipe de Suisse est la priorité déclarée du hockeyeur. «Mentalement, c’est mieux pour moi de savoir que je suis concentré sur ces deux objectifs. Jouer ces cinq prochaines années en AHL, cela n’avait pas de sens», souligne-t-il.

Ces dernières saisons, Noah Rod a fait plusieurs allers-retours en Californie. En 2014, les San Jose Sharks avaient mis une option sur le gamin de 18 ans qu’il était alors. Il n’a finalement pas connu la NHL, la ligue professionnelle suprême, mais son niveau inférieur (AHL). «Le premier séjour avait été frustrant, se souvient-il. Je n’avais presque pas joué. Et ils ne m’avaient pas libéré pour participer avec la Suisse aux Championnats du monde.» Le second, au printemps dernier, s’est mieux déroulé. Les statistiques de Noah Rod étaient prometteuses. Il a pu, cette fois, rejoindre Copenhague, avec le succès que l’on sait.

«Le hockey m’a rendu meilleur»

La proposition de Chris McSorley a mis fin au manège. Au retour du Danemark, Noah Rod a rompu son contrat avec l’équipe californienne. Le rêve transatlantique est remis à plus tard. «Etre en contact avec deux équipes en même temps était une situation qui ne me plaisait pas du tout. Le GSHC m’a donné ma chance, relance l’attaquant. Je veux rester fidèle à ce club. J’ai confiance dans les gens qui le gèrent. Genève, c’est ma ville à 100%.»

Depuis la reprise du club par la Fondation 1890, déjà propriétaire du Servette FC, une stabilité s’est installée. «Genève doit avoir de grands clubs, reprend le professionnel. Pour les jeunes, c’est important. Le sport donne un cadre. Alors que je n’ai jamais été discipliné à l’école, le hockey m’a rendu meilleur. Il m’a donné des objectifs et de l’ambition.» Il affiche désormais sans complexe celle d’être le premier capitaine servettien à soulever le trophée national. Pour les autres, prière de repasser dans six ans.