«Si nous parlions football?» Il était passé midi vendredi quand Keith Cooper, bras droit du président de la Fédération internationale de football (FIFA) Sepp Blatter, a ramené au sport une discussion qui roulait depuis deux heures sur les querelles intestines autour du calendrier, les rapports tendus avec la politique, la corruption et le dopage…

Elu en juillet 1998, Sepp Blatter a eu peu de temps pour savourer sa victoire. La FIFA doit consolider son pouvoir face aux superclubs et à certaines fédérations continentales – juste au moment où un livre du Britannique David Yallop, dont la diffusion a été suspendue en Suisse, dénonce l'élection irrégulière du nouveau président. En plus Sepp Blatter parle souvent (trop?), lançant moult ballons d'essai pour se replier ensuite en défense. A Zurich où il avait réuni la presse internationale pour un tour d'horizon, il a été amené à faire plusieurs mises au point qui passaient parfois pour des reculades. Abécédaire avec citations.

Arbitres. La présence d'un deuxième arbitre sur le terrain fait son chemin. Un essai brésilien montre que le nombre de fautes diminue, les joueurs se sachant observés par «deux yeux devant et deux derrière». La qualité du jeu s'en ressent positivement. Reste le risque de confusion sur qui siffle quoi. La FIFA travaille à deux modèles: deuxième homme en noir sur le terrain, ou assistant en touche le délestant d'une partie de ses tâches.

Bisannuel. Le projet de jouer la Coupe du monde tous les deux ans au lieu de quatre semble enterré, pour l'instant du moins. Sepp Blatter a évacué toutes les questions sur ce sujet, disant se concentrer sur le…

Calendrier coordonné. Son principe consiste à réserver une période – d'un mois par exemple – aux matches des équipes nationales sur tous les continents. On s'arracherait moins les joueurs avec les clubs. «Chacun devra faire des concessions, FIFA comprise. Il faut une réponse unie à la congestion actuelle.» Un mois complet de vacances et un autre de préparation pour les joueurs devraient également trouver place dans ce calendrier.

Dopage. «Nous sommes sortis perplexes de la conférence du CIO, stricte sur les sanctions, mais muette sur les méthodes de détection qui restent le talon d'Achille des laboratoires.» Rien de nouveau dans la position de la FIFA, si ce n'est qu'elle annonce des contrôles inopinés à l'entraînement.

Éthique. La FIFA édictait en mai 1998 des directives sur les candidatures pour l'organisation de la Coupe du monde. Les cadeaux dépassant cent dollars sont interdits, les visites aux sites restent autorisées. «Les vingt-quatre membres de notre commission exécutive choisissant le pays organisateur sont plus faciles à contrôler que les cent dix membres du CIO.» Quant aux sommes importantes versées aux associations nationales sous la présidence Blatter (un million de dollars chacune, sur quatre ans), elles sont assorties d'un règlement publié le mois dernier, et leur utilisation effective sera contrôlée. «Il n'y aura pas d'argent qui passe dans la poche de quelqu'un. Si cela arrive, toute aide future sera stoppée.»

Indemnisation. Celle des vedettes des clubs mobilisées par les équipes nationales semblait à l'ordre du jour. Ce n'est apparemment plus le cas. «Les règles de la FIFA ne prévoient rien de ce genre. La question sera d'ailleurs sans objet si le calendrier coordonné fonctionne bien.»

Japon-Corée. La Coupe du monde divisée entre deux pays ne sera pas reconduite de sitôt après 2002. «Les recettes restent les mêmes tandis que les dépenses doublent.» La Coupe 2006 ira-

t-elle en Afrique? Sepp Blatter attend la confirmation des huit pays candidats (d'ici à la fin du mois), mais ne cache pas que si les Africains remplissent les conditions techniques et de sécurité – la présente Coupe de la jeunesse au Nigeria a valeur de test – ils auront sa faveur.

Ministres. La FIFA, comme l'UEFA, est invitée à la prochaine discussion des ministres européens du Sport le 30 mai – sans statut officiel. Les relations sport/ politique sont orageuses depuis les affaires de dopage et de corruption. En Hongrie et en Pologne, les autorités ont «démissionné» la totalité du comité de l'Association nationale de football, suite à des allégations de malversations. «Abus de pouvoir!» conteste la FIFA, qui a obtenu leur réinstallation en attendant les résultats de l'enquête.

Plainte pénale. Celle de Sepp Blatter contre David Yallop suit son cours. Le président se réfugie derrière le Code civil suisse: «Il n'y a pas à revenir sur mon élection, aucun votant n'ayant mis en cause les résultats.» Il a aussi esquivé la suggestion de créer une commission d'enquête indépendante pour faire la lumière sur les accusations et a refusé d'en dire plus sur les seize passages contestés du livre de Yallop.

Qualification (matches de). Responsables d'une bonne partie de la surcharge des joueurs, leur nombre devra être nettement diminué par une meilleure coordination.

Sponsors. «J'essaie d'adapter le football au monde moderne en évitant qu'il dépende trop des TV, de la politique et des sponsors.» Quid du cas Nike qui, fort d'un contrat avec l'association brésilienne, oblige une sélection nationale à aligner des matches-spectacles? «La situation n'est pas très confortable, mais sans réclamation, je ne vois pas comment la FIFA peut intervenir.»

Transparence. Le budget qui sera soumis au congrès extraordinaire du 9 juillet sera rendu public, «dans l'esprit de transparence de la nouvelle FIFA». Dont acte. Mais faut-il comprendre que l'ancienne, dont Sepp Blatter fut longtemps le puissant secrétaire, cachait quelque chose?

UEFA. La rivalité Johannson (président de l'UEFA)-Blatter, exacerbée par le projet de Coupe du monde bisannuelle, est en voie d'apaisement. «Une certaine confiance est revenue.» En 2004, la FIFA fêtera ses 100 ans et l'UEFA son demi-siècle d'existence. Si elles parviennent à organiser un tournoi-anniversaire commun au lieu de se manger le nez à ce propos, un grand pas pour l'humanité aura été franchi.