Qui joue au foot avec l'agilité d'un danseur, est Brésilien, a les dents en avant et a marqué un but d'anthologie contre le Venezuela, lors du premier match de la Copa America qui se dispute en ce moment au Paraguay? Un but extraordinaire, un ballon soulevé, envoyé en lobe au-dessus d'un arrière, récupéré un mètre plus loin et projeté dans les filets, le tout avec une extrême facilité. Ronaldo… bien sûr. Mais lequel?

Car au Brésil, il semblerait que ce nom soit en passe de devenir une marque de footballeur. Le dernier Ronaldo qui fait fureur vient de la pampa brésilienne, ces grandes steppes du sud du pays. Frêle, peau caramel, et crâne… rasé, le nouveau modèle a 19 ans et joue pour la première fois dans la sélection or et vert adulte.

Il est la surprise, l'azarão, comme on appelle ici celui que personne n'attendait. Il a été convoqué au dernier moment pour remplacer l'attaquant Edilson, du Corinthians, puni pour s'être moqué d'une équipe adverse lors d'un match précédant la convocation des athlètes de la sélection. Ronaldo est donc arrivé comme remplaçant dans une équipe mal en point. Les vétérans des précédentes coupes ont peu à peu déclaré forfait. Leonardo a même annoncé sa «démission» alors qu'il était déjà au Paraguay. Il a reconnu qu'il s'adaptait mal aux méthodes autoritaires de Wanderley Luxemburgo, le nouvel entraîneur. Quant à la star de l'équipe, Ronaldo, le phénomène de 22 ans, il a adopté un profil humble pour éviter de concentrer sur lui toutes les attentes.

Pour la première fois depuis des années, la sélection semblait donc ouverte aux nouveaux talents. L'équipe est d'ailleurs très jeune. Lorsque Wanderley Luxemburgo a dû désigner un attaquant rapidement, il s'est souvenu de Ronaldo Gaucho.

L'entraîneur de la Sélection l'avait déjà repéré. Ronaldo de Assis Moreira est surnommé Ronaldo Gaucho – parce qu'il vient de l'Etat du Rio Grande do Sul et que les Brésiliens appellent gauchos les habitants de cet Etat – ou encore Ronaldinho. Il vient d'une famille de footballeurs. Son frère, Roberto Assis, 28 ans, fut pendant quelques années l'étoile du Gremio. Il a joué au FC Sion (lire ci-contre). Et aujourd'hui, il joue au Japon (Sapporo). Il n'a pas connu la carrière qu'il avait rêvée. Mais il a permis à son jeune frère de grandir dans de meilleures conditions. Assis a installé toute sa famille dans un quartier résidentiel de Porto Alegre, la capitale de l'Etat. Ronaldo, le petit dernier, a donc grandi comme un enfant de classe moyenne. Depuis l'âge de 8 ans, il épate sur les terrains. Il a participé à toutes les sélections moins de 18 ans du Brésil et c'est là que Wanderley Luxemburgo avait pu constater ses qualités: mobilité, astuce, habilité.

Pour autant, le jeune prodige n'imaginait pas son actuel succès. «C'était déjà un rêve d'être dans la sélection adulte, confie le jeune joueur. Mais marquer en plus en dix minutes… ça n'était pas dans mes plans.» Depuis plusieurs jours, il est maintenant devenu la coqueluche des médias. Les clubs étrangers s'intéressent déjà au jeune prodige. Mais le Gremio assure que Ronaldo restera dans le sud jusqu'à la fin de son contrat en 2001. «C'est un garçon qui a les pieds sur terre. Il sait que viendra son heure», assure le président du club, Jose Alberto Guerreiro. «Nous n'allons pas vendre un crack dans son genre à 19 ans. Il faut que son travail profite au club.» Mais en attendant, le dirigeant a déjà augmenté le salaire du «petit» qui dorénavant recevra 10 700 dollars contre 6800 dollars auparavant.

Il y a un an, l'attaquant valait 60 000 dollars… On évalue maintenant le «transfert» de l'attaquant à plus de 10 millions de dollars. Car sur la planète foot, tout le monde cherche son Ronaldo.