Tradition et excellence. Deux mots qui collent parfaitement à l'image véhiculée par Saint-Moritz à travers le monde. Rendez-vous hivernal des célébrités et têtes couronnées, le village grison fait partie, depuis plus d'un siècle, du gotha des stations de ski. Grâce, surtout, à un cadre exceptionnel. Mais ce n'est pas tout. Au fil des ans, la station huppée est devenue un haut lieu du sport mondial. Un mariage symbolisé par les matches de polo disputés sur le lac gelé qui borde la station, à un jet de pierre des boutiques de luxe et des hôtels quatre étoiles.

En accueillant les Mondiaux de ski alpin, du 1er au 16 février prochain, Saint-Moritz ajoutera une page à sa légende. Le village a déjà accueilli des Championnats du monde de ski alpin, en1974, et des Jeux olympiques d'hiver (à deux reprises, en 1928 et 1948). Pour que ce quatrième événement planétaire soit une réussite, les organisateurs grisons ont décidé de mettre toutes les chances de leur côté. En lançant, notamment, une opération séduction en Suisse romande. Directeur marketing de la manifestation, l'ancien fondeur Jürg Capol a usé de tout son enthousiasme pour séduire les «Welches» lors du dernier Comptoir suisse. Il a réitéré l'exercice vendredi dans un magasin de sport lausannois. «J'espère que la distance entre l'ouest et l'est de la Suisse n'empêchera pas les Romands de se déplacer. Il faut que ces Mondiaux représentent une fête pour le pays entier.»

Une fête qui a connu quelques problèmes à l'allumage. En septembre 2000, un crédit cantonal de 7 millions de francs était rejeté – de justesse – par le peuple grison. «Nous avions très mal préparé notre affaire, se souvient Jürg Capol. Tous les membres du comité faisaient un peu tout et n'importe quoi. Et notre stratégie de communication n'était pas au point. Quelques semaines avant la votation, une majorité de Grisons ne savait même pas que le canton avait décroché l'organisation des Mondiaux deux ans auparavant.» En mars 2002, une nouvelle votation est organisée, avec des prétentions revues à la baisse. Résultat: un crédit de 4 millions est accepté avec une majorité confortable. «Nous avons bénéficié de la bonne publicité constituée par les épreuves de Coupe du monde organisées le mois précédent, estime le natif de Coire. On a également su tirer les leçons de la défaite de l'an 2000…»

Suite à cette votation, un budget de 80 millions de francs est arrêté. «La commune de Saint-Moritz participe à hauteur de 30 millions, précise Jürg Capol. Les communes environnantes ont versé 3 millions environ. La Confédération, quant à elle, s'est engagée à nous payer 4 millions. La moitié du budget est donc couverte par des fonds publics.» Les 40 millions restants proviennent des sponsors et des droits télé (33 millions), de la billetterie (6 millions) et du marchandisage (1 million). L'équilibre budgétaire n'est pas pour autant garanti. «On ne sait jamais, indique l'ancien membre du relais helvétique, quatrième du 4x10 km des JO de Calgary (1988). Si la neige est absente et qu'on doit utiliser massivement les canons à neige, ou si le mauvais temps retient les spectateurs, on pourrait avoir du mal à boucler nos comptes.»

Des impondérables qui augmentent la pression sur un comité d'organisation en charge du plus grand événement sportif jamais organisé en Suisse. D'autant qu'avec la multiplication des échecs pour accueillir les JO d'hiver, les Grisons seront attendus au tournant. «On est obligés d'être excellents, raconte Capol. On se bat à fond pour cela. Mais on a une certitude: ces Mondiaux sont à l'échelle d'un pays comme le nôtre, ce qui n'est pas forcément le cas de Jeux olympiques. Si on regarde ceux de Salt Lake City et leurs infrastructures, ça fait réfléchir.»

A Saint-Moritz, 38 millions ont été investis dans des constructions fixes, utiles après les compétitions (bâtiment de l'aire d'arrivée, nouveau téléphérique du Piz Nair, où se déroulera le départ de la descente homme, à 2840 m d'altitude). Pour faire des économies, le système «D» a été appelé à la rescousse: la salle de presse prendra place dans la piscine couverte du village, qui sera vidée quelques jours avant le début des compétitions. «C'est, avec la neige, l'unique élément qui nous manque encore», conclut Jürg Capol.