Tennis

Novak Djokovic, une machine à gagner

Andy Murray n’a rien pu faire: le Serbe a remporté l’Open d’Australie pour la sixième fois en autant de finales disputées. Mais il y a bien eu une surprise ce week-end: Angélique Kerber a battu Serena Williams.

Novak Djokovic avait terminé 2015 en apothéose avec une victoire en finale du Masters de Londres. «C’est la plus belle saison de ma carrière», avait-il déclaré. Il s’était emparé de trois des quatre titres du Grand Chelem, mais aussi de six Master 1000 (un record), avait atteint la finale des quinze tournois auxquels il avait participé et remporté 82 matches pour seulement six défaites. Mais pas question de voir dans cette année remarquable – l’une des plus belles de l’histoire du tennis – un aboutissement. «Je veux plus et je pense que je peux faire plus», avait-il averti.

Et Novak Djokovic a ainsi commencé 2016 comme il avait terminé 2015: en patron, en dominateur incontestable. Dimanche, il a remporté l’Open d’Australie pour la sixième fois (égalant au passage le record de Roy Emerson) en battant le Britannique Andy Murray (6-1 7-5 7-6), au terme de sa sixième finale à Melbourne. «C’est pour ça que j’ai embrassé le court. J’ai une histoire d’amour avec la Rod Laver Arena», a lancé le Serbe, amusé.

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C’était la 31e fois que les deux joueurs, aujourd’hui numéros 1 et 2 du classement ATP, se rencontraient, la sixième fois en finale d’un tournoi du Grand Chelem. Mais si, entre eux, les duels sont toujours âpres, ils ne sont pas nécessairement spectaculaires, faute d’opposition de style. Cette partie n’a pas dérogé à la règle, avec davantage de fautes directes (65 du Britannique, 41 du Serbe) que de coups gagnants. Le premier a évolué dans le même registre que le second, mais un niveau en dessous. Et les initiatives qu’il a prises, en frappant plus fort ou en montant plus souvent au filet, n’ont pas suffi à renverser la vapeur. Pris à froid dans le premier set (5-0 d’entrée, puis 6-1 au final), il a mieux résisté par la suite. Mais lors des longs points importants, le numéro 1 mondial trouvait toujours le moyen de s’en sortir. Rien de surprenant: il a désormais remporté onze de ses douze dernières confrontations avec son dauphin.

Simon, le plus proche

Durant cet Open d’Australie, Novak Djokovic s’est montré souverain. Roger Federer – le dernier à l’avoir battu, lors de la phase de poules du Masters de Londres – n’a réussi à lui prendre qu’un set, le troisième d’une demi-finale de haut niveau. Avant cela, le Serbe avait déjà offert un récital de deux manches (6-1 6-2) et n’a eu qu’à finir le travail lors du quatrième set. «Je ne me sens ni plus proche ni plus loin que lors de nos rencontres précédentes, avait réagi le Bâlois. Car contre lui, c’est la forme du jour qui compte.» En quarts de finale, le Japonais Kei Nishikori n’avait pas non plus eu voix au chapitre.

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Finalement, le seul à avoir vraiment fait douter le numéro 1 mondial à Melbourne aura été Gilles Simon, au stade des huitièmes de finale. Novak Djokovic a alors dû batailler cinq sets et plus de quatre heures pour passer le cap, face à un Français qui s’était armé de patience et d’un plan tactique clair: jouer le plus souvent possible des balles sans consistance plein centre, pour laisser le Serbe prendre l’initiative. Ses efforts n’auront pas suffi à le faire chuter, mais peut-être à donner des idées à ses futurs adversaires.

Car voilà les questions (les colles peut-être) qui se posent: comment, en 2016, battre un Novak Djokovic qui contrôle méticuleusement tous les paramètres de sa vie au service d’une maîtrise totale de son jeu? Comment l’empêcher de réitérer sa saison 2015, de mettre le curseur encore un cran plus haut, de remporter les levées du Grand Chelem les unes après les autres jusqu’à, un jour, menacer le plus beau des records de Roger Federer (17 titres majeurs)? L’homme est une machine à gagner; comment la dérégler?

Human after all

A défaut d’avoir la réponse, ses concurrents peuvent trouver l’inspiration – ou l’espoir – dans la victoire d’Angélique Kerber, samedi, en finale dames de l’Open d’Australie. Ou plus exactement dans la défaite de Serena Williams. Grande favorite du tournoi, l’Américaine jouait pour rejoindre, dans l’histoire, Steffi Graf et ses 22 victoires en Grand Chelem (et se rapprocher du record absolu détenu par Margaret Smith Court, 24 succès). Mais une autre Allemande, qui n’avait pas remporté le moindre titre majeur à 28 ans, en a décidé autrement, par la grâce d’une performance de haut vol.

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Pas de quoi bouleverser la joueuse qui, en 2015, a bouclé sa troisième année consécutive au rang de numéro 1 mondial, plutôt de bonne humeur malgré sa défaite. «Tout le monde s’attend toujours à ce que je gagne chaque match et chaque point, mais ce n’est pas réaliste. J’adorerais être un robot, j’essaie, mais je ne le suis pas.» Humaine après tout, Serena Williams. Et Novak Djokovic?

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