Hommage

Olivier Favre, le saut du doux

Le plongeur loclois est décédé en Thaïlande des suites d’un malaise cardiaque. De 1987 à 2015, il a détenu le record du plongeon le plus haut du monde en sautant à 53,9 mètres au-dessus du Doubs

«Vous volez, vous voyez passer la falaise et vous voyez l’eau. L’eau est une caresse.» Ainsi parlait Olivier Favre, dans le journal La Liberté en 2008. Il est décédé des suites d’un malaise cardiaque il y a une dizaine de jours en Thaïlande, non loin de Pattaya où il avait établi une base pour les tournées asiatiques de son Oliver’s Water Show, sa société de spectacles aquatiques.

Record et blessure

S’il goûtait aux caresses de l’eau, il en connaissait aussi les morsures. Le 30 août 1987, il s’élance d’une plateforme montée à 53,9 mètres au-dessus du Doubs en face du port des Brenets, côté français. L’exploit lui offre la consécration en lui permettant d’inscrire son nom au Guinness Book des records pour le plongeon le plus haut du monde.

Un titre qu’il paie cher: sa vitesse lorsqu’il fend les flots atteint 118 kilomètres/heure, la surface lui fracture la septième vertèbre, compressée aux trois quarts. Il est emmené en hélicoptère à l’hôpital de l’Ile à Berne. Les médecins pensent qu’il restera paralysé. Alors trentenaire, il passe les trois mois qui suivent son accident à vivre comme un nonagénaire. Il lui faudra deux ans pour retrouver sa mobilité et sa musculature.

D’abord le saut à ski

Le maçon de formation au regard bleu piscine ne se passionne pas d’emblée pour le saut de l’ange. Il s’adonne d’abord, avec quelques succès, au vol à ski et participe deux fois à la tournée des Quatre Tremplins. Ce n’est que vers 20 ans, lassé de l’aspect répétitif de ce sport d’hiver, qu’il se consacre au plongeon extrême et aux acrobaties aquatiques. Il monte sa société de spectacles et se met à sillonner les continents pour divertir les foules. Avec toujours, quelque part dans sa tête, l’envie de relever un défi, de faire quelque chose de particulièrement fou: plonger d’une hauteur de laquelle jamais personne n’a osé s’élancer.

«J’étais là en 1986 lorsqu’il avait prévu d’établir son record», se souvient Jean-Claude Dürig, fondateur de la compagnie de navigation du lac des Brenets, qui connaissait le plongeur et a assisté à bon nombre de ces exploits sur les eaux du Doubs. «Il avait dû renoncer pour je ne sais plus quelle raison et était revenu l’année suivante. Quand on connaissait l’homme qu’il était, plein de vie, d’énergie et de douceur, on a de la peine à imaginer qu’il soit parti.»

J’ai commencé à plonger pour pouvoir un jour le rencontrer. Il était pour moi une légende!

«J’ai été jusqu’au bout de mes rêves», disait encore Olivier Favre à propos de son record à La Liberté en 2008. Après son saut superlatif, il se concentrera sur ses spectacles et n’aura de cesse de transmettre son enthousiasme et sa passion aux plus jeunes. «J’ai commencé à plonger pour pouvoir un jour le rencontrer, explique Yoan Rosa, Chaux-de-Fonnier de 21 ans qui a eu la chance de s’entraîner aux côtés du recordman en 2015. Il était pour moi une légende!»

Le plongeur amateur a participé à l’un des événements du Oliver’s Water Show lors de son passage à Divonne-les-Bains. «Il m’a énormément appris, il me donnait de nombreux conseils qui me sont encore utiles aujourd’hui. Lorsque avec des amis nous avons commencé à organiser des spectacles de plongeon pour récolter des fonds pour des œuvres caritatives, il n’a eu de cesse de nous prêter du matériel et de nous aider autant qu’il le pouvait. Sa générosité, sa joie de vivre et sa douceur vont me manquer.»

«Il aimait tellement partager!»

«Tous les plongeurs ont rêvé d’être un jour aussi célèbres qu’Olivier Favre, ajoute Annabelle Donzé (19 ans), du Locle, qui pendant deux ans a plongé pour les spectacles du recordman. Il aimait tellement partager! Il n’arrêtait pas de raconter ses aventures, comme le jour où il devait allumer un de ses athlètes pour le tour de la torche humaine… Les flammes étaient revenues sur lui et il commençait à prendre feu! Il lui criait de sauter, de se dépêcher, mais l’autre n’entendait rien! Il a bien failli se brûler, mais au final il a pu sauter dans l’eau à son tour. Il riait encore en me la racontant!»

Une autre consécration

Son record ne fut néanmoins pas sa dernière récompense. En 2012, il reçoit la mention spéciale «Apnée» du Grand Prix du Maire de Champignac, pour avoir dit au quotidien L’Impartial-L’Express: «Les dauphins arrivent parfois à faire trois périlleux arrières et à retomber sur la queue. Il y a des trucs que nous n’arrivons pas à faire.»

En 2015, après un règne de près de 28 ans, Olivier Favre est battu par un saut de 58,8 mètres du haut de la Cascata del Salto, au Tessin. «Je ne l’ai malheureusement jamais rencontré en personne, regrette le Suisso-Brésilien Laso Schaller, nouveau recordman du plongeon le plus haut du monde. Lorsque l’équipe de production lui a dit que j’allais tenter de sauter de quelques mètres plus haut que lui, il était très inquiet.»

Il fut pour moi un modèle: toute sa vie durant, il a cherché à atteindre son objectif, sans jamais renoncer.

Il était bien placé pour savoir les risques qu’allait prendre le jeune homme né en 1988, soit un an après son exploit. «Il fut pour moi un modèle: toute sa vie durant, il a cherché à atteindre son objectif, sans jamais renoncer. Quand j’ai établi mon record, je ne l’ai pas fait pour le battre mais pour, à mon tour, aller au-delà de mes limites. Ce dépassement, c’est ce qui nous rapprochait sans avoir besoin de se connaître.»


Profil

9 octobre 1957: Naît au Locle.

1973 à 1981: Fait partie du cadre suisse de saut à ski, participe deux fois à la Tournée des quatre tremplins.

1977: Crée l’Oliver’s Water Show, sa société de spectacles de haut vol avec laquelle il parcourra la terre entière.

30 août 1987: Entre dans le Guinness book des records pour son saut de 53, 9 mètres au Saut du Doubs.

4 août 2015: Cède son titre de recordman au Suisso-Brésilien Laso Schaller (58,8 mètres).

Avril 2017: Décède à 59 ans des suites d’un malaise cardiaque en Thaïlande.

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