Pour Patrizia Kummer, les Jeux olympiques d’hiver de 2022 ont déjà commencé depuis une semaine. La championne olympique 2014 de snowboard, non vaccinée contre le covid, est en quarantaine à Pékin depuis le 13 janvier. Elle doit y rester trois semaines, avant de pouvoir reprendre l’entraînement, cinq jours seulement avant une épreuve dont elle sera l’une des favorites.

«Mon gros avantage, c’est que je ne souffrirai pas du jet-lag», plaisante la Valaisanne, en visioconférence depuis sa chambre d’hôtel de la banlieue nord de Pékin. Patrizia Kummer ne broie pas du noir, loin de là. «Je suis quelqu’un d’extraordinairement positive, je n’ai pas le temps pour les pensées négatives, je ne me demande pas quel impact cette quarantaine pourrait avoir sur mes performances», a assuré jeudi lors d’un point presse celle qui, à 34 ans, est une référence mondiale du snowboard alpin.

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Depuis quelque temps déjà, Patrizia Kummer savait que la route qui la mènerait vers le slalom géant parallèle des Jeux de Pékin, programmé le 8 février, serait plus escarpée et compliquée que celle de ses rivales. Dès le printemps dernier, elle a décidé de ne pas se faire vacciner. «Pour des raisons personnelles, insiste-t-elle Je ne suis pas contre la vaccination, mais il y a plusieurs raisons que je garde pour moi, je n’ai pas à me justifier.»

Elle a appris sa sélection à Pékin

En refusant la vaccination contre le Covid-19, elle doit se soumettre à la quarantaine de trois semaines exigée par les autorités chinoises pour pouvoir rentrer dans la «bulle olympique» et participer aux Jeux, prévus du 4 au 20 février. Avant même de pouvoir penser aux Jeux, il lui a fallu décrocher sa qualification, que sa non-vaccination a compliqué en la privant des deux dernières étapes de Coupe du monde fin décembre, notamment celle de Cortina, en Italie.

«La veille au soir, on m’a dit que je ne pouvais pas participer, cela a vraiment été très dur à vivre, alors que j’avais fait plusieurs tests PCR négatifs. Cela a vraiment été un processus particulier», admet la snowboardeuse de Brigue, qui a été désignée en décembre sportive valaisanne de l’année pour la troisième fois de sa carrière. En raison de sa quarantaine, Patrizia Kummer a rallié Pékin jeudi dernier sans même avoir la certitude d’être retenue par Swiss Olympic pour les Jeux. C’est sur place qu’elle a appris sa sélection, mardi, par Swiss-Ski.

Son quotidien depuis le début de sa quarantaine est certes monotone, mais bien rempli: «Le matin, je fais des séances d’entraînement très intenses. Après le déjeuner, mon programme, c’est exercices d’équilibre et de coordination, yoga, méditation. Après le dîner, je bosse mes cours, sur mes projets, car je rénove une maison.»

Pas un symbole

Malgré ce long huis clos, Kummer se sent à l’aise dans sa chambre d’environ 25 m² où elle a installé un vélo d’appartement: «La chambre est propre, j’adore la nourriture chinoise, c’est tip top.» On est loin, semble-t-il, du centre de rétention de Melbourne au confort sommaire, où avait été placé la semaine dernière le numéro 1 mondial du tennis Novak Djokovic qui espérait disputer l’Open d’Australie sans être vacciné, avant d’être expulsé.

L’affaire Djokovic justement l’a-t-elle suivie? «Superficiellement», balaye-t-elle. Patrizia Kummer, qui est pour l’instant la seule sportive répertoriée pour ces Jeux à observer cette quarantaine de trois semaines, refuse de se voir en symbole, ou porte-parole, de la non-vaccination. «Je ne trouve pas ma situation difficile, ou même digne d’intérêt. Chacun fait ses choix», explique la triple lauréate de la Coupe du monde de snowboard parallèle (2012, 2013, 2014). «Ma situation pourrait être plus difficile, je pourrais être blessée […] Je crois en moi, j’ai les mêmes chances de gagner que les autres participantes», conclut-elle.


A J-14, l'ambiance s'est sérieusement refroidie

Il a neigé à Pékin, où règne un froid inhabituel. A deux semaines du début des Jeux, c'est à peu près la seule nouvelle réjouissante. Lundi, les organisateurs ont décrété un quasi huis-clos lors des épreuves après la détection d’un cas positif au variant Omicron. Mardi, des ONG ont recommandé aux athlètes de ne pas trop user de leur liberté d'expression durant leur séjour en Chine, où ils ne seraient pas protégés. Mercredi, plusieurs comités olympiques anglo-saxons ont recommandé à leurs accrédités de n'amener à Pékin que des téléphones et ordinateurs jetables, par craindre d'espionage informatique.
Jeudi, la chaîne de télévision NBC a renoncé à envoyer ses commentateurs sur place. Selon Radio-Canada, l'extrême sensibilité des tests anti-covid chinois déclare positif des personnes testées négatif cinq fois avant leur voyage (c'est obligatoire). Plusieurs délégations craignent ainsi de voir leurs sportifs ou des personnels des médias envoyés par dizaines dans des quarantaines de 14 jours. L.Fe