Sous les yeux de Rod Laver, Novak Djokovic a rappelé à ses dépends combien la quête d'un Grand Chelem - remporter les quatre grands tournois durant la même saison - était difficile. Ecrasé par la pression, le numéro un mondial a buté sur la dernière marche de son quadruplé, perdant la finale de l'US Open face à Daniil Medvedev, qui a vite compris les données particulières du problème.

Le Russe, numéro deux mondial tout de même, s'est imposé presque facilement en trois sets (6-4 6-4 6-4) et 2h15 de jeu, ne montrant qu'un peu de nervosité au moment de conclure. Si Novak Djokovic voit détruit son rêve de rejoindre Donald Budge (1938) et Rod Laver (1962 et 1969), seuls joueurs masculins à avoir accompli cet exploit, la quête d'un vingt-et-unième titre majeur, qui lui permettrait de dépasser Roger Federer et Rafael Nadal avec qui il partage actuellement ce record, n'est sans doute que remise à plus tard.

Le stade avec Djokovic

Jamais peut-être, hormis bien sûr à Belgrade, Novak Djokovic n’a été autant applaudi et encouragé dans un stade. Désireux de vivre en direct une page de l'histoire du sport, les 24 000 spectateurs du Arthur Ashe Stadium avaient très majoritairement pris le parti du numéro un mondial. Le paradoxe veut que celui-ci trouve enfin l’amour du public le jour de la plus grosse désillusion de sa carrière. «Même si je n'ai pas gagné, je suis heureux car vous m'avez fait sentir que j'étais spécial à vos yeux. Je n'avais jamais ressenti cela auparavant à New York», déclara-t-il.

Si ses yeux étaient encore humides, il semblait déjà sur la voie de la digestion de son échec et il ne faudrait pas trop parier sur un effondrement de sa part les prochains mois. En revanche, ce succès renforcera la confiance de Daniil Medvedev et sans doute de quelques autres, désormais conscients que Djokovic n'est pas imbattable.

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Avant la finale, la lecture des livres d'histoire du tennis avait rappelé combien ceux qui étaient venus avant lui à New York avec la perspective de compléter un Grand Chelem, avaient tous - aussi bien ceux qui y étaient parvenus (Donald Budge, Rod Laver) que ceux qui avaient échoué (Jack Crawford en 1933, Lewis Hoad en 1956) - dû se battre contre deux adversaires: celui de l'autre côté du filet et celui dans leur tête.

Daniil Medvedev, qui disputait sa troisième finale en Grand Chelem après deux défaites (ici même contre Nadal en 2019 et à Melbourne en janvier contre Djokovic), comprit très vite que son adversaire était écrasé par l'enjeu. Dès le premier jeu, Djokovic commettait une double faute et deux fautes directes, et perdait son service. De son côté, Medvedev servait remarquablement et remportait facilement ses jeux de service, jusqu'au premier set (6-4 en 36 minutes).

La stratégie gagnante de Medvedev

Etre mené était souvent arrivé à Novak Djokovic et ses supporters ne s'inquiétaient pas outre mesure. D'autant qu'à 1-0 0-40, le Serbe eut trois balles de break. Medvedev s'en tira et Djokovic montra les premiers signes d'irritation. A 2-1, il eut à nouveau deux fois l'occasion de prendre le service de Medvedev, les manqua et brisa sa raquette de rage. Au jeu suivant, le Russe prenait le break que Djokovic lui servait sur un plateau (une double faute et deux fautes directes).

Lorsqu'un échange s'engageait, la stratégie de Medvedev était claire: ne pas chercher systématiquement le coup gagnant mais renvoyer à l'autre la responsabilité de l'initiative, jouer des balles longues et flottantes sur le revers de Djokovic ou l'attirer vers l'avant, toujours côté revers. Presqu'à chaque fois, le Serbe commettait le premier la faute. Il concéda ainsi le deuxième set (6-4), expédiant dans le couloir une amortie peut-être ratée de Medvedev, mais on commençait à se demander si le Russe ne faisait pas exprès de rester dans cet entre-deux qui perturbait tant le numéro mondial.

Deux sets de retard, Novak Djokovic avait déjà connu ça en finale de Roland-Garros face à Stefanos Tsitsipas. A Paris, personne ne pensait alors que la finale était perdue. Mais Medvedev est d'une autre stature, d'une autre nature. Sur un nouveau revers trop long de Djokovic, le Russe prenait à nouveau le meilleur départ possible. A 3-0 Medvedev, Djokovic, excentré côté coup droit, ne se replaça même pas pour tenter de sauver une balle de double break, que la bande du filet rendit pourtant jouable. Le numéro un mondial était méconnaissable. Il lâcha même quelques larmes sur le court.

