«Ce sont sans doute sa modestie innée et sa noblesse intérieure qui lui ont permis de supporter ce poids terrible: la méfiance du monde entier.» A l'image du quotidien Izvestia, la presse russe célébrait hier avec des trémolos de fierté dans la plume la victoire sur 5000 mètres de la pestiférée Olga Yegorova, suspectée de dopage, exclue puis réintégrée dans les championnats du monde d'Edmonton.

«Le plus incroyable, c'est que l'animosité contre elle avait encore augmenté après qu'elle a été innocentée. Yegorova ne s'est pas dopée, les dernières analyses réalisées par un laboratoire ultramoderne et perfectionné l'ont prouvé. Aucun des 47 000 spectateurs qui la sifflaient ne semblaient le savoir, ou plutôt aucun ne voulaient le savoir», continue le grand quotidien moscovite, qui n'a pas de mots assez durs pour fustiger l'attitude de la roumaine Gabriela Szabo, prétendant que Yegorova n'était pas la championne du monde: «A ce stade ce n'est pas un psychologue qu'il faut à Szabo, il est déjà trop tard, c'est un psychiatre qu'il lui faut.»

La presse spécialisée n'est pas en reste et l'éditorialiste du magazine Sport-Express n'en est pas encore revenu: «Les histoires d'épouvante ont rarement des fins heureuses et je n'ai pas cru que celle-ci pourrait se terminer ainsi, surtout que le sport est un domaine cruel, où la notion de justice supérieure n'a que rarement droit de cité. Je me suis trompé, non sur la nature du sport, mais sur la force de caractère de Yegorova, qui a su résister à une pression monstrueuse.» Les journalistes européens et canadiens sont également montrés du doigt et accusés d'avoir monté l'affaire Yegorova en épingle pour vendre du papier et d'avoir ainsi transformé «chaque conférence de presse en conseil médical».

Szabo en ligne de mire

Plus perfidement, le quotidien Vremia Novestei explique ainsi le lynchage médiatique de Yegorova par la presse canadienne: «Les sportifs canadiens étaient tellement inexistants qu'il fallait bien que les journalistes de ce pays trouvent quelque chose pour remplir leurs pages.» Le même journal règle également de tranchante manière son compte à Szabo, qui avait annoncé que si Yegorova prenait le départ du 5000 elle ne s'alignerait pas: «Or Szabo était bel et bien là, non pas, comme elle l'a dit, pour éviter de décevoir ses supporters, mais alléchée sans doute par les 60 000 dollars promis à la gagnante. Le résultat de la course a montré que, comme dit le proverbe, l'avidité est sœur de la défaite.»