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Novak Djokovic a été éliminé au deuxième tour. (Keystone)

Open d'Australie

Novak Djokovic redécouvre la précarité du tennis

Stupeur à Melbourne où le septuple vainqueur s'est fait sortir dès le deuxième tour, en cinq sets et 4h48 de jeu, par le 117e mondial, l'Ouzbek Denis Istomin (7-6 5-7 2-6 7-6 6-4)

Qui aurait pu prédire ça? Qui aurait imaginé que Novak Djokovic irait moins loin dans cet Open d’Australie que Roger Federer? Que le septuple vainqueur, jamais moins que quart-de-finaliste à Melbourne depuis dix ans, seulement battu (en 2014) par Stan Wawrinka ces six dernières années, se ferait sortir par le 117e joueur mondial, un Ouzbek à lunettes entraîné par sa mère, entré dans le tableau principal par la grâce d’une wild-card dégottée en décembre dans un obscur tournoi qualificatif en Chine?

C’était plus qu’improbable et Denis Istomin (dont le principal exploit ici ces dix dernières années consistait à être toujours parvenu à se qualifier pour le tableau principal) était le premier à l’admettre. «Battre Novak Djokovic, c’est irréel. Encore plus en cinq sets. Jamais je n’aurais pensé tenir la distance physiquement et mentalement.»

Djokovic plus faible dans les moments importants

Il n’a lâché ni physiquement (le match a duré 4h48) ni mentalement quand, après avoir eu deux balles de deux sets zéro («Il a servi deux fois sur la ligne, donc je n’avais aucune chance.»), il s’est retrouvé mené deux sets à un. Il a su revenir dans les deux dernières manches, où son excellent service lui a permis de toujours faire la course en tête et de mettre constamment la pression sur un Djokovic plus friable que par le passé. Dans les moments importants, le Serbe a raté des coups qu’avant il ne ratait pas.

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Denis Istomin nous fera peut-être mentir dans une semaine mais sa victoire est d’abord la défaite de Novak Djokovic. «Il n’était sûrement pas à son meilleur, mais il reste très fort», a reconnu l’Ouzbek. «C’était un de ces jours où vous ne vous sentez pas très bien sur le court, où vous n’avez pas beaucoup de rythme», regretta le vaincu, avant de rendre plusieurs fois hommage à son vainqueur.

Novak Djokovic a perdu le match pour deux raisons. D’abord, il a commis trop de fautes directes: 72, plus 9 doubles fautes (contre 61 et 3 à Istomin). Pour quelqu’un qui mise beaucoup sur les erreurs de l’adversaire, c’est problématique. Ensuite, il a cédé les deux tie-breaks (1re et 4e manches), comme lors de ses éliminations à Wimbledon et aux Jeux olympiques de Rio. Là où d’ordinaire il haussait son niveau de jeu, il ne décolle plus.

C’est le tennis: sur un match, vous pouvez perdre

Ce qui est surprenant, c’est qu’après une fin de saison difficile, Djokovic semblait avoir repris ses bonnes habitudes. A Doha en début d’année, il avait ainsi dominé Andy Murray en finale dans un match de très haut niveau. Est-il retombé dans ses travers? Lui plaide la thèse de l’accident. «C’est le tennis: sur un match, vous pouvez perdre.»

En coulisses, les initiés abordent des questions d’ordre privé pour expliquer son malaise. Difficile d’en juger… Ce qui est en revanche évident, c’est que ses adversaires ne l’appréhendent plus avec la même crainte qu’avant. «Beaucoup de joueurs nous laissent trop jouer au lieu de prendre des risques et de voir ce que ça peut donner», s’était étonné en 2015 Roger Federer. Istomin a osé.

A Melbourne, il est beaucoup question de la surface de jeu. Elle serait plus rapide que par le passé. Plus rapide même que le gazon de Wimbledon, selon certains. «Sur tous les tournois, le problème c’est toujours la surface, la température, le vent», rigole Martina Hingis, avant tout de même de donner du corps à la rumeur. «Cela dépend des courts et du climat. Les grands courts sont plus rapides parce qu’on y joue moins et donc le revêtement est un peu moins usé, c’est plus rapide aussi lorsqu’il fait chaud.»

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Comme Roger Federer, Novak Djokovic a disputé son premier tour en soirée (temps frais) et le second dans l’après-midi (forte chaleur). Le Bâlois a vu la différence. «La surface m’a bien aidé au service. Sur les jeux de retour, en revanche, j’étais tout le temps sur la défensive.» Comme Djokovic jeudi sur la Rod Laver Arena face aux mises en jeu puissantes et précises de Denis Istomin. «Il était injouable sur la fin», avoua même un «Djoker» dépourvu d’atouts.

Que l’un des membres du Big 4 qualifie d'«injouable» le 117e mondial laisse songeur. Cela confirme le sentiment exprimé par plusieurs observateurs avisés du circuit ATP, tels Marc Rosset ou Mats Wilander, pour qui le ralentissement du jeu, voulu pour promouvoir des têtes d’affiche présentes sur toutes les surfaces, a (trop) fortement contribué à figer la hiérarchie du tennis masculin. «Avant, relevait Roger Federer dans une interview au Monde, il y avait sur chaque tournoi un joueur capable, sur un match, de sur-jouer. S’il servait et volleyait bien, c’était très difficile à breaker, et il pouvait gagner 7-6, 6-4.» Ce temps-là semble revenu.

Volontaire ou fortuite, l’accélération des conditions de jeu ici à Melbourne annonce-t-elle la révolution? Patience. Mais le tournoi australien a souvent joué les coupeurs de tête. D’autres peuvent désormais émerger dans le bas du tableau, où est concentrée la nouvelle génération: l’Autrichien Dominic Thiem, le Canadien Milos Raonic, le Belge David Goffin, l’Allemand Alexander Zverev, le Bulgare Grigor Dimitrov. Et un certain Rafael Nadal.

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