Il est des périodes où, comme ça, on soupire devant la présence parcimonieuse de superstars sud-américaines dans les championnats européens majeurs. Nous avons l’Espagne, l’Italie, et même les Brésiliens du Vieux Continent (les ex-Yougoslaves) qui, malgré tout, ne sont pas des Auriverde. Oui, on se languit de leur folie créatrice, de leur classe instinctive, de leur génie balle au pied, autant de qualités innées qu’on aimerait apprécier davantage de ce côté-ci de l’Atlantique.

Peut-être que Lionel Messi masque tous les autres depuis des années; que Diego Forlán vieillit; que Javier Pastore, Carlos Tévez, Nenê, Luis Suárez, Ezequiel Lavezzi évoluent un demi-ton en dessous… ou que l’on est devenu trop exigeant à force de visionner les prouesses des maîtres de la Ligue des champions.

Mais voilà que le sourire s’élargit, que les prodiges de la zone Conmebol débarquent à nouveau, ont débarqué, vont débarquer. On a parlé d’Oscar, 20 ans, déjà No 10 de la Seleção et vedette au Chelsea FC depuis cette saison (LT du 01.10.2012). Arrivent maintenant sur le proscenium deux oiseaux supplémentaires de très grande envergure, qui s’apprêtent à affoler aussi bien le mercato d’hiver (janvier 2013) que l’Europe du football. L’un est implanté pas loin mais quittera son club, l’autre traversera la «Gouille» en échange d’une montagne d’argent.

Commençons par le premier, au patronyme fameux, Radamel Falcao, Colombien de son état – dont l’équipe nationale vient de réintégrer le Top 10 (9e) de la FIFA, du jamais vu depuis juillet 2002. Attaquant de 26 ans, 1 m 77 pour 72 kilos, Radamel Falcao Garcia Zárate, surnommé «El Tigre», est une authentique machine à inventer des buts, du droite, du gauche, de la tête aussi, grâce à son timing exceptionnel: 49 avec River Plate (Argentine, 2004-2009), 72 avec le FC Porto (2009-2011), 36 avec l’Atlético Madrid lors du seul exercice 2011-2012! Et il en a mis 8 en 6 parties disputées par lui (sur 7) depuis le début de la Liga version 2012-2013. Avec la Colombie? 13 en 40 sélections.

Ces chiffres en ont fait saliver beaucoup. En particulier Roman Abramovitch, le propriétaire russe de Chelsea – tenant de la Ligue des champions –, et son manager Roberto Di Matteo. Parce que, le 31 août dernier à Monaco, lors de la Supercoupe d’Europe, Falcao en a enfilé trois aux Blues, permettant aux Colchoneros de l’emporter 4-1.

Alors, ni une ni deux, le boss de Stamford Bridge s’engage à fond dans le transfert d’«El Tigre». Selon le tabloïd The Sun, «le dossier Falcao est ficelé. Abramovitch veut que tout soit prêt avant qu’un autre club ne puisse soumettre une contre-proposition.» Montant de l’affaire, dont une partie serait réglée en douce, avant la période officielle du mercato: 57 millions d’euros. En grande difficulté pécuniaire – les primes pour sa participation à l’Europa League sont gelées par l’UEFA en vertu du fair-play financier –, l’Atlético a un pressant besoin de cash. Ceci expliquerait cela.

Et puis, sans Didier Drogba, parti au Shanghai Shenhua, ni Romelu Lukaku, prêté à West Bromwich Albion, le champion d’Europe ne dispose plus que d’un avant-centre nominal, Fernando Torres, acheté 58 millions d’euros à Liverpool en janvier 2011. Or, «El Niño» n’a inscrit que 17 goals, toutes compétitions additionnées. Et en dépit de ses 6 réussites en 7 matches comme belle ouverture de la saison actuelle, ses dirigeants n’entendent pas lui confier la responsabilité du secteur finition.

Au contraire, au sein d’un team qui s’aligne en 4-2-3-1, Torres a tout à craindre de la venue du «goleador» Falcao, question titularisation. «El Tigre» en pointe, avec Eden Hazard, Oscar et Juan Mata en appui: un rêve éveillé.

«Dans toute ma carrière, je ne connais qu’un joueur qui m’ait autant impressionné que Messi la première fois que je l’ai vu, il s’appelle Radamel Falcao. C’est un grand attaquant, assurément le numéro un aujourd’hui.» Signé Fabio Capello, sélectionneur italien de la Russie, dans La Gazzetta dello Sport. Sans réplique.

