Jamais le public new-yorkais n'avait conspué un vainqueur avec une telle virulence. Accusé de simuler ses blessures, Novak Djokovic a commis l'erreur de s'en défendre au micro du stade, jeudi soir, dans des postures de martyr.

Il s'était déjà révélé au monde à l'US Open 2005, bras en croix sur le ciment brûlant, une main chevrotante pour appeler un prêtre - mais on lui envoya un physio. Le Serbe avait sollicité cinq temps morts, dont trois pour des interventions médicales, sous les huées de la foule. A la fin, il avait confessé sagement: «Je suis désolé mais c'était le seul moyen pour moi de gagner.»

En demi-finale, il endossera l'hostilité assumée de tout un stade, le plus grand du monde, et l'inimitié refoulée de son auguste adversaire, trop bien éduqué pour le haïr. Telle est la réalité sous-jacente: Roger Federer n'aime pas Novak Djokovic, et ne lui prêterait même pas son gel douche. Il fut le premier à rabrouer ses manières roublardes, puis ses outrecuidances de comique troupier - le Serbe est aussi réputé pour ses imitations de joueurs, désormais clandestines.

Tignasse charbon sur un toupet monstre, babillages hâbleurs sur des certitudes éprouvées, sans génie, mais sans faille non plus, Novak Djokovic est porté par une ambition inextinguible, celle de devenir numéro un. «Cette année, il a compilé les meilleurs résultats d'entre nous sur dur», reconnaît sportivement Roger Federer.

Voilà un rival qui, dépuceleur de conventions, ne psalmodie pas que «Roger is the best of the world». Tout juste cette idée lui est-elle apparue incidemment, à la lumière du classement ATP, comme une formalité administrative. L'homme voit loin, quitte à dépasser les bornes. Il a tout pour déplaire.