Ceux qui sont assez âgés pour l’avoir vécue se souviendront avec nostalgie de l’époque où l’on imaginait l’an 2000. Le XXIe siècle est désormais notre quotidien et le futur a été remis à plus tard. En sport, il était assez facile il y a 25 ans d’anticiper la mondialisation des épreuves, la course au gigantisme, le spectateur transformé en consommateur, ou le recours à l’arbitrage vidéo; il suffisait de tirer un trait en suivant le pli pris quelques décennies plus tôt avec l’invention du sport-spectacle.

Mais qui aurait pu prédire la remise en cause des catégories hommes et femmes, les effets du réchauffement climatique sur les sports d’hiver, le besoin exprimé par les athlètes de ne plus fermer les yeux sur ce qui se passe autour d’eux ou le désintérêt des milléniaux pour la compétition? Ces problématiques se sont imposées à mesure que de nouvelles questions travaillaient nos sociétés, quand le sport a continué de croire modernes des fondements, des organisations et des valeurs hérités de la fin du XIXe siècle.

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Ce décalage est chaque jour plus grand, l’actualité sportive ordinaire le démontre aisément. Plutôt que de consacrer des dizaines d’articles à chaque manifestation de cette révolution, nous avons choisi de réfléchir en profondeur aux nouveaux défis du sport. Nous en avons identifié six, que nous nous proposons de présenter toute cette semaine, un par jour jusqu’à samedi: la fin de l’exception sportive, la question de genre et les catégories, la nouvelle donne écologique, l’impasse du culte de la performance, la question animale dans les disciplines équestres, la transition numérique et les nouveaux modes de consommation.

Faire participer

Sans divulgâcher le contenu de cette série, nous pouvons déjà vous dire qu’il n’y a pas de réponse facile ni de solution toute prête. Il n’y a pas non plus de question idiote ni de thème absurde. Quoi qu’on pense de certaines thématiques, elles s’imposent dans l’arène du débat citoyen, auquel le sport ne peut plus échapper. Les milieux hippiques, qui il y a encore dix ans se moquaient de l’antispécisme, regardent aujourd’hui les cirques et les zoos et n’ont plus du tout envie de plaisanter.

Le sport continuera d’être attirant s’il trouve le moyen d’intégrer ces minorités qui – cela peut sembler paradoxal mais est essentiel – ne demandent souvent qu’à participer. Plus fin dans son analyse qu’il ne le laisse souvent supposer, le CIO répète souvent qu’il faut «changer ou être changé». Récemment réélu, son président, Thomas Bach, a proposé d’ajouter comunis (ensemble) au «Citius, altius, fortius», la devise olympique. Et si l’essentiel était de faire participer?