Ski de fond

En Norvège, tous nés (pour briller) skis aux pieds

Quatre médailles en deux épreuves, dont trois lors du skiathlon masculin dimanche: aux JO de Pyeongchang, la Norvège marque son territoire en nordique. Cela ne date pas d’hier et ce n’est pas près de s’arrêter

Dimanche devait être le premier jour de gloire pour la délégation suisse aux Jeux de Pyeongchang. Le jour de son 31e anniversaire, Beat Feuz allait devenir champion olympique de descente. Quelques heures plus tard, Dario Cologna confirmerait le titre décroché en skiathlon voilà quatre ans à Sotchi. Et puis le double triomphe rêvé a été annulé. Beat Feuz a eu congé et Dario Cologna a terminé sixième. La faute à des rafales de vent entraînant le report de l’épreuve reine du ski alpin à jeudi, et à une rafale de Norvégiens lors de la première épreuve masculine de ski de fond.

Simen Hegstad Krueger, pris dans une chute après quelques centaines de mètres du skiathlon (15 kilomètres en style classique, puis 15 kilomètres en skating), a déployé une énergie impressionnante pour revenir sur le peloton et dépasser un à un tous les favoris. Derrière lui, ses compatriotes Martin Johnsrud Sundby et Hans Christer Hollund ont complété le podium. La veille, lors du skiathlon dames, Marit Bjoergen avait décroché une médaille d’argent. La Norvège s’est déjà emparée de quatre médailles en deux épreuves de ski de fond.

Quand l’un passe à côté…

En la matière, elle mène le bal dans l’histoire des Jeux olympiques avec 107 médailles (dont 40 d’or), loin devant la Finlande (76) et la Suède (74), sans parler de la Suisse (9). Mais la patrie qui a vu naître Dario Cologna a l’excuse de préférer l’alpin. En Scandinavie, fond rime avec passion. En Norvège, c’est presque avec religion. «C’est notre sport national, la discipline la plus couverte par les médias, la plus suivie par le grand public. Les skieurs sont nos plus grandes stars», s’anime l’attachée de presse de l’équipe lorsqu’on lui demande, pendant que les trois médaillés du jour répondent aux questions, l’importance de la discipline au pays des fjords.

Les Norvégiens ont coutume de dire qu’ils naissent avec des skis (de fond) aux pieds. L’activité est en tout cas à la fois passe-temps solo, loisir partagé en famille et, bien sûr, sport de compétition (178 000 licenciés en 2014). De nouveaux talents émergent sans arrêt. A 21 ans, Johannes Høsflot Klæbo passe pour le futur de la discipline et faisait déjà figure de favori du skiathlon. Il n’a terminé «que» 10e et dernier Norvégien, sur 68 coureurs au départ. Quand l’un passe à côté de sa course, tous les autres sont là pour compenser. Et si ces quatre-là n’avaient pas été présents, il y en aurait eu d’autres.

«Une torture»

Puisque tout le monde skie, sortir du lot est un défi immense. Le choix des athlètes pour les Jeux olympiques fait davantage débat, en Norvège, que la sélection de l’équipe nationale de football. La concurrence fait qu’une légende comme Petter Northug (32 ans, 13 titres de champion du monde) peut être privée de JO par sa fédération. Le vétéran n’a pas fait de vagues, il a parfaitement intégré la situation. Comme ceux qui ont la chance de prendre l’avion pour Pyeongchang. «Nous avons une équipe fantastique, lance Martin Johnsrud Sundby. Il faut se rappeler qu’il y a en tout cas trois autres mecs qui auraient pu se battre pour une médaille aujourd’hui et qu’ils n’ont même pas pris le départ. Pour eux, ces Jeux doivent être une torture. Nous leur devons de les réussir.»

Les Norvégiens peuvent en plus se payer le luxe de la jouer tactique. Si l’un d’entre eux prend une dizaine de secondes d’avance, comme Simen Hegstad Krueger l’a fait dimanche, les autres se gardent de l’attaquer et tentent de maîtriser la concurrence. «Imaginez que je revienne sur lui, qu’un Dario Cologna me suive et qu’il nous batte tous les deux au sprint», détaille Martin Johnsrud Sundby. Il a dit «nous». Dans un sport individuel aux Jeux olympiques, ce n’est pas si fréquent.

Sur les pistes d’Alpensia, la Norvège fait corps, et la Norvège fait fort. Il reste huit épreuves de ski de fond au programme des Jeux olympiques.

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