Tout est perdu, fors l’honneur. Comme on pouvait s’y attendre, Roger Federer n’a pas été en mesure de s’opposer à la marche forcée de Novak Djokovic vers le titre, deux jours après une qualification très difficile contre Tennys Sandgren qui l’avait laissé sur une jambe. Le Bâlois a toutefois fait honneur à son public et à sa réputation en opposant une résistance pleine de courage et parfois de panache. Novak Djokovic s’est imposé 7-6 6-4 6-3 en 2h18. Le Serbe disputera dimanche sa huitième finale, contre Alexander Zverev ou Dominic Thiem. Il a remporté les sept premières.

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Tout le match, Roger Federer fut tiraillé. Non pas tant par sa douleur à l’aine que par des sentiments contradictoires: d’un côté l’envie de tout tenter de remporter cette demi-finale même si, de son propre aveu, il n’avait «que 3% de chances de réussir», de l’autre la peur d’aggraver sa blessure (il joue le 7 février contre Nadal au Cap un match de charité qu’il prépare depuis des années), voire d’être contraint à l’abandon, ce qu’il n’a jamais fait en 1512 matchs professionnels.

Après une vingtaine de minutes de jeu pourtant, miracle: Federer menait 4-1 0-40 sur le service de Djokovic. Il était tranchant, léger, relâché, presque insouciant. Il adoptait en fait la tactique de Jean-Claude Dusse («Oublie que t’as aucune chance. Vas-y, fonce…»), déjà éprouvée contre Sandgren. «Je n’avais rien à perdre, expliqua-t-il après le match, alors j’ai essayé d’écourter les échanges, de varier au maximum.»

Federer comme Maurice Chevalier

Lorsqu’il s’abandonne ainsi au seul instinct du jeu, Roger Federer a des grâces de danseur de ballet et la beauté fluide, harmonieuse de son geste achève de convaincre que, quel que soit le nombre de trophées à la fin, qu’il en compte plus ou moins que ses rivaux, le Bâlois restera inégalable sur le plan de l’esthétique.

J’ai fait une bonne entrée et une bonne sortie, mais entre les deux, ce n’était pas ce que j’avais espéré

Roger Federer

Djokovic, lui, a d’autres arguments. Ce n’est pas un artiste (d’ailleurs, il porte une tenue verte sur scène), il n’est pas là pour plaire, mais pour gagner, ce qu’il fait mieux que tout le monde globalement depuis dix ans. «Il est tellement complet qu’il est difficile de le faire douter très longtemps, constate Roger Federer. Il finit toujours par trouver une solution.»

Mais à 4-1 0-40 service Djokovic, n’est-ce pas Federer qui a perdu sa légèreté en se remettant à croire qu’il pourrait peut-être gagner? «Je suis entré sur le court en me disant que ce serait très difficile, et c’était une sensation horrible. A 4-1, j'ai pensé que ce serait peut-être finalement un peu moins difficile, mais c’est redevenu très compliqué parce qu’il est très dur de jouer comme ça longtemps, surtout face à lui.» Djokovic sauvait son service (Federer n’aura ensuite plus aucune balle de break du match), recollait à 5-5 et s’imposait nettement dans le jeu décisif (7-1). «Même si Roger était diminué, il était crucial pour moi de remporter le premier set», dira le Serbe.

Le match était joué, même si Federer fit bonne figure jusqu’au bout, faisant même se lever deux fois le public de la Rod Laver Arena dans le dernier jeu. «J’ai fait une bonne entrée et une bonne sortie, mais entre les deux, ce n’était pas ce que j’avais espéré», ironisa Roger Federer, citant, probablement sans le savoir, le conseil de Maurice Chevalier aux jeunes chanteurs. Un artiste, on vous dit.

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