Athènes, drôle d'endroit pour une rencontre entre deux monuments du football allemand... C'est pourtant bien au stade Karaiskaki, demain soir, que les glorieux chemins d'Otto Rehhagel et Ottmar Hitzfeld se croiseront à nouveau. A main gauche, le roi Otto, demi-dieu en Grèce depuis qu'il a mené la sélection nationale à la victoire lors de l'Euro 2004. A main droite, l'empereur Ottmar, accueilli comme le messie cet été en Suisse, mais dont les indéniables compétences n'ont pas encore contaminé la Nati. L'enjeu du duel? Trois points prépondérants dans la course à la qualification pour la Coupe du monde 2010.

Au second plan

«J'ai beaucoup de respect pour l'homme et sa carrière, mais nos retrouvailles passeront au second plan», s'empresse d'ailleurs de déclarer le sélectionneur d'une équipe de Suisse pour qui la défaite est interdite. Il n'empêche: avec Helmut Schön, Udo Lattek et Hennes Weisweiler, Rehhagel et Hitzfeld appartiennent au cercle des plus grands coaches de l'histoire du football germanique. Et en présence de deux techniciens aussi titrés (lire encadré) et charismatiques, une partie de la rencontre se jouera forcément dans leurs calepins et sur le banc de touche.

Palmarès exceptionnels

Otto face à Ottmar. Un aboyeur en survêtement face à un gentleman en costume. Un septuagénaire survolté, sur qui les années ne semblent pas avoir prise, opposé à un homme de 59 ans, que la sagesse a récemment incité à lever le pied en empoignant les rênes de la sélection helvétique. Une bouille impayable sous une tignasse hirsute confrontée à une tête de général à la tonsure bien rangée en arrière. Un type excentrique que l'on a très vite éjecté du Bayern Munich contre celui qui a tout remporté avec le club bavarois. Deux hommes que tout sépare; en apparence seulement.

Otto Rehhagel et Ottmar Hitzfeld ont d'abord en commun un palmarès exceptionnel. Une rage de vaincre inextinguible, une capacité à transmettre la foi aux footballeurs, une poigne de fer lorsqu'il s'agit de gérer un groupe. Tous deux ont mené au sommet du football allemand des clubs qui étaient au fond du gouffre - le Werder Brême dans les années 1980 et le Borussia Dortmund la décennie suivante. L'un adore le théâtre, l'autre a longtemps excellé au poker. Habitués à se tirer la bourre en Bundesliga entre 1991 et 2001, ils se retrouvent donc mercredi au Pirée, dans des situations respectives radicalement opposées.

Le sélectionneur grec, trois matches/neuf points depuis le début de la campagne, bénéficie d'un crédit illimité auprès d'un peuple qui ne le remerciera jamais assez d'avoir unifié, pour la mener au triomphe de 2004, une équipe nationale divisée par tradition et délaissée par le public. «Il est notre héros à jamais», explique un journaliste athénien. «Lorsqu'il a émis l'éventualité de se retirer après un Euro 2008 raté (ndlr: trois défaites), tout le monde l'a supplié de rester. Et je peux vous garantir que les joueurs vont tout faire pour lui offrir un voyage en Afrique du Sud en guise de cadeau d'adieu.»

Deux meneurs d'hommes

Son homologue helvétique connaît quant à lui des débuts délicats - on rappellera au passage que la Grèce avait subi deux revers en guise d'entame à sa campagne qualificative à l'Euro portugais. Ottmar Hitzfeld, pressé par le temps et la nécessité de résultats, va bientôt avoir cinq mois devant lui afin de façonner son équipe, de transmettre sa philosophie. Mais en attendant, il y a un match à ne pas perdre face à son vieux rival Otto Rehhagel.

Otto et Ottmar. Le premier était un défenseur rugueux, le second un attaquant efficace. Tous deux sont devenus de grands entraîneurs, qui ne supportent pas de se laisser marcher sur les pieds, et encore moins de perdre un match de football. Formidables meneurs d'hommes, fins tacticiens, ils possèdent le talent d'exploiter au maximum les moyens mis à disposition. Pour l'anecdote, avec seulement 22 buts encaissés avec le Werder lors de la saison 1987/88, Rehhagel a longtemps détenu le record d'imperméabilité en Bundesliga; jusqu'à ce qu'il ne soit battu d'une unité, le printemps dernier, par le Bayern d'Hitzfeld.

Mercredi soir, les deux monuments ont rendez-vous dans une ville qui en regorge. Avant le début de la rencontre, ils échangeront une poignée de main empreinte de franchise et de respect mutuel. Et puis commencera un match de football - leur raison de vivre. D'un banc à l'autre, les deux éminences se livreront à un duel de prestige. Survêtement versus costard. Aboyeur contre gentleman. Et pour la énième fois, dans le feu de l'action, tout leur être ne sera tendu que vers un seul objectif: être meilleur que l'autre et rafler les trois points.

• Tranquillo Barnetta, qui souffre d'une contracture à une cuisse, n'a pas participé au premier entraînement de l'équipe de Suisse sur sol grec, lundi soir à Athènes. Sa participation à la rencontre de mercredi n'est pas garantie.