Il y a depuis quelques jours un petit bout de Suisse sur les rives de la Tamise. Des murs, des pierres teintés de rouge près de London Bridge, au cœur de la métropole britannique. Glaziers Hall, coin de convivialité: les passants qui s’y hasardent n’ont pas d’autre choix que d’y plonger dans les couleurs helvétiques. C’est ici, dans cette «Red Zone», que les Helvètes viendront célébrer leurs médailles. La Confédération, via le Département fédéral des affaires étrangères et Présence Suisse, y a installé sa très imposante «House of Switzerland», maison de la Suisse durant les JO de Londres. S’y sont succédé hier de nombreux athlètes, venus partager à l’aube d’un inoubliable événement leurs sensations, sourires, attentes, chaleur, impatience.

A Sydney, 101 athlètes représentaient la nation. A Athènes, ils étaient 107. A Pékin, 85. En mai, le chef de la délégation de Swiss Olympic, Gian Gilli, avait dit s’attendre à ce qu’une nonantaine de sportifs reçoivent leur passeport pour Londres. Finalement, la liste des sélectionnés compte 102 noms. Exception faite de l’équipe de football (18 membres), les plus fortes députations reviennent à l’athlétisme (14 membres), puis à l’aviron (huit membres).

Dans le Top 25

Quelles ambitions notre pays peut-il nourrir? De Pékin, la Suisse avait ramené sept médailles, terminant au 27e rang. A Vancouver, elle avait cueilli neuf plaques. Depuis quelques semaines déjà, Gian Gilli a défini un objectif, celui de se hisser parmi les 25 meilleures nations: «Nous prenons Pékin et Vancouver comme référence, c’est pourquoi nous souhaitons monter sur le podium entre sept et neuf fois. Mais, personnellement, je serais déjà très heureux si nous quittions Londres avec un chiffre oscillant entre cinq et sept médailles.»

Les espoirs les plus limpides reposent sur les épaules de Roger Federer et de Fabian Cancellara. Récent vainqueur à Wimbledon, le Bâlois se retrouve en terrain conquis. Quant au Bernois, qui a abandonné le Tour de France pour assister à la naissance de sa deuxième fille, il intègre les favoris du contre-la-montre, qu’il avait remporté en 2008, à Pékin. L’or est également accessible au vététiste Nino Schurter, auquel l’an 2012 réussit bien. Il avait été le premier athlète sélectionné, en automne dernier déjà, à la suite de l’argent décroché aux Mondiaux.

Surprises potentielles

En escrime, Fabian Kauter (qui a brièvement occupé la place de numéro 1 mondial ce printemps) et Max Heinzer (cinquième de la hiérarchie) sont tous deux capables de décrocher un podium. Mike Kurt, en canoë, espère rattraper ses échecs d’Athènes (20e) et de Pékin (17e). «J’ai suffisamment prouvé par le passé que je pouvais jouer des coudes avec les meilleurs mondiaux», affirme-t-il.

D’autres encore sont capables de se hisser parmi les meilleurs. La gymnaste Giulia Steingruber. Le ­cavalier Steve Guerdat. La judoka Juliane Robra. L’escrimeuse Tiffany Géroudet. Les nageurs Dominik Meichtry et Swann Oberson. La triathlète Nicola Spirig. Les navigateurs Flavio Marazzi, Enrico De Maria, Nathalie Brugger. Et puis les Jeux laissent toujours une belle place à l’inconnue. Aux surprises potentielles. A celles et ceux dont on ne sait trop qu’espérer. Celles et ceux qu’on attend sans trop s’impatienter. Celles et ceux qui, alors que personne ne s’y intéresse de trop près, attirent tout à coup la lumière. Mais, dans l’ombre, d’autres savoureront l’expérience olympique. Eux aussi.