Franz Beckenbauer possède l'assurance tranquille de ceux à qui rien ne résiste. Froid et arrogant pour certains, brillant et charismatique pour d'autres, le personnage ne laisse pas indifférent. En visite la semaine passée au Salon de l'auto de Genève, «Kaiser Franz» a volé, l'espace de quelques minutes, la vedette aux nouveautés chromées.

A 55 ans, Franz Beckenbauer possède un palmarès hors normes. En 1966, il atteint la finale de la Coupe du monde anglaise. Lors de l'édition suivante, au Mexique, l'Allemagne est éliminée au stade des demi-finales par l'Italie. Mais le Munichois marque les esprits: héroïque, il termine le match malgré une fracture de la clavicule. Victorieux par la suite du championnat d'Europe des nations (1972) et du Mondial allemand (1974), il entre au panthéon du foot germanique.

Génial, élégant, il fait la loi sur les terrains européens. Il ne tardera pas à en faire de même depuis le banc de touche. Le libero aux 103 sélections devient sélectionneur de la «Mannschaft» en 1984, quelques mois après avoir mis un terme à sa carrière, et sans aucune expérience d'entraîneur. L'équipe d'Allemagne atteint la finale de la Coupe du monde 1986 au Mexique, avant de remporter la compétition quatre ans plus tard en Italie. Depuis, Franz Beckenbauer a abandonné le banc de touche pour rejoindre les tribunes. Président du Bayern Munich, il a été désigné par la Fédération allemande de football pour diriger le comité d'organisation de la Coupe du monde 2006. Entre deux poses pour les photographes, il jette un regard averti sur le football et son évolution.

– Le Temps: Quels sont les principaux changements qu'a connus le football depuis vos débuts comme joueur au Bayern?

– Franz Beckenbauer: Il est totalement différent, sur le terrain comme en dehors. L'entourage médiatique, par exemple, a complètement changé. Quand j'ai débuté, en 1963, on connaissait et on saluait les journalistes qui gravitaient autour de nous. Aujourd'hui, les joueurs montent dans leur voiture dès la fin de l'entraînement. Il y a chaque fois une dizaine de caméras de télévision, sans parler des photographes et des journalistes.

– Aujourd'hui, l'Allemagne, l'Angleterre, l'Espagne, la France et l'Italie dominent le football européen. Que doivent faire les petits pays comme la Suisse pour jouer dans la cour des grands?

– Ils ont toujours leur chance. Je ne pense pas qu'ils puissent gagner la Coupe du monde. Mais pour eux, le challenge est d'y participer. Pour progresser, ils doivent miser sur la formation. Comme l'Allemagne, d'ailleurs, qui a pris beaucoup de retard dans ce domaine, notamment sur la France.

– Les clubs de ces petits pays doivent-ils se regrouper pour progresser, par exemple dans une Ligue atlantique (projet qui regrouperait en dehors des compétitions de l'UEFA différentes équipes européennes)?

– Je pense que cette Ligue est avant tout une tentative de certains hommes d'affaires de faire de l'argent. En définitive, je ne crois pas qu'une telle compétition puisse avoir un avenir.

– En tant que président du Bayern Munich et membre du G14 (organisme qui défend les intérêts des plus grands clubs européens), quelle est votre position dans l'épineux dossier de refonte du système des transferts?

– C'est vraiment compliqué… J'espère avant tout que la Commission européenne se montrera assez intelligente pour trouver une solution qui satisfasse le maximum de monde. Il faut rester optimiste, mais ce sera difficile.

– Pensez-vous qu'un joueur de football est un travailleur comme les autres?

– Non, il faut faire une distinction claire. Un footballeur qui passe d'un club à un autre fait vivre son manager, son avocat et plusieurs autres personnes. Ce qui n'est pas le cas d'une personne qui travaille dans une entreprise X ou Y.

– En 1990, vous annonciez que l'Allemagne réunifiée allait dominer le football mondial pendant plusieurs décennies. Qu'en pensez-vous aujourd'hui?

– Je me suis trompé (rires). Nous venions de gagner la Coupe du monde, j'étais euphorique. L'histoire a démontré depuis que nous n'étions pas imbattables…