Comme Didier Défago en descente, elle a failli ne pas en être. Il y a un mois à Veysonnaz, Harald Benselin, l’entraîneur des équipes nationales, l’exhortait à se « sortir les pouces » si elle voulait son ticket. Du quintette qualifiable, elle faisait un peu office de cinquième roue du char, derrière Mellie Francon, Tanja Frieden, Sandra Frei et Simona Meiler. 13e au général de la Coupe du monde, quand ses coéquipières pointaient toutes dans le top ten, Olivia Nobs, quand même médaillée d’argent aux Mondiaux 2009, était synonyme d’une agréable prise de tête pour Benselin, embarrassé par cette pléthore de biens. «Si Olivia pète un podium à Stoneham (dernière épreuve de Coupe du monde avant les JO), je serai dans le caca. Mais j’espère que mon choix sera compliqué jusqu’au bout, ça voudra dire que l’équipe est là.» Il aura fallu le forfait de la championne olympique, blessée au tendon d’Achille, pour finalement assurer sa place à la grande blonde de la Chaux-de-fond.

Mardi matin à Cypress Mountain, à l’heure des épreuves de boardercross féminin retardées par le brouillard, les regards étaient donc logiquement tournés vers le quatuor helvétique, représentant l’équipe la plus compacte du circuit. Si sur le papier, elles tenaient une médaille, les Suissesses pouvaient aussi très bien à côté tant personne n’est à l’abri d’un couac dans cette discipline où l’on a vite fait de se retrouver au tapis. Lindsey Jacobellis en sait quelque chose. Après son mémorable ratage de Turin 2006 où elle avait laissé l’or lui filer entre les doigts en voulant « graber »sa planche dans un excès d’arrogance, l’Américaine, éliminée en demi-finales, n’a pas réussi à prendre sa revanche mardi au Canada,

Les quatre protégées de Benselin se sont qualifiées pour les quarts de finale. Mais elle n’étaient plus que deux dans le dernier carré, les Chaux-de-fonnières Olivia Nobs et Mellie Francon. Cette dernière, meilleur temps des qualifications, a dominé son quart de finale avant d’étouffer ses espoirs en demi, ralentie par une mauvaise trace dans une portion du parcours qui a été fatale à beaucoup de concurrents.

Ne restait plus qu’Olivia Nobs dans la course aux médailles. Partie au couloir numéro 4, la Neuchâteloise a livré un combat de guerrière avec la championne du monde Helene Olafsen alors que la Canadienne Maëlle Ricker, leader de la Coupe du monde, filait en tête pour succéder à Tanja Frieden sur la plus haute marche du podium. Chahutée deux fois dans un parcours assez redoutable, Nobs a frôlé l’élimination sur l’avant dernier saut lorsque la Norvégienne a failli la percuter. La chute respective de ces deux rivales a fait le bonheur de la France avec une médaille d’argent surprise pour Deborah Anthonioz. Derrière, le mano à mano entre Nobs et Olafsen a tourné à l’avantage de la Suissesse qui a pu ainsi s’offrir le bronze. A 27 ans, Olivia Nobs ajoute cette médaille olympique à son palmarès composé de son titre de vice-championne du monde 2009 à Gangwon, de trois victoires en Coupe du monde et cinq podiums.