Une grande équipe de Suisse est-elle en train de naître? Il est trop tôt pour y répondre, mais en quatre jours, les hommes d'Enzo Trossero ont redonné de la crédibilité au football national. D'abord à Belgrade en prenant un point face à la Yougoslavie, ensuite hier soir au Hardturm de Zurich, en infligeant un sec et sonnant 5-0 au Luxembourg. Dans un cas comme dans l'autre, nous avons observé un véritable groupe sur le terrain. Le sélectionneur Enzo Trossero n'est certainement pas un tacticien de génie, mais il est un motivateur hors pair. L'Argentin a réussi à insuffler son enthousiasme et sa «grinta» à ses hommes. Cela ne suffira sans doute pas pour se qualifier à la prochaine Coupe du monde, mais la base existe pour y croire. L'équipe occupe désormais la deuxième place du groupe – avec cependant deux matches de plus que la Yougoslavie –, synonyme de barrage possible puisque seul le premier est directement qualifié pour aller au Japon et en Corée.

Face au modeste Luxembourg, les projecteurs étaient surtout tournés vers l'attaque. La Suisse a-t-elle un homme capable de suppléer à Kubilay Türkyilmaz qui a renoncé à jouer en équipe nationale? Là aussi, il est trop tôt pour répondre, mais Alexander Frei a des qualités. Et du culot! A 21 ans, le néo-Servettien laisse entrevoir un grand potentiel. Pour sa première titularisation, il ne s'est posé aucune question, a joué sans aucun complexe et a inscrit les deux premiers buts de l'équipe en un plus d'une demi-heure. A la dernière minute, il a parachevé sa soirée de magie par une superbe réussite toute d'abnégation et de finesse technique. Il y a un mois, Bernard Challandes, son entraîneur chez les moins de 18 ans, nous disait: «C'est un artiste, un créateur imprévisible avec une très bonne technique et une frappe très pure.» Les 8600 spectateurs sont du même avis que lui.

La rencontre? Les palabres d'avant-match demandent toujours une confirmation. De la théorie à la réalité, il y a un pas que les joueurs ne franchissent pas forcément sur le terrain. Or donc, les consignes sont claires: concentration, détermination et un pressing haut dans le camp de défense adverse. Les joueurs tiennent parole et appliquent à la lettre les souhaits de leur sélectionneur. Après quelques secondes de jeu, Frei et Quentin ont déjà tiré au but. Installés dans le camp de défense, ils ne veulent pas sous-estimer un adversaire beaucoup plus faible qu'eux. Frei frappe centralement (3e). Le vif attaquant du Servette est bien dans le match. Aucune appréhension. Johann Vogel récupère un ballon à mi-terrain et le sert à l'orée des 16 mètres. En buteur racé, Frei lève la tête pour observer la position du gardien et place le ballon là où le dernier rempart luxembourgeois ne peut arriver. Une frappe du gauche – son «mauvais» pied – enroulée est de toute beauté (9e).

S'il a le mérite de rassurer la sélection nationale, ce but initial a aussi pour conséquence de faire baisser d'un ton l'intensité de la rencontre. Les hommes d'Enzo Trossero – très calme depuis sa position en tribune où il a pris place en raison de la suspension d'un match qui lui a été infligée – desserrent l'étreinte et contrôlent sans peine la direction des opérations. Sur une accélération de Stéphane Chapuisat, qui dribble trois défenseurs sur un coup de rein, Alexander Frei se retrouve en bonne position. Ni une ni deux, le Bâlois frappe sèchement et double la mise (32e). Cette réussite libère complètement l'équipe qui se retrouve à bien faire circuler le ballon. Par deux occasions (37e et 40e), Johann Lonfat pourrait même saler l'addition avant la pause.

A la reprise du jeu, le scénario ne change pas. Le Luxembourg est incapable de poser un quelconque problème à l'arrière-garde suisse. Marco Pascolo n'aura fait aucun arrêt de la soirée. Libérés par leur avance, les Suisses attaquent en développant de belles actions collectives. Johann Lonfat (66e) et Stéphane Chapuisat (73e) inscrivent deux réussites. Elles couronnent leur prestation personnelle. Le premier, souvent présent à la finition, a récupéré une multitude de ballons. Le second a participé à la plupart des actions offensives. Si quelques minutes avant le match, les joueurs avaient été arrosés d'une pluie diluvienne, c'est cette fois sous une pluie d'applaudissements qu'ils quittent le terrain. Ils ont répondu aux attentes. Et de quelle façon!