Novak Djokovic campe un très valeureux vainqueur des Davidoff Swiss Indoors, cuvée 2009. Mais la foule rhénane peine à faire franc triomphe au Serbe, tourneboulée de voir quelqu’un d’autre que «son» Roger Federer soulever le trophée du vainqueur. Le Bâlois, triple tenant du titre, a égaré sa couronne dimanche face à plus constant que lui, et ça plombe un peu l’ambiance dans la Halle Saint-Jacques. «C’est toujours décevant de perdre une finale, surtout ici à la maison, il n’y a pas de doute», lâchera le numéro 1 mondial, manifestement pas trop marqué par ce revers. «Je ne veux pas chercher d’excuses, il a bien joué, de façon solide, et moi, j’ai eu des problèmes avec mon jeu d’attaque. J’ai tout donné, mais cela n’a pas suffi. Je n’étais pas moins fort que lui aujourd’hui, mais il a mieux joué les points importants et il mérite sa victoire.»

Trois quarts d’heure se sont écoulés depuis la balle de match qui a scellé le succès de Novak Djokovic (6-4 4-6 6-2 en 2h10’); Roger Federer est déjà en train de tourner la page: «Ce qu’il y a eu au début du troisième set? Je savais qu’il était très important de faire la course en tête et ça a été dur d’être breaké d’entrée. J’ai perdu deux ou trois points, il en a gagné trois ou quatre, et voilà… Ça ne s’est pas passé comme je le souhaitais à ce moment-là.»

Roger Federer, depuis longtemps, a appris à relativiser. Et à tout prendre, pour un tournoi de reprise après un mois et demi sans compétition, sa semaine n’aura pas été si mauvaise. «Mon niveau de jeu a été correct», diagnostique le champion. «Mon corps se sent bien et je suis frais aussi dans la tête. Je vais probablement arriver au tournoi de Bercy [dès ce lundi] plus en forme que jamais. Je n’y ai jamais dépassé les quarts de finale et j’espère aller plus loin cette fois-ci. Après ce qui s’est passé cette année à Roland-Garros, où le public a été monstrueux, si je joue bien, quelque chose de similaire pourrait se créer.»

Ultimes coups de collier pour boucler une année 2009 qui aura vu Federer récupérer son trône de numéro 1 mondial et battre le record de victoires en Grand Chelem. L’enthousiasme semble là, encore et toujours. Et le Bâlois, même si le rythme de la haute compétition lui a fait défaut dimanche, apparaît comme l’un des ténors les plus affûtés en vue du Masters de Londres (du 22 au 29 novembre).

Novak Djokovic aussi, il va sans dire. En grand danger vendredi contre Stanislas Wawrinka en quart de finale, au bord du gouffre samedi en demi devant Radek Stepanek – il a dû écarter trois balles de match –, le Serbe s’est accroché pour trouver des solutions. Et en finale, il a posé des problèmes. «J’ai fait nettement mieux que lors des tours précédents», apprécie-t-il. «Cette fois-ci, j’étais concentré et en jambes dès le premier point du match. Parce que si vous laissez Federer prendre le contrôle du match et mener au score, c’est là qu’il est le meilleur…»

Le numéro 3 mondial, fringant, prend donc les devants au neuvième jeu de la manche initiale, lorsque Roger Federer perd son engagement pour la première fois du tournoi. 5-4, service Djokovic. Un jeu long de vingt-huit points, dont sept balles de set pour le Serbe et cinq balles de break pour le Bâlois. Pendant un quart d’heure, le sort du match joue les funambules. Les fantômes de la finale de l’US Open 2007, où «Nole» avait galvaudé six balles de set face au même adversaire, ne se sont pas fait trop pressants. «Ça a été la clé», dira le vainqueur. «Beaucoup de choses me sont passées par la tête, j’ai su rester calme, j’ai eu un peu de chance et ça m’a donné beaucoup de confiance pour la suite.»

Nettement moins performant en Grand Chelem cette saison qu’en 2008, Novak Djokovic fut le parfait trouble-fête de ces Swiss Indoors. «Le fait d’avoir battu Roger ici, où il joue si bien et où les gens lui apportent un tel soutien, rend mon succès encore plus grand», savoure-t-il. «Nous sommes en fin d’année et j’arrive encore à donner le meilleur de moi-même, c’est quelque chose de très positif pour Paris et Londres.» Avec de jolies retrouvailles en perspective?

«Si vous laissez Federer prendre le contrôle du match et mener au score, c’est là qu’il est le meilleur»