«Les dirigeants d'Anschutz m'ont toujours dit que Ge-Servette ne serait jamais Lugano ou Zoug, où les propriétaires jettent de l'argent par la fenêtre. Pour eux, venir à Genève relève du business pur, c'est un investissement destiné à devenir rentable.» Marco Torriani, président du Genève-Servette, se réjouit du vent nouveau qui souffle sur son club. Le rendre sain et autonome sur le plan financier a toujours été son souci, et le groupe américain, qui a repris le club des Vernets en juin dernier, parle le même langage.

Les sources de satisfactions ne s'arrêtent pas là. Le sponsoring sportif semble en effet redevenir à la mode au bout du lac, comme en témoigne l'engagement «pour une durée indéterminée» de la Genevoise Assurance aux côtés de l'équipe genevoise, au printemps dernier (les joueurs arborent le nom de la société et d'un de ses produits financiers sur leur maillot), et de la Banque royale du Canada en décembre dernier. «Qu'une banque privée, traditionnellement active dans la culture, ait le courage de se tourner vers le sport, était impensable à Genève», commente Marco Torriani.

Christian Meyer, directeur général de la Genevoise, explique que l'engagement de sa société, «fortement identifiée à la place genevoise», a coïncidé avec une nouvelle orientation en direction des entreprises et des particuliers. Une rencontre avec les dirigeants de Ge-Servette, en pleine frénésie médiatique des play-off contre Lausanne, ainsi que leur «vision de rendre à Genève la place sportive qu'elle mérite», l'ont convaincu de franchir le pas. «Cette tendance s'inscrit dans un contexte plus général d'éclosion du sponsoring sportif, analyse Stéphane Blum, de la société marketing InfoTrack. L'événement devient une plate-forme relationnelle pour les sociétés. Mais l'arrivée d'Anschutz a crédibilisé le club.» Seul bémol dans le cas genevois: le «confort» des Vernets, qui n'offre rien de comparable avec un lieu culturel. Les dirigeants du club sont bien décidés à obtenir de la Ville, qui en est propriétaire, la modernisation de la patinoire. Selon Marco Torriani, le groupe Anschutz serait prêt à en assumer le coût.