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Tennis

Novak Djokovic, athlète global au contrôle total

Le Serbe, qualifié pour les huitièmes de finale de l’Open d’Australie, fait figure d’épouvantail. Il a su s’ériger en forteresse grâce à une maîtrise totale de tous les paramètres. Son histoire et sa conviction profonde du lien indéfectible entre le corps et l’esprit ont cimenté une confiance quasi inébranlable

Bernard Tomic le surnomme «le joueur parfait». A son sujet, Roger Federer évoque le cercle vertueux de la victoire que lui-même a bien connu. «Plus tu gagnes, plus tu as confiance en toi, plus les autres te craignent et plus tu gagnes», confie l’homme aux 17 titres du Grand Chelem. Si le Bâlois avait «créé un monstre», que dire de Novak Djokovic, qui pointe en tête du classement ATP avec 7845 points d’avance sur son dauphin, Andy Murray? Comment définirait-il lui-même cette domination totale? La question, qu’on lui a posée à la sortie de son match vendredi contre Seppi (victoire 6-1 7-5 7-6), le fait sourire. Mais plutôt que de choisir un vocable, il préfère développer. «Chacun vit à sa manière. Je pense qu’en fonction du niveau élevé que tu te fixes comme objectif et des résultats que tu obtiens au fil des ans, tu exiges beaucoup de toi-même. C'est une forme d’investissement et d’engagement nécessaire aujourd’hui pour un joueur de tennis. On se doit d’être professionnel dans tous les aspects de notre vie. C’est un choix que d’accepter ou non de relever un tel défi. Mais il est vrai que plus tu gagnes, plus tu élèves le niveau de tes attentes.»

Et c’est ainsi que Novak Djokovic s'est, petit à petit, sculpté en athlète global. Dans un souci méthodique de maîtrise totale, le numéro 1 mondial a érigé l’hygiène de vie en dogme implacable. Chaque paramètre étant constitutif à ses yeux d’un tout indissociable. «On ne peut séparer le corps et l’esprit. Nous formons un tout qui se doit de fonctionner harmonieusement, nous confiait-il il y a deux ans lors d’un entretien. Il est essentiel d’avoir conscience de soi dans son ensemble. Ensuite, il faut veiller à ce que tout soit raccord, les émotions, la condition physique, les muscles, la force mentale et le talent. La vie est un travail permanent, un processus d’apprentissage quotidien.»

Niveau d'exigence inégalé

Ces propos résument à eux seuls la philosophie qui nourrit son niveau d’exigence, quasi inégalé dans le sport. La diététique (une passion), le yoga, la méditation, la régénération, l’entraînement, la communication, l’apprentissage des langues, tout - absolument tout - est calculé par cet homme éminemment intelligent et vise à gommer les défauts susceptibles de freiner sa quête d’excellence. Il ne s’autorise aucune baisse de régime, aucune faiblesse extérieure. Et il semble loin, très loin, le temps où l’on surprenait Novak Djokovic pris d’essoufflements au bord du court ou laissant exagérément parler ses nerfs.

Seuls ses yeux parfois révulsés pendant l’échange laissent entrevoir ce feu ardent intérieur. Celui d’un homme qui a décidé de mettre toutes les chances de son côté pour réaliser son rêve d’enfant de la guerre, devenir le meilleur joueur de tennis du monde. «Tout le monde a rigolé quand j’ai émis, gamin, ce désir de devenir numéro 1 mondial. Nous vivions la guerre et peu de gosses osaient rêver à quelque chose de grand. Il était question de survie et non de destinée.» Le bonheur lié à cet accomplissement alimente ses aspirations profondes: «Savoir que je suis un exemple pour les Serbes, que j’ai envoyé un message positif aux enfants de mon pays en les autorisant à rêver me remplit de joie.»

Déficit de popularité

Dis-moi d’où tu viens et je te dirais qui tu es… Son identité est un élément constitutif essentiel du mental d’airain de Novak Djokovic. Il est le premier à le reconnaître: «Je suis convaincu que tous les athlètes serbes qui réussissent doivent leur succès à une force mentale puisée dans la capacité à surmonter les difficultés auxquelles notre pays a été confronté ces 25 dernières années.»

Ses origines expliquent aussi ce besoin d’être aimé qui, souvent, dicte son comportement dans un sport où il peine à faire sa place dans des cœurs qui lui préfèrent encore Federer ou Nadal. Là encore, il admet se sentir investi d’une mission, «véhiculer une bonne image et changer la vision tronquée qu’ont les gens de mon pays». Tout ceci explique cela. De cette quête de reconnaissance, Djokovic a fait une arme redoutable lui permettant de se forger une carapace lorsque les foules sont ostensiblement contre lui, comme ce fut le cas lors la dernière finale de l’US Open contre Federer.

Ce déficit récurrent de popularité a renforcé sa force intérieure. Attaché à l'idée d'une forme de destinée influencée par la pensée positive, Novak Djokovic a trouvé le chemin de la méditation. Apaiser son esprit pour mieux renforcer son corps, tel est son credo. Il a ainsi trouvé dans le yoga non seulement un moyen de cultiver son élasticité et de parfaire sa couverture inégalée du terrain, mais aussi de se recentrer: «Le yoga me donne la possibilité de me reconnecter avec moi-même. Une chose que nous avons tendance à négliger dans ce monde moderne, avec nos programmes chargés. On oublie de prendre le temps de se retrouver. C’est essentiel de s’accorder, par le yoga ou autre chose, quinze à vingt minutes par jour pour soi.»

La plénitude 

Son mariage et sa paternité récente sont venus parachever cette notion de perfection globale, en l'élevant à un niveau de sérénité supérieure. Or, pour lui, «il est essentiel de s’entourer d’une bonne équipe et d’avoir de l’amour et du bonheur, parce que sinon, tout devient vite irrespirable». Il ne lui manque donc plus rien pour continuer à avancer. 

L'ancien numéro 1 mondial Mats Wilander est convaincu que le Serbe fera mainmise sur les quatre tournois du Grand Chelem cette année (il en a remporté trois en 2015): «Actuellement, je ne vois aucun joueur capable de le menacer.» Djokovic se dit «infiniment reconnaissant d’être dans cette position de leader à laquelle il a toujours aspiré», mais il n’a pas l’intention d’en rester là. «Je suis fier bien sûr de tout ce que j’ai accompli. Mais je sens que je peux faire plus encore. C’est un sentiment qui me fait avancer.» De quoi nourrir les craintes de ceux qui le voient gagner encore et encore au point de lasser les foules et de ternir le tennis mondial par son monologue.

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