Un match nul contre l’Allemagne n’est jamais un mauvais résultat en soi pour l’équipe de Suisse de football. Il l’est d’autant moins quand la Mannschaft est en mesure d’aligner toutes ses stars, comme ce fut le cas ce mardi soir à Cologne, et que la Nati reste elle-même sur deux défaites peu reluisantes face à la Croatie (en amical, 1-2) et l’Espagne (1-0).

Il n’empêche: Vladimir Petkovic aura bien de la peine à se satisfaire du partage des points, consécutif à un match un peu fou pendant lequel ses hommes ont été passablement privés de ballon (36% de possession) mais assez inspirés offensivement (trois buts), deux constats qui tranchent avec leur ordinaire. Il y a bien sûr le regret d’avoir mené pendant l’équivalent d’une heure de jeu sans avoir su conserver l’avantage. Et puis le fait que ce résultat, sans rien avoir de honteux, constitue une bien mauvaise opération au classement du groupe A de la Ligue des nations.

Certitudes à l’épreuve

Pendant que Suisses et Allemands s’adonnaient à une assez enthousiasmante fête de tirs ponctuée de buts magnifiques, de la pichenette de Remo Freuler à la «Madjer» de Serge Gnabry, l’Espagne butait sur l’abnégation d’une Ukraine besogneuse, qui trouvait même le moyen de s’imposer sur sa seule frappe cadrée du match pour prendre ses distances avec la dernière place du classement. Elle compte désormais 6 points et la Nati 2. Autant dire que cette dernière n’aura pas le droit à l’erreur en novembre lors des deux dernières journées (contre l’Espagne, puis l’Ukraine) si elle entend sauver sa place dans l’élite de cette compétition.

Après deux rassemblements post-trêve pandémique et cinq matchs, la Nati n’a toujours pas signé la moindre victoire. Cela s’explique en partie par la qualité des adversaires rencontrés (Allemagne deux fois, Ukraine, Espagne, Croatie) et l’absence de certains joueurs importants (Zakaria, Mbabu, Akanji, Shaqiri jusqu’à ce mardi soir).

Lire aussi: La Suisse, un grand petit pays de football

Mais en cette drôle d’année 2020 qui fait feu de toutes les certitudes, l’équipe de Suisse ne paraît plus aussi sereine dans l’application de ses principes de jeu. Samedi, elle se perdait à vouloir être plus espagnole que l’Espagne. Mardi, elle acceptait – contre ses habitudes – la domination allemande pour jouer la carte de la contre-attaque. Cela peut relever de la bonne application de plans de match différenciés… comme de doutes qui s’installent.

Erreurs individuelles fatales

Entre la Nati moribonde de Madrid et celle de Cologne, audacieuse et entreprenante, il n’y a pas à tergiverser des années. La créativité du revenant Xherdan Shaqiri (aligné pendant 65 minutes), l’allant de Remo Freuler (un but et une passe décisive) et la réussite de Mario Gavranovic (un doublé) ont fait plaisir à voir. Mais d’une partie à l’autre ont en revanche subsisté des hésitations à la relance, obsessionnellement courte jusqu’au mépris des risques, qui inquiètent. A l’erreur fatale de Yann Sommer en Espagne a succédé celle de Fabian Schär en Allemagne (sur l’égalisation de Kai Havertz). Il faudra trouver le moyen de ne pas reproduire le scénario en novembre.

Ces derniers temps, les responsables de l’ASF ont clamé l’importance que représentait pour la Nati le fait de figurer dans le premier groupe de la Ligue des nations. Cette compétition est récente, compliquée et imbriquée de manière étrange dans la mécanique du football international mais pour une équipe comme la Suisse, elle présente l’intérêt évident de garantir des matchs contre de grandes formations, attractifs pour le public, précieux pour les joueurs. Mais pour continuer d’avoir la chance d’en jouer, il faudra gagner les deux prochains.