Les dix membres de la commission exécutive du Comité international olympique (CIO) auront été plus rapides que prévu. Alors que leur réunion devait s'échelonner sur lundi et mardi au siège lausannois du CIO, une demi-journée leur a suffi pour prendre deux décisions attendues avant leur départ pour Sydney: les tests de détection de l'EPO (érythropoïétine) seront introduits aux Jeux dès le 2 septembre, et cinq villes – Istanbul, Osaka, Paris, Pékin et Toronto – seront en concurrence pour organiser les Jeux d'été de 2008. Deux décisions sans grande surprise, mais hautement symboliques, et annoncées devant une foule de journalistes presque aussi dense qu'au plus fort de la crise du CIO.

Experts séduits

Si la validation définitive des tests de détection de l'EPO ne faisait guère de doutes (lire ci-dessous), une inconnue demeurait quant au nombre de villes admises dans la dernière ligne droite avant l'attribution des Jeux de 2008, en juillet 2001. Elles seront donc cinq: deux asiatiques, deux européennes et une américaine. Exit Le Caire, Bangkok et Kuala Lumpur, pas encore «mûres» pour accueillir des Jeux, Séville, moins convaincante qu'Istanbul, et La Havane, dont la candidature avait tout d'une opération marketing montée par le gouvernement de Fidel Castro, mais qui n'a pas répondu au dixième des questions posées par le CIO dans son nouveau questionnaire technique. Place désormais au lobbying, à la campagne internationale et à la «vraie» phase de candidature. «A moins d'une décision ultérieure de la commission exécutive d'ajouter une phase de présélection, ces cinq villes seront départagées en juillet prochain», a prévenu le directeur général du CIO, François Carrard.

A ce petit jeu-là, Pékin apparaît d'ores et déjà en position de force. Candidate malheureuse dans la course aux Jeux olympiques 2000 face à Sydney (défaite par deux voix), la capitale chinoise a officieusement les faveurs du président Samaranch, qui verrait d'un bon œil les Jeux pénétrer dans le plus grand marché économique du monde à la veille de son départ. A Pékin, on a déjà tout prévu: pour améliorer les chances de victoire, et pour faire oublier la mauvaise image du pays en matière de droits de l'homme, les autorités viennent de lancer une grande campagne pour convaincre en particulier les chauffeurs de taxi, les employés d'hôtels et les agents de voyage d'apprendre l'anglais. Au-delà de l'anecdote, le rapport technique livré à la commission exécutive par le groupe de travail composé de treize personnes (membres du CIO, experts indépendants en matière de sécurité ou de transports, etc.) donne d'excellentes notes à Pékin. Un certain nombre d'infrastructures sportives restent à construire, mais la concentration des sites et les projets prévus en faveur de l'environnement ont visiblement séduit les experts.

Face à ce favori, la principale concurrence pourrait bien venir de Paris, candidat appliqué et sans réel point faible. Comme Istanbul, dont le projet non sélectionné par le groupe de travail a été repêché par la commission exécutive pour sa bonne qualité, la capitale française pourrait souffrir de la proximité des Jeux d'Athènes, en 2004, voire de ceux de Turin, en hiver 2006.

Les avantages de Paris

Mais Paris peut compter sur l'appui financier de gros sponsors, sur un grand nombre d'infrastructures de qualité et une solide expérience en matière d'organisation de grands événements. Et, surtout, elle pourrait profiter indirectement d'un certain nombre d'éléments politiques. A commencer par la double candidature de Pékin et d'Osaka, qui pourrait en fin de compte affaiblir les chances de l'Asie. Car si Pékin fait figure de favori, son adversaire japonais impressionne également avec un projet fondé sur une concentration des sites et un savoir-faire technologique évident.

Dans le même temps, Paris pourrait aussi profiter de la conjonction des campagnes menées par Toronto pour les Jeux de 2008 et par Richard Pound pour la présidence du CIO. «Le nouveau président du CIO sera élu le 16 juillet 2001 lors de la session de Moscou qui marquera le départ de Juan Antonio Samaranch, et la ville hôte des JO 2008 sera désignée le lendemain, note un spécialiste des affaires olympiques. Or, si le Canadien Richard Pound est élu, il est possible que certains membres du CIO choisissent de voter pour une autre ville que Toronto, dont le dossier est très solide, pour ne pas tout donner au Canada.» Enfin, et puisqu'aucune délégation n'avait été autorisée à faire le déplacement, les responsables canadiens auront eu la mauvaise surprise d'apprendre qu'une dizaine de manifestants ont distribué hier devant le siège du CIO des tracts fustigeant le projet de la Ville de Toronto de créer une énorme décharge à 600 kilomètres de la métropole, aux abords d'une rivière. Ce projet n'est pas lié aux JO, mais ce type d'intrusion fait toujours mauvais genre en présence de journalistes du monde entier.