Football

On a (perdu) Benjamin Pavard

Héros français depuis son but contre l’Argentine, qui lança les Bleus vers le titre de champion du monde en juillet, Benjamin Pavard est l’ombre de lui-même avec Stuttgart, bon dernier de Bundesliga. Le tube de l’été vire au cauchemar

Benjamin Pavard s’attendait sans doute à un contrecoup, mais probablement pas à ça. Trois mois et demi après avoir remporté la Coupe du monde en Russie avec l’équipe de France, celui qui est devenu le chouchou de tout un peuple après sa demi-volée magistrale en huitièmes de finale contre l’Argentine (4-3) – qui fut désignée plus beau but du Mondial – vit un véritable cauchemar depuis le début de la saison avec le VfB Stuttgart. Après dix journées de Bundesliga, son club, encore battu vendredi soir à domicile par Francfort (0-3), est dernier avec un maigre total de 5 points, ce qui constitue le plus mauvais départ de l’histoire du champion d’Allemagne 2007.

Un terrible bilan pour une formation qui a dépensé plus de 30 millions d’euros cet été sur le marché des transferts, et qui a surtout conservé l’une des révélations de la Coupe du monde. Mais malgré son nouveau statut, Benjamin Pavard enchaîne les prestations médiocres, incapable de répondre au défi physique des attaquants adverses. Ses perpétuels changements de poste (défenseur central en club, arrière droit en équipe de France) n’arrangent rien. Surexposé depuis son été de rêve, il limite désormais ses interventions médiatiques au strict minimum imposé par la Ligue allemande. «Je veux me concentrer sur nos matchs et ne pas me disperser, a-t-il lancé il y a un mois. Lorsque nos résultats seront meilleurs, je serai de nouveau disponible.»

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Transfert avorté au Bayern

Ces derniers mois, il a aussi souvent été question de son avenir et de contacts concrets noués avec le Bayern Munich, qu’il aurait rejoint si Jérôme Boateng était parti au PSG. Ce transfert avorté l’a-t-il freiné dans son ascension? «Benji n’oublie pas d’où il vient, explique Peter Reichert, responsable du lien entre le club et les supporters du VfB et qui dépanne Pavard en tant que traducteur. Lorsqu’il a rejoint le VfB en 2016, il était remplaçant à Lille, et même si Stuttgart évoluait alors en deuxième division, il l’a complètement relancé. Sa relation avec le club est très forte et il ne faut pas oublier qu’il est passé, en seulement quelques mois, de la D2 allemande au titre de champion du monde, ce qui est plutôt rare pour être souligné.»

Les trains, bleus ou rouges, ne passent souvent qu’une fois et Pavard, qui avait été très régulier la saison dernière, pourrait regretter d’écorner sa nouvelle image en luttant chaque week-end contre la relégation. Il s’en défend et l’a prouvé récemment en envoyant un message d’amour au VfB: «J’aime ce club et ses supporters. Je n’oublierai jamais qu’il m’a donné ma chance à une période délicate de ma carrière et ce n’est pas parce que notre début de saison est compliqué que je vais fuir mes responsabilités.»

Sa note moyenne dans le bihebdomadaire Kicker tourne depuis le début de la saison autour de 3,5/10. Ses prestations tout aussi moyennes avec la France cet automne en Ligue des nations passent moins inaperçues en club, où chacune de ses erreurs se paye d’un but.

Le regard des autres a changé

Profitant de la méforme chronique du Monégasque Djibril Sidibé depuis quelques mois et du manque de concurrence au poste d’arrière droit, le Nordiste demeure un titulaire dans l’esprit de Didier Deschamps, même si le sélectionneur l’a récemment mis en garde. «Je suis ses matchs en club et je vois bien qu’il éprouve des difficultés, a commenté «DD». Je suis convaincu qu’il vit mal cette période délicate, mais elle ne remettra jamais en cause ce qu’il est capable de nous apporter. A lui de retrouver rapidement son meilleur niveau.» Ce qui, en langage Deschamps, signifie que la bienveillance du sélectionneur ne sera pas éternelle.

Au quotidien, tous les gens qui le côtoient sur les bords du Neckar assurent que Benjamin Pavard n’a pas changé malgré son titre de champion du monde. «Benjamin est quelqu’un de très humble, qui fait son travail avec abnégation et rigueur. C’est peut-être le regard de ses partenaires qui a plutôt changé, sachant qu’il est champion du monde, ce qui mérite le respect», estime son coéquipier Holger Badstuber. Et qu’en pense l’intéressé, qui a tout de même connu en huit mois une première convocation en équipe de France, les joies d’un titre mondial, une ex-Miss France et l’honneur d’une chanson à son nom? «Personnellement, je n’ai pas le sentiment d’être quelqu’un d’autre, au contraire. Je sais pertinemment sur qui je peux compter tous les jours et il est capital de rester fidèle aux amis les plus proches sur le long terme afin de rester les pieds sur terre, mais aussi pour éviter d’être subitement mal influencé par des personnes extérieures.»

«Je ne peux plus me promener à Paris»

Il reconnaît en revanche que certaines choses ont changé autour de lui: «Si je peux encore me promener dans Stuttgart, c’est devenu quasiment impossible en France. A Paris, les gens me sollicitent à chaque coin de rue pour un autographe ou un selfie. C’est l’effet Coupe du monde, j’en ai conscience et je sais parfaitement assumer ces nouvelles attentes qui me flattent, mais je garde la tête sur les épaules.»

A 22 ans, il traverse sa première crise sportive et si son départ en fin de saison semble acté, il veut à tout prix quitter le sud-ouest de l’Allemagne sur une note positive, avant, peut-être, de rejoindre la colonie française du Bayern Munich (Franck Ribéry, Corentin Tolisso et Kingsley Coman). «Pavard a du mal à digérer le titre mondial et je sais ce que cela implique, je me suis retrouvé dans la même situation», analyse l’ex-international allemand Thomas Berthold, ancien joueur de Stuttgart et champion du monde en 1990. «Il faut savoir se remettre en question et gérer les nouvelles attentes, qui n’ont rien à voir avec celles qu’il avait avant la Coupe du monde. Mais c’est un garçon intelligent, il ressortira grandi de ce passage à vide.»

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