La finale 2011 de l’US Open entre les deux meilleurs joueurs du monde a livré toutes ses promesses. Un duel titanesque de 4 heures et 10 minutes au terme duquel Rafael Nadal a été obligé de se rendre à l’évidence: il n’arrive plus à battre ce Novak Djokovic-là. Prenant sa revanche sur la finale de 2010, le Serbe a dominé la rencontre, s’imposant 6-2, 6-4, 6-7 (3/7), 6-1. Avec cette première couronne new-yorkaise, il s’offre, à 24 ans, le quatrième titre de Grand Chelem de sa carrière, le troisième en 2011. Avec 64 matchs remportés depuis le début de l’année pour seulement deux défaites, le numéro un mondial confirme son statut et un niveau de jeu et de forme exceptionnel depuis le succès de son équipe en finale de la Coupe Davis en décembre dernier.

«Cela va me prendre du temps pour réaliser ce que j’ai accompli cette année. Notamment avec ce titre de Grand Chelem supplémentaire. Là tout de suite, je me sens vidé physiquement et mentalement. Mais c’est normal après une si longue année et tant de matchs», avoue le tout frais vainqueur de cet US Open.

Djokovic a de quoi être épuisé. Pendant cette finale, il a imposé un rythme hallucinant, notamment en défense. Courant comme un lapin sur le court, il renvoyait absolument toutes les balles. Insensible au coup droit lifté de Nadal, il punissait l’Espagnol à la moindre balle courte et le matraquait de ses fameuses attaques en diagonale. Ce combat dantesque a donné lieu à quelques moments d’anthologie. Le troisième jeu du deuxième set, par exemple, a duré dix-huit minutes avec vingt-deux points disputés, huit égalités et six balles de break. Sur le dernier point, Rafa a tout tenté pour faire plier son adversaire, smash, volée, attaques en revers et en coup droit, mais à fini par craquer sur un smash dans le filet. Le numéro deux mondial a eu plus de réussite dans la troisième manche remportée au tie-break. Un set de haut vol, d’une intensité folle, et avec quelques échanges époustouflants.

Dans ce match, le numéro deux mondial s’est battu sur chaque balle mais a péché principalement au niveau du service, perdant onze fois sa mise en jeu dont six fois au cours des deux premières manches. «S’il y a une chose dont je ne suis pas satisfait dans ce match, c’est mon service. Il ne marchait pas bien aujourd’hui. Avec un meilleur service, le défi est autre. En ne servant pas très bien, je ne m’offrais aucun point gratuit dans les deux premiers sets. Des points généralement utiles pour souffler quand tu te sens fatigué. L’an dernier, j’ai eu des points gratuits au service sur lesquels m’appuyer. Pas là. Ça change le match», explique Nadal, toujours aussi étonnant de clairvoyance dans l’analyse. Et l’Espagnol de souligner l’incroyable performance du Serbe: «Il a toujours été un joueur fantastique. Il ne s’est pas mis tout à coup cette année à bien jouer au tennis. Il a amélioré des petites choses mais il a surtout gagné en confiance. Il commet moins d’erreurs qu’avant et il croit en chaque point, ce qui est essentiel.»

Malgré la défaite, la sixième en finale face à «Nole» cette année, «Rafa» a l’impression d’avoir progressé dans sa tête par rapport à Wimbledon où il s’était laissé totalement écraser par le Serbe: «Je suis content de ma performance mentale aujourd’hui. J’ai eu des moments difficiles, notamment dans le deuxième set et au début du troisième, mais j’ai continué à me battre et à essayer de trouver les solutions. Je pense que je suis sur le bon chemin pour essayer de le battre et je vais rentrer en Espagne avec un esprit plus positif qu’après Wimbledon. Et je vais continuer à travailler dur.» Travailler dur pour tenter de parvenir à mettre fin à cette spirale de la défaite lorsqu’il joue contre Djokovic. Ce dernier étant conscient que ce qu’il a accompli en 2011 – dix titres dont trois en Grand Chelem et seulement deux défaites en 66 matchs – sera difficile à réitérer. «Personne n’est invincible. Le nombre de rencontres que j’ai perdues cette année est incroyable et cela va demander de gros efforts que de reproduire l’an prochain ne serait-ce que la moitié de ce que j’ai fait cette année. C’est pour ça que je veux savourer l’instant présent et cette victoire, et ensuite je penserai à l’avenir.»