Le système de régates de repêchage n'aura pas perturbé la hiérarchie de la Coupe Louis-Vuitton qui s'était dessinée dès les premiers tours. On retrouve en demi-finales les quatre équipes qui occupaient le haut du tableau à l'issue des deux Rounds Robin.

Dans ces duels au meilleur de sept matchs, Prada Challenge et One World n'ont laissé aucune chance à leurs adversaires. Les Italiens se sont imposés 4 à 0 face aux Suédois de Victory Challenge et les Américains ont infligé le même sort à leurs compatriotes du Team Dennis Conner. Le célèbre «Monsieur America's Cup», n'a d'ailleurs pu s'empêcher de verser une larme, vendredi, à l'issue de la régate décisive. Son équipe va devoir plier bagage… A moins que les résultats sur l'eau ne soient annulés sur tapis vert.

La Coupe de l'America, véritable guerre technologique, est une épreuve animée d'intrigues à terre. D'où la présence d'avocats au sein de chaque équipe. Or ces jours, des rebondissements dans «l'affaire One World» créent des remous. Ce qui, pour certains, n'est qu'une tempête dans un verre d'eau pourrait devenir le plus gros scandale qu'ait jamais connu cette prestigieuse compétition de voile.

One World a été reconnu coupable au mois d'août dernier par l'Arbitration Panel (comité d'arbitrage) d'avoir été en possession de documents secrets (plans de bateaux et de voiles) appartenant à Team New Zealand et Prada Challenge. Les cinq membres du Panel avaient admis les arguments du Défi de Seattle affirmant que les documents en question n'avaient pas été utilisés. One World s'était donc vu infliger un point de pénalité. Mais le feuilleton a été relancé en début de semaine, lorsque Prada Challenge et le Team Dennis Conner ont demandé la réouverture du dossier et la disqualification de One World. Ils ont fourni au comité d'arbitrage un document de 70 pages estimant qu'il apportait de nouvelles preuves. Le Team Dennis Conner a également porté réclamation contre One World auprès du Jury international, invoquant le fait que le Défi de Seattle avait violé les règles fondamentales de la Fédération internationale de voile concernant la sportivité et le fair-play.

Le Jury international a refusé d'intervenir avant que l'Arbitration Panel ne prenne une décision. Cela a eu pour conséquence d'accélérer les choses, puisque les cinq membres du comité d'arbitrage, qui avaient annoncé qu'ils ne se réuniraient pas avant la fin de l'année, vont tenir une audience les 7 et 8 décembre prochain afin de prendre une décision avant le début des demi-finales, le 9 décembre. L'affaire est complexe. Prada Challenge et le Team Dennis Conner comptent sur le témoignage de celui par qui le scandale est arrivé, Sean Reeves, l'ancien avocat de Team New Zealand. Chez One World, qui a traîné Reeves devant la cour de Seattle et remporté le procès, on doute de la crédibilité de son témoignage. «Nous allons tout faire pour que les audiences tenues par l'Arbitration Panel soient ouvertes au public et à la presse de manière à ce que tout le monde puisse se rendre compte de la malhonnêteté de Sean Reeves», insiste Gary Wright, le patron de One World.