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«Le reste, j’improviserai», lâche-t-il laconique.
© Transcontinental Race ©

Cyclisme

Onze jours pour traverser l’Europe à vélo

Partis dimanche de Belgique, les participants de la Transcontinental Race ont pour objectif d’atteindre les Météores 
en Grèce. 3566 kilomètres, que les meilleurs prévoient de parcourir en moins de dix jours

Cette année, il est mieux préparé. Quelques jours avant le départ, c’est ce que Marin de Saint Exupéry, un des plus jeunes concurrents de la Transcontinental Race, livre au téléphone. L’an dernier, il avait trop fêté avant de partir et les crampes et tendinites, dont il a souffert tout au long de la course à vélo à travers l’Europe, lui laissent un goût amer.

Cette fois, Marin est hydraté en eau et reposé. Il a même préparé son parcours avec soin, relevé les routes qu’il allait suivre et prévu les endroits où il allait dérouler son sac de bivouac pour dormir quelques heures avant de remonter en selle. «Le reste, j’improviserai», lâche-t-il laconique.

En solitaire 
et sans assistance

A 22 ans, l’étudiant à l’ECAL à Renens s’est lancé avec le peloton, dimanche soir à 22 heures, dans la sixième édition de la course longue distance qui traverse l’Europe. Le principe de l’épreuve est simple. Il faut rallier le mur de Grammont à Geraardsbergen, en Belgique, aux Météores en Grèce. 3566 kilomètres séparent le départ de l’arrivée. Le trajet se parcourt en solitaire ou en duo. Sans assistance aucune. Les concurrents sont suivis par GPS et sont libres d’emprunter les routes qu’ils souhaitent.

Dix règles donnent les lignes directrices de la course. Mais pour résumer, l’unique contrainte consiste à passer par quatre checkpoints qui varient d’édition en édition. Ce sont des lieux de rencontre, situés dans des endroits que l’on croirait choisis à l’aveugle sur la carte tant leurs noms sonnent exotique à notre oreille.
Cette année les coureurs pointeront au col de Bielerhöhe en Autriche, à Mangart Sedlo en Slovénie, sur le col de Karkonosze entre la République tchèque et la Pologne, puis à Bjelašnica en Bosnie-Herzégovine avant de filer en Grèce. «C’est une Europe inconnue que l’on traverse. On passe par des sites que l’on n’aurait jamais vus sans la course», explique Marin.

Comme l’an passé, le numéro de son dossard est inscrit sur le revers de la visière de sa casquette. Cette édition, il porte le 42 sur le front et à l’heure où s’écrivent ces lignes, moins d’un jour après le départ, son tracker GPS indique qu’il vient de traverser la Moselle et a déjà parcouru près de 366 kilomètres. Il s’est donné onze jours pour arriver aux Météores. Cela signifie qu’il roulera environ 350 kilomètres quotidiennement. Pour dormir, il choisira un endroit en bordure de route pour fermer les paupières quelques heures. Et pour manger? Il vise des menus préparés suffisamment rapidement: «Je m’arrêterai dans des échoppes de kebabs et de pizzas.»

Différentes stratégies

Marin a misé sur une stratégie spartiate. Il a d’ailleurs conçu son vélo de ses propres mains pour son travail de bachelor en design industriel. L’engin en acier est épuré à l’image du style de course que le cycliste envisage d’adopter: efficace et minimaliste.Ce mode opératoire n’est toutefois pas celui que tous les concurrents choisissent. Cycliste passionné, Alain Rumpf a participé à l’édition de 2015 qui avait Istanbul pour ligne d’arrivée. Le long du parcours, le Vaudois avait opté pour une forme de confort. Les nuits, il les passait à l’hôtel.

«Cela me permettait d’aborder la route en étant reposé et en ayant bien mangé. Mais il est clair que de cette façon, je ne visais pas la victoire», avoue-t-il.Chaque coureur a sa propre stratégie et gère l’effort de façon différente. La plupart d’entre eux voyagent le plus légèrement possible avec des sacoches dites de «bikepacking» montées sur des vélos de course. Tous sont entraînés depuis des mois à raison de multiples sorties de plusieurs centaines de kilomètres.

Esprit romantique

Leurs profils sont multiples. Leurs âges divers. Cette année, ce sont autant des coursiers à vélo, des cyclo-voyageurs que des routards qui montent en selle en Belgique. Qu’est-ce qui les anime? La folie? La soif de sport? L’aventure? La solitude? Pour Alain Rumpf, c’est avant tout le romantisme de l’épreuve qui l’emporte. «

On retrouve dans cette course une simplicité disparue.» Il évoque une sensation de liberté, une forme d’aventure, mais il se souvient essentiellement d’un sentiment perçu avant le départ: l’incertitude d’entreprendre un projet qu’il n’était pas certain d’accomplir. «La réussite dépend d’un nombre important de critères qui ne sont pas forcément liés au physique ou à la vitesse», souligne le cycliste vaudois. C’est une course stratégique où la chance joue un rôle dominant, dit-il.

Courage et intégrité

Si l’Anglais Mike Hall a créé cette épreuve en 2013, à l’image de Trans Am Race qui traverse les Etats-Unis, c’était pour combler un vide en Europe. Pour cet homme que la communauté ultracycliste regrette depuis son accident mortel lors de la Pacific Wheel Race à travers l’Australie, ces épreuves «ultra» sont une réaction aux courses officielles. A ses yeux, ces courses au long cours ont pour vocation d’«encourager courage et intégrité».

Les médias sont tenus à distance et les sponsors doivent montrer patte blanche. La Transcontinentale est une course d’outsiders qui brillent dans l’anonymat. A l’arrivée, aucun prix ne vient récompenser les vainqueurs. Sans doute parce qu’une bonne nuit de sommeil vaut mieux que toutes les médailles.

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