Jean-Claude Wyssmüller, manager démissionnaire du HC La Chaux-de-Fonds (HCC), n'a rien perdu de sa passion pour le hockey. Ni de son ton acerbe, lorsqu'il s'agit de décrire l'état d'un sport pour lequel il s'est donné sans compter depuis quinze ans. Néopromue cette saison, son équipe a perdu mardi contre Langnau (défaite 5-1, 4-1 dans la série pour les Emmentalois) la première chance qu'elle avait de sauver sa place en Ligue nationale A de hockey sur glace. Il ne lui en reste plus que deux: à partir de mardi prochain contre Coire, l'autre néopromu. Puis contre le champion de LNB si nécessaire. L'occasion de dresser avec celui qui était un militant fervent de l'ascension en LNA l'an passé le bilan lucide et amer d'une saison en enfer.

Le Temps: Lorsque le HC La Chaux-de-Fonds évoluait en Ligue nationale B (LNB), vous aimiez dire que «quitte à avoir des problèmes, autant les avoir en LNA». Pensiez-vous que vous vivriez une saison aussi difficile (4 victoires, 4 nuls et 36 défaites)?

Jean-Claude Wyssmüller: Oui, les problèmes des néopromus sont connus et j'ai toujours pensé que nous jouerions notre saison dans les play-out. Cela fait quinze ans que le néopromu en LNA termine dernier au classement. Cette saison, il y en avait deux: celui qui avait terminé premier de Ligue B, Coire, a terminé avant-dernier; celui qui avait fini deuxième, La Chaux-de-Fonds, a terminé dernier. (Rires)

– Malgré cela, quand la possibilité de monter en A s'est présentée, vous n'avez pas hésité…

– Non, nous avions déjà vécu ces difficultés il y a 4-5 ans, et nous avons donc pris la décision en connaissance de cause. Quand on constitue une équipe de LNB performante, c'est pour aller plus loin. Si on n'a plus cette ambition-là, il ne faut plus faire de sport du tout.

– Cette saison, les clubs de 1re Ligue n'ont pourtant pas souhaité monter en Ligue B, et des onze équipes de LNB, seules trois ont fait acte de candidature pour la LNA.

– Personnellement, je ne partage pas leur décision. J'estime que l'objectif d'une saison est de disputer les finales et de se battre pour la promotion. Sans cette ambition, dans quel but joue-t-on?

– Ne peut-on pas imaginer un système dans lequel chaque ligue aurait des fonctions bien définies, notamment en termes de formation, comme c'est le cas outre-Atlantique?

– Pourquoi pas, mais pour l'heure, ce n'est pas comme cela que les choses se passent. Et puis, il ne faut pas confondre le système nord-américain avec le hockey suisse. Ici, les clubs sont indépendants les uns des autres, et jouent tous égoïstement pour leur survie et leurs résultats personnels.

– Ils appartiennent tout de même à la Ligue nationale (LN)…

– Oui, mais les vingt-trois clubs qui la composent (ndlr: 12 en LNA, 11 en LNB) y défendent chacun leurs intérêts. Or, ceux du HCC ne sont pas les mêmes que ceux d'un Zurich ou d'un Lugano, ni ceux d'un Herisau.

– Ne retirez-vous donc rien de positif de cette saison?

– Si. Le fait de joueur contre de grands clubs. C'est valorisant pour l'équipe, les joueurs, ainsi que pour les spectateurs. Perdre contre Zurich, Berne ou Lugano vaut mieux que gagner contre Thurgovie ou Sierre. Même si c'est parfois frustrant.

– Si l'on en croit les chiffres d'affluence, les spectateurs ne partagent pas cette analyse.

– Nous sommes à peu près dans la moyenne que nous nous étions fixée. Pour nous, la différence est de toute façon faible entre jouer en bas de LNA ou en tête de LNB.

– Faut-il comprendre que vous avez vécu cette saison avec une certaine dose de fatalisme?

– Non, ni fatalisme ni résignation. Nous l'avons vécue comme elle était prévue. L'objectif de début de saison reste le même: sauver notre place en Ligue A.

– Vous nourrissez tout de même quelques regrets?

– Oui et non. On sait que le néopromu arrive sur le marché des transferts fin avril. Qu'à cette date, tous les joueurs ont déjà finalisé leur contrat pour la saison suivante. Mon regret, c'est donc que le système ne permette pas au néopromu de défendre ses chances de manière valable, car il n'a aucune possibilité de se renforcer. Pire, il perd tous les joueurs de métier qui avaient fait le choix de jouer en Ligue B. Ceux-ci préfèrent arrêter ou de se trouver une autre équipe de Ligue B, plutôt que de monter en A. Cette saison, nous avons ainsi perdu Alain Reymond, Marco Hagmann, qui nous auraient apporté leur expérience.

– Le risque existe-t-il, si le club se maintient, que d'autres joueurs quittent le HCC pour ne pas revivre une expérience difficile?

– Non, car la structure du club est différente. Il est professionnel et les joueurs vivent du hockey. Certains ne pourraient peut-être pas jouer dans un club plus huppé, et sont satisfaits de jouer en LNA.

– Cette situation du néopromu, est-ce une fatalité dans le hockey suisse?

– Selon moi, oui. Cela fait quinze ans que ça dure, que des solutions ont été proposées, sans que rien ne bouge. Pour les grands clubs, ce serait pourtant avantageux que nous soyons compétitifs, car le championnat serait plus intéressant. Mais dans la réalité, il n'y a aucune solidarité entre les clubs au sein de la Ligue nationale. Les grands clubs n'ont qu'une ambition: piller les meilleurs joueurs des clubs plus faibles qu'eux.