Novak Djokovic file sur un rail et on se demande quel obstacle va pouvoir le freiner. Comme en demi-finale face à Roger Federer, le Serbe s’était mis en mode indestructible dimanche lors de la finale de l’Open d’Australie. Ceux qui avaient auguré de possibles défaillances chez le Serbe en raison de la canicule régnant dimanche sur Melbourne sous-estimaient l’appétit féroce du récent vainqueur de la Coupe Davis. Imperturbable dans sa tête comme dans ses jambes, «Nole» a assommé de son talent son pote Andy Murray, diminué par une gêne à la cuisse gauche. Au terme d’un combat de 2h39 et trois sets (6-4 6-2 6-3), le numéro trois mondial s’est offert son deuxième titre en Grand Chelem, trois ans après sa victoire à ce même Open d’Australie.

Le «Djoko» 2011 n’a cependant rien à voir avec celui de 2008, victorieux devant Jo-Wilfried Tsonga en finale. Depuis quelques mois, et notamment sa victoire en demi-finale de l’US Open face à Roger Federer, le Serbe n’a cessé d’élever son niveau de jeu. Boosté par la perspective de soulever le saladier d’argent chez lui à Zagreb, mais surtout libéré de pensées émotionnelles parasitaires. Comme il l’a sincèrement expliqué: «Quelque chose a changé dans ma tête depuis quelques mois. Je suis quelqu’un de très sensible sur et en dehors du court. Je montre mes émotions. C’est comme ça que je suis. C’est ma personnalité. Chacun est différent. Ma vie en dehors du tennis n’allait pas comme je voulais. Et cela se ressentait sur mon jeu, sur ma carrière de joueur. Alors j’ai réglé des choses dans ma tête. J’ai brisé un verrou. J’ai fait tout ce qui était possible pour me remettre sur le bon chemin. Et j’y suis parvenu.»

Djokovic parle d’une vraie «bataille mentale» pour parvenir à séparer vie privée et vie professionnelle, à faire la part des choses. «Nous sommes des êtres humains. Ce n’est pas toujours facile de laisser les problèmes aux vestiaires, mais j’y suis parvenu.»

Il pourrait donner la recette à son pote Andy Murray. Avec cette défaite, la troisième en autant de finales de Grand Chelem sans remporter le moindre set, le Britannique égale Andre Agassi il y a vingt ans, mais surtout poursuit son chemin de croix. Celui du sauveur attendu ne parvenant pas à panser le dépit de toute une nation. Le numéro cinq mondial a la (mal)chance d’être le seul sujet de Sa Majesté à figurer dans le Top 200. Et, en plus, il a la particularité d’être Ecossais. Ce statut, dans un pays privé de vainqueur de Grand Chelem depuis 1936 et doté d’une presse parmi les plus incisives au monde, reste de toute évidence difficile à assumer. Si l’on ajoute à cela les attentes irrationnelles d’une génitrice plaçant en son cadet ses espoirs déçus d’ancienne joueuse, cela fait beaucoup pour un seul homme. Andy Murray tente de s’en affranchir. Si la carapace résiste face à la pression médiatique, elle se craquelle encore trop facilement sur le court lorsque l’enjeu se fait palpable.

L’Ecossais avait craqué l’an dernier devant le public de la Rod Laver Arena après sa finale perdue face à Roger Federer. Cette année, la victoire d’un copain aidant, il a pris sur lui: «J’essaie de me contenir. C’est dur, je suis déçu, mais je gère. Djoko a joué superbement bien. Je ne sais pas pourquoi c’est plus facile à vivre que l’an dernier, mais c’est le cas. Perdre ce soir n’est pas la fin du monde. Je me suis incliné contre un joueur qui était meilleur que moi, qui a défendu d’une manière incroyable. Il ne me reste plus qu’à retourner à l’entraînement pour devenir encore plus fort.»

Andy Murray avait mis des mois à panser ses bleus à l’âme après sa finale de Melbourne perdue face au Bâlois. «J’adore le tennis, mais j’aime aussi ma vie en dehors des courts. C’est peut-être la différence par rapport à l’an dernier», analyse-t-il. Le tennis, c’est bien connu, se joue avant tout dans la tête. «Au final, c’est une bataille mentale», reconnaissait Djokovic dimanche soir. Au vu du bénéfique déclic opéré dans sa sensible caboche, on se dit que ce Novak-là file vraiment sur un rail.

«Quelque chose a changé dans ma tête depuis quelques mois. Je suis quelqu’un de très sensible»