Plus une série se prolonge et plus elle s’approche de sa fin (même sur Netflix). Et lorsque deux séries s’affrontent, l’une d’elles est forcément condamnée. Dimanche à Melbourne, celle de Daniil Medvedev fut littéralement exécutée. Le Russe, qui restait sur 20 succès consécutifs depuis le mois de novembre (dont 12 victoires sur des joueurs du top 10), n’aura tenu la distance qu’une manche face à Novak Djokovic, le roi de Melbourne.

Le numéro un mondial a facilement remporté la finale, en seulement trois manches (7-5 6-2 6-2) et à peine deux heures de jeu. C’est son dix-huitième titre en Grand Chelem, à deux unités du record codétenu par Roger Federer et Rafael Nadal. Il en a remporté la moitié en Australie, où il est invaincu en neuf finales. Djokovic est le dur de Melbourne, sa meilleure surface. C’est, de manière plus générale et de façon indiscutable, le meilleur joueur du monde.

Comme Nadal à Roland-Garros

A partir de combien de victoires a-t-on compris qu’il était imprenable? Cela ne fut sans doute pas aussi immédiat ici que pour Rafael Nadal à Roland-Garros (vainqueur lors de ses quatre premières participations). La série de Djokovic à l’Open d’Australie est moins impressionnante dans les chiffres (il a tout de même perdu huit matchs, contre seulement deux pour Nadal en 16 participations) mais tout aussi implacable dans les faits. D’ailleurs, Nadal lui-même avait pris une raclée l’an dernier (6-3 6-2 6-3). Daniil Medvedev, garçon plein d’humour et d’ironie, saura peut-être en sourire.

S’il avait su remonter deux sets de retard pour pousser Nadal en cinq sets lors de sa première finale de Grand Chelem (perdue), en 2019 à l’US Open, Medvedev a cette fois été totalement impuissant. Dominer Djokovic à Melbourne, tenter de le déborder en fond de court, s’essayer à l’épuiser dans de longs rallyes, se risquer à lui mettre la pression, ne constituent au final que d’inutiles et décourageantes gesticulations. C’est comme vouloir se défaire du pansement du capitaine Haddock.

«Attends encore quelques années»

A propos de pansement, Djokovic en portait toujours un, imposant, sur le côté droit de sa sangle abdominale. Sa blessure au troisième tour, contre l’Américain Taylor Fritz, qui mena deux manches à une, fut sa seule vraie frayeur de la quinzaine. Au lendemain d’une finale dames assez décevante, remportée avec une marge croissante par Naomi Osaka sur Jennifer Brady (6-4 6-3), le même scénario s’est reproduit: un match serré jusqu’au dernier jeu de la première manche, où l’outsider, sous pression, commet la faute et perd son jeu de service et, avec lui, la manche, sa confiance, ses espoirs, son tennis.

On ne pariera pas que l’on reverra un jour Jennifer Brady en finale d’un tournoi du Grand Chelem. Désormais treizième joueuse mondiale, l’Américaine n’a battu aucune joueuse mieux classée que le 25e rang sur sa route. En revanche, il est à peu près certain que l’on reverra Daniil Medvedev dans une grande finale. «Tu en gagneras d’autres», lui a prédit Novak Djokovic en lui enjoignant tout de même d’«attendre quelques années». Mais lui-même comptait déjà six titres en Grand Chelem à 25 ans, l’âge de Medvedev. «Federer, Nadal et lui sont des cyborgs du tennis», soupira le Russe.

Le record de Margaret?

En conférence de presse, Djokovic considéra cette victoire comme l’une de ses plus difficiles, non pas particulièrement pour sa finale, mais «pour les quatre semaines de montagnes russes émotionnelles qui ont précédé, avec l’incertitude, la quarantaine, la blessure, le retour au huis clos». Se souvenant des nombreuses critiques du début, «des joueurs comme de l’opinion publique australienne», il souligna que «le tournoi fut au final une réussite, qui pourrait être exportée ailleurs». A ses côtés, le directeur de Tennis Australia, Craig Tiley, buvait du petit-lait en plus d’une coupe de champagne.

Un peu plus tôt, Goran Ivanisevic, l’un des entraîneurs de Djokovic, était venu dire qu’il lui faudrait sans doute 23 titres pour dépasser Nadal, «qui gagnera encore au moins deux Roland-Garros». «Le record de Roger, celui de Rafa, celui de Serena, celui de Margaret, pfff. Chacun fait son chemin», éluda-t-il. Personne ne lui avait parlé du record toutes catégories de Margaret Court-Smith (24 titres majeurs en simple). Il doit probablement y penser.