Il y a deux années de cela, Afonso avait suivi le quart de finale de l’Euro Foot entre l’Allemagne et le Portugal sur la Fan Zone de Plainpalais. Défaite par 3 à 2 de sa chère Selecção. Pas question donc pour ce laborantin qui travaille aux HUG de regarder ce Portugal-Espagne aux Vernets ou à la Praille où des écrans géants ont été montés. «Je suis très superstitieux, je ne veux plus voir un match dans la foule», dit-il.

Afonso, natif de Braga et qui vit à Genève depuis une quinzaine d’années, s’est donc rendu à la Sportive, le célèbre bar de la rue de Carouge. Afonso connaît l’adresse. Il y passe souvent à la sortie de son travail. Ce mardi, ils sont une trentaine agglutinés devant les trois téléviseurs. Dont Sergi, un Espagnol habitué lui aussi des lieux. Afonso est confiant sur les coups de 20h30: «Notre équipe cette année c’est un gros bloc défensif et c’est en défendant bien que la Suisse a battu l’Espagne, il faut faire comme la Nati. Et puis on a devant Ronaldo.»

Sergi, venu avec deux copains, réplique en riant: «Ronaldo on l’appelle Cristiano Renardeau parce que c’est un petit rusé, c’est le roi du plongeon, il simule tout le temps.» Première mi-temps plutôt décevante. Le rythme est lent, les occasions sont rares. Laureine Bourban, la patronne de La Sportive, confie: «Les Fan Zones ont tué le petit commerce, avant les gens suivaient les matchs dans les cafés, c’est fini, on n’a même plus le droit d’installer des écrans sur les terrasses.»

Un serveur se souvient: «C’est ici que le premier grand écran a été monté à Genève, c’était en 1986 pour le Mondial de foot, on est allé le chercher en Italie, il y avait foule tous les soirs.» Soixante-troisième minute, l’inévitable David Villa ouvre le score suite à une action de jeu très barcelonaise dans sa conception.

Sergi et ses copains exultent. Afonso se tire les cheveux puis commence à se ronger les ongles. «Il ne faut pas perdre, supplie-t-il, surtout pas face aux Espagnols, ils sont condescendants avec nous, nous ne sommes qu’une petite nation pour eux.» Fin du match. La Roja ira en quart de finale. Afonso dit qu’en 2012 pour le championnat d’Europe il restera chez lui et que peut-être il n’allumera même pas son téléviseur.