L'entraîneur sportif sera-t-il un jour remplacé par l'ordinateur? Si les professionnels doutent d'en arriver là un jour, le «coach virtuel» est une solution intéressante pour les amateurs. Certains cardio-fréquencemètres, ces montres-bracelets qui calculent automatiquement le pouls, sont vendus depuis peu avec un logiciel «d'assistance à l'entraînement». La marque finlandaise Polar, leader du marché, se refuse à communiquer ses chiffres de vente. Mais on les imagine faramineux. Depuis l'apparition des premiers modèles, en 1982, les cardio-fréquencemètres ont littéralement envahi le monde du sport professionnel et amateur. Et pour cause: le rythme cardiaque est un indicateur infaillible de l'intensité de l'effort. Grâce à ces appareils, la qualité a remplacé la quantité dans l'entraînement sportif.

Après avoir été l'apanage des marathoniens pendant des années, ils ont conquis les disciplines du ski de fond, du cyclisme, de l'aviron et du fitness. «Aujourd'hui, ils sont utilisés par des athlètes d'horizons très divers, comme la Formule 1, le tir, la natation et l'escrime, car il y a peu de sports où l'on peut se passer d'avoir un cœur qui ne s'emballe pas», explique Max Huber, directeur de Medilec, centre de réparation des montres Polar pour la Suisse romande, à Genève.

Quel que soit le modèle, le cardio-fréquencemètre comprend toujours deux pièces distinctes: une montre-bracelet (contenant un récepteur) et une ceinture qui s'attache autour du thorax (l'émetteur). Le nombre de battements cardiaques par minute s'affiche sur le cadran. On peut ainsi s'entraîner de manière structurée, en respectant l'intensité recommandée par le médecin ou le préparateur physique. Le logiciel «Precision Software» se propose justement de supplanter ce conseiller. Un protocole de test intégré dans la mémoire de la montre permet de déterminer, en quelques minutes, le niveau d'effort idéal pour l'utilisateur. La «forme du jour» est également estimée automatiquement.

Toutes les données recueillies peuvent ensuite être transférées sur PC, converties en diagrammes et analysées. En retour, le réglage des paramètres de la montre – comme le signal acoustique indiquant le dépassement de la fréquence cardiaque limite – est programmable par ordinateur. Des cours destinés aux détenteurs d'un cardio-fréquencemètre désireux de se familiariser avec le logiciel sont donnés depuis le début de l'année chez Medilec. Le logiciel coûte 98 francs, mais il existe un logiciel livré gratuitement avec les montres de la dernière génération.

A Pfäffikon, dans le canton de Zurich, la société Mediline propose aux moins doués en informatique de lui déléguer la gestion et l'analyse des données enregistrées par le cardio-fréquencemètre, en les lui transmettant via Internet. Moyennant 35 francs par mois, le client reçoit un plan d'entraînement périodiquement adapté à l'évolution de sa condition physique, en plus de renseignements sur les calories dépensées à chaque sortie et de graphiques illustrant les progrès réalisés.

Cependant, aussi perfectionnés soient-ils, les systèmes informatiques d'assistance à l'entraînement manquent de précision si l'utilisateur se réfère aux statistiques pour programmer son cardio-fréquencemètre, au lieu de passer préalablement un test personnalisé chez un médecin du sport. En effet, la formule universelle «220 moins l'âge», censée déterminer le pouls maximal d'un individu, continue de jouir d'une certaine autorité dans le monde du sport amateur bien qu'elle se révèle inexacte dans 40 à 95% des cas, selon les sources.

Une étude effectuée au centre d'évaluation sportive Athletica, à Genève, sur un échantillon de 140 sujets, a montré que cette formule ne tombait juste qu'une fois sur trois. «Le problème est qu'il s'agit d'une norme standard qui ne tient pas compte du niveau de départ du sujet, ni de sa progression, ni de certaines particularités importantes comme la taille du cœur», explique Olivier Baldacchino, responsable technique chez Athletica. «Vouloir appliquer uniformément cette formule revient à prétendre que toute la population devrait porter des lunettes à partir de 45-50 ans, sous prétexte que les premiers signes de faiblesse visuelle apparaissaient habituellement à cet âge. Dans ce cas, je préfère encore que les gens courent aux sensations», conclut-il.