Sportivement, le Club Atlético Osasuna ne se porte pas trop mal. Il vient de se qualifier pour les huitièmes de finale de la Coupe du Roi et, six mois après son retour en première division espagnole de football, il occupe le treizième rang du classement, à bonne distance de la zone rouge. Il n’en a pas toujours été ainsi ces dernières années: la formation de Pampelune fait l’ascenseur depuis 2014 et, face au danger de relégation, ses dirigeants semblent avoir eu recours à des pratiques illégales.

Onze personnes, dont six anciens responsables et trois anciens joueurs du club, sont actuellement jugées par la Cour provinciale de Navarre. Au cœur de ce que les médias ibériques appellent le «Caso Osasuna», en cours depuis 2015, les centaines de milliers d’euros qui auraient été versés pour influencer des résultats de matchs en Liga lors des saisons 2012-2013 et 2013-2014. Et mardi, coup de tonnerre, l’ancien directeur Angel Luis Vizcay a reconnu avoir acheté plusieurs parties avec des centaines de milliers d’euros en liquide.

La tradition des «maletas»

Trois des transactions concernent des rencontres d’Osasuna. En 2013, le club aurait offert 400 000 euros à Getafe et, l’année suivante, 250 000 euros au Betis pour que ces équipes se laissent battre à Pampelune. Il aurait aussi donné 250 000 euros à l’Espanyol pour s’assurer d’un match nul.

Mais Angel Luis Vizcay a aussi évoqué des paiements d’un autre type. Lors de la saison 2012-2013, le club aurait promis 150 000 euros à Valladolid en cas de victoire contre La Corogne, et la même somme selon les mêmes termes au Betis face au Celta. Puis, lors de l’exercice suivant, il a encore proposé 400 000 euros de récompense au Betis en cas de succès contre Valladolid.

«Cela relève de la tradition des maletas, malsaine mais bien établie dans le football espagnol à tous les niveaux, explique le journaliste indépendant et écrivain Romain Molina dans une vidéo qu’il a consacrée au sujet. Cela consiste à engager de l’argent pour motiver une équipe à jouer un match à fond, alors qu’elle n’a elle-même plus rien à attendre de sa fin de saison.»

Angel Luis Vizcay a assuré que le conseil d’administration du club au complet était au courant. Mais son témoignage a très vite été remis en question par d’autres. L’ancien président du CA Osasuna, Miguel Archanco, et un autre ancien responsable, Jesus Peralta, ont affirmé devant le tribunal que ces allégations étaient «complètement fausses». Tous les deux ne reconnaissent qu’une seule des transactions, les 400 000 euros utilisés comme carotte pour encourager le Betis à dominer Valladolid lors de la saison 2013-2014. Et le procès se poursuit.

Situation de crise

En attendant son épilogue, cette affaire offre déjà un peu de lumière sur une des grandes zones d’ombre du football à l’heure actuelle, en montrant à ceux qui en doutaient encore que la problématique des résultats arrangés ne concerne pas que les championnats «exotiques» et/ou désargentés. Elle menace l’équité sportive des plus grandes divisions.

L’UEFA en est parfaitement consciente. En octobre dernier, l’organisation a lancé un appel d’offres aux allures de SOS «pour mener une étude visant à examiner les moyens de renforcer les capacités du football en matière d’enquêtes et de poursuites concernant les matchs truqués», s’estimant incapable d’endiguer le fléau par ses propres moyens. Ces derniers jours encore, des soupçons sont apparus concernant plusieurs rencontres du championnat chypriote.

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L’instance européenne suit sans doute le procès du «Caso Osasuna» avec attention. Selon Marca, le club – comme ceux qui ont accepté son argent – s’expose à des sanctions. «Même si plusieurs années ont passé, les quatre équipes impliquées pourraient être punies, par exemple en étant privées de compétitions européennes. Par le passé, [les clubs turcs de] Besiktas, Fenerbahçe, Sivasspor et [l’équipe albanaise de] Skenderbeu ont reçu des sanctions similaires dans des affaires similaires», souligne le quotidien sportif.