Medvedev aussi a eu peur

Le match n'était pourtant pas fini car Medvedev devait conclure, et la pression changea alors de camp. Servant à 5-2, le Russe chercha son salut dans les aces, commit au contraire trois doubles fautes, manqua une première balle de match et laissa Djokovic, mais peut-être surtout le public, espérer encore. Le numéro un mondial tentait le coup jusqu'au bout et revenait à 5-4, inscrivant pour la première fois trois jeux d'affilée. Au changement de côté, son visage apparut en gros plan sur les écrans géants tandis qu’il se désaltérait. Le voyant, il exhorta du poing ses fans à mettre encore plus d'ambiance.

Daniil Medvedev devait conclure, et cette fois pas face à un fantôme mais en prenant le meilleur sur le «vrai» Djokovic. Le public peinait à faire silence, applaudissait ses premières balles de service manquées, plus encore sa double faute sur une deuxième balle de match. Il n'en eut que plus de mérite à conclure sur sa troisième balle de match, au bout de 2h15 (6-4 6-4 6-4).

Toujours aussi pince-sans rire, Daniil Medvedev s'excusa d'abord d'avoir un peu gâché la fête. «Sorry», lança-t-il à Djokovic, lui faisant également cette confidence: «Je ne l'ai jamais dit à personne mais je te considère comme le meilleur joueur de tous les temps.» Cela n'empêcha pas Medvedev de remporter cette finale, avec beaucoup d'intelligence et une motivation dont lui seul est capable. «Aujourd'hui, mon épouse et moi célébrons notre troisième anniversaire de mariage. Comme je n'avais plus le temps d'aller lui acheter quelque chose, je me suis dit que je n'avais que ce trophée à lui offrir en cadeau.» Il promit ensuite de fêter dignement ce titre, «à la russe».

27 victoires et 1 défaite, l'exploit inachevé de Djokovic

Open d'Australie, Melbourne

1T Jeremy Chardy, 6-3 6-1 6-2

2T Frances Tiafoe, 6-3 6-7 (3) 7-6 (2) 6-3

3T Taylor Fritz, 7-6 (1), 6-4 3-6 4-6 6-2

4T Milos Raonic, 7-6 (4) 4-6 6-1 6-4

QF Alexander Zverev, 6-7 (6) 6-2 6-4 7-6 (6)

DF Aslan Karatsev, 6-3 6-4 6-2

F Daniil Medvedev, 7-5 6-2 6-2

Internationaux de France, Roland-Garros

1T Tennys Sandgren, 6-2 6-4 6-2

2T Pablo Cuevas, 6-3 6-2 6-4

3T Ricardas Berankis, 6-1 6-4 6-1

4T Lorenzo Musetti, 6-7 (7) 6-7 (2) 6-1 6-0 4-0 (ab.)

QF Matteo Berrettini, 6-3 6-2 6-7 (5) 7-5

DF Rafael Nadal, 3-6 6-3 7-6 (4) 6-2

F Stefanos Tsitsipas, 6-7 (6) 2-6 6-3 6-2 6-4

The Championships, Wimbledon

1T Jack Draper, 4-6 6-1 6-2 6-2

2T Kevin Anderson, 6-3 6-3 6-3

3T Denis Kudla, 6-4 6-3 7-6 (7)

4T Cristian Garin, 6-2 6-4 6-2

QF Marton Fucsovics, 6-3 6-4 6-4

DF Denis Shapovalov, 7-6 (3) 7-5 7-5

F Matteo Berrettini, 6-7 (4) 6-4 6-4 6-3

US Open, Flushing Meadows

1T Holger Vitus Nodskov Rune, 6-1 6-7 (5) 6-2 6-1

2T Tallon Griekspoor, 6-2 6-3 6-2

3T Kei Nishikori, 6-7 (4) 6-3 6-3 6-2

4T Jenson Brooksby, 1-6 6-3 6-2 6-2

QF Matteo Berrettini, 5-7,6-2 6-2 6-3

DF Alexander Zverev, 4-6 6-2 6-4 4-6 6-2

F Daniil Medvedev 4-6 4-6 4-6