Numéro un qui distingue cependant, dans son rétroviseur, un juvénile prétendant au trône arrivant à pleine vitesse – ce sera notre seconde pépite du moment: un certain Neymar, ou Neymar da Silva Santos Júnior, 20 ans, 1 m 74 pour 65 kilos, actuellement buteur patenté du club historique de Pelé, le FC Santos (114 en 188 matches depuis 2009, plus 13 en 23 présences sous le maillot de la Seleção).

Neymar, une drôle de star – ou d’anti-star, selon le point de vue. Traité de «mal élevé» par Diego Maradona – l’hôpital qui se moque de la charité –, le jeune homme a avoué tout de go, le 5 mai 2011, être le père biologique de l’enfant d’une mineure de 17 ans, alors que personne ne lui demandait quoi que ce fût. Le 24 août, il devenait, papiers signés à l’appui, le papa d’un petit Davi Lucca. Puis, tandis que son contrat à Santos expirait et qu’il acceptait de rempiler trois ans – bravo pour la manœuvre qui créait derechef une indemnité de transfert conséquente –, son entraîneur Muricy Ramalho l’encourageait à déserter le Brésil il y a peu, à la suite de son expulsion contre le Gremio Porto Alegre. Motif: attitude réactive envers l’arbitre après un tacle adverse impuni.

Commentaire dudit Ramalho: «Neymar prend des coups à chaque journée de championnat et les arbitres ne disent rien. Il doit quitter le pays, il n’y a rien à faire […] Il a discuté avec l’arbitre, mais lui a parlé normalement. Et il lui met un carton rouge! Neymar sera mieux protégé ailleurs.»

Ailleurs signifie en Europe, bien sûr. Vu la manigance contractuelle effectuée, le transfert se fera moyennant une somme, disons, rondelette, voire davantage. En réalité, l’ensemble des médias brésiliens et catalans parlent de l’insaisissable dribbleur comme étant d’ores et déjà membre de la famille du FC Barcelone, malgré les contre-offres du PSG qatari, de Manchester United, du Manchester City de la famille royale d’Abu Dhabi et de… Chelsea.

Car les médias précités développent une news qu’eux tiennent comme acquise: Neymar ira au Barça, lequel aurait versé des arrhes à Santos, soit 10 millions d’euros sur le montant du transfert estimé à 40 millions. De surcroît, les deux partenaires auraient paraphé un accord privé stipulant que, si un deuxième larron venait à arracher le petit génie aux Blaugrana, il devrait s’acquitter de l’entier des 40 millions entre le Barça et Santos, en sus d’une clause libératoire totalement ­dissuasive, fixée à 65 millions d’euros!

Ce qui propulserait l’attaquant auriverde au sommet du Guinness Book des transferts, avec 105 millions d’euros contre «seulement» 94 millions au Lusitanien Cristiano Ronaldo (de Manchester United au Real Madrid, juin 2009). De quoi décourager les Emirats, les présidents américains multimilliardaires de ManU, ou encore l’oligarque Roman Abramovitch? Pas forcément, l’unique certitude étant que Neymar va bientôt accoster ici, sans doute à l’ouest de la Méditerranée.

Demeure une interrogation simple: Messi et lui sont-ils compatibles? Le défenseur (brésilien) de Barcelone Daniel Alves y croit dur: «Deux joueurs comme Messi et Neymar pourront toujours s’adapter et faire de belles choses ensemble. Le Barça va sûrement avoir les deux meilleurs footballeurs au monde.» Autre point positif, la venue du Brésilien libérerait quelque peu l’Argentin de l’attention exclusive des défenses opposées.

Bien, mais côté ego? Le site Le10sport rappelle opportunément que «La Pulga» (la puce) n’apprécie guère ceux susceptibles de lui faire de l’ombre. En témoignent ses engueulades avec David Villa et, auparavant, Zlatan Ibrahimovic. L’on ignore les aptitudes du nouveau coach Tito Vilanova à gérer ce genre de problème.

«A défaut de faire chavirer la tête des Blaugrana, cette cohabitation pourrait se révéler électrique», écrit le site. Au prix du «courant», mieux vaudrait que le Camp Nou soit éclairé.

«Je ne connais qu’un joueur qui m’ait autant impressionné que Messi, il s’appelle Radamel Falcao»