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Un match de padel à Monaco le 11 septembre 2016.
© SEBASTIEN NOGIER/EPA

Tendance

Le padel, ou le fol essor du tennis en cage

A mi-chemin entre le tennis et le squash, ce sport de raquette ultra-populaire en Espagne connaît depuis 2016 un boom spectaculaire au pays de Roger Federer. Lausanne vient s’ajouter à la liste des villes qui possèdent des installations

Dans l’idée, le padel emprunte son terrain au tennis, ses rebonds contre les murs au squash et sa raquette pleine aux jeux de plage. Son essor international, par contre, n’appartient qu’à lui, et la Suisse romande n’y échappe pas. Après Genève, Vernier, Aigle et Villars, Lausanne compte son premier terrain depuis cette semaine. Il sera inauguré ce jeudi, dès 18h30, à Vidy, avec un match d’exhibition entre quatre des meilleurs joueurs du pays.

Le Tennis Club Stade-Lausanne a décidé de convertir un de ses 19 courts de terre battue à la dernière tendance des sports de raquette. Du provisoire, pour l’instant. «Nous commençons une phase de test de quelques semaines, explique Jules Bourgon, membre du comité à l’origine du projet. Cela reste une discipline méconnue ici, donc nous voulons voir comment elle sera accueillie chez nous. Mais si l’essai est concluant, l’idée est bien entendu de pérenniser la structure.»

Le pari n’est pas déraisonnable, tant la greffe du padel semble prendre partout où elle est tentée. Ultra-populaire en Espagne, où il est devenu le plus prisé des sports de raquette après avoir été inventé voilà un demi-siècle au Mexique, le padel est en plein développement en Suisse. L’association faîtière Swiss Padel a vu le jour en 2006. La première «piste» (terme consacré) du pays a été installée en 2010 à Unterengstringen, dans le canton de Zurich. La Suisse romande est entrée dans le bain deux ans plus tard avec la construction d’un court au Country Club Geneva, à Bellevue. Et depuis maintenant trois ans, la discipline connaît un véritable boom.

Facile d’accès

En 2016, le pays de Roger Federer comptait 8 clubs investis dans le padel et 12 terrains de jeu. Il y a aujourd’hui 18 sociétés impliquées et 33 courts à disposition des amateurs. Il ne semble pas s’écouler une semaine sans que, quelque part, un journal local rapporte l’ouverture d’une première structure dans sa région. Un mouvement de fond qui n’en est qu’à ses prémices, estime Claudia Bräm, présidente de Swiss Padel depuis l’an dernier. «Ces derniers mois, nous recevons de plus en plus de demandes de renseignements en vue de l’installation de pistes», se réjouit celle qui n’a découvert la discipline qu’il y a cinq ans.

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Pour l’heure, la tendance reste malgré tout circonscrite aux régions zurichoise, bernoise, bâloise et lémanique. Point de sites dédiés au Tessin ou en Suisse centrale. Mais cela va venir, pense Claudia Bräm, convaincue que le padel n’est pas «une mode» mais un sport appelé à toucher le grand public dans un avenir proche. «C’est un jeu extrêmement fun, les points durent longtemps et les débutants s’y mettent très facilement, reprend la dirigeante. Après dix minutes, on commence à s’amuser. Au tennis, au golf et dans beaucoup de sports, il faut de nombreuses heures d’initiation avant de prendre du plaisir.»

La Suisse n’est pas le premier pays à céder au padel. Après l’Espagne, qui compte deux millions de pratiquants et près de 70 000 licenciés selon les derniers chiffres, la France, l’Italie et la Suède sont les leaders européens en la matière. Le développement passe souvent par la filiation avec le tennis: ses clubs investissent dans le padel, et certaines de ses stars lui font profiter de leur notoriété. Rafael Nadal a fait inclure des «cages» dans l’académie qu’il a ouverte à Majorque. Gaël Monfils participe de temps en temps à des compétitions. Jo-Wilfried Tsonga et Stan Wawrinka jouent ponctuellement à Genève. Pour le padel, c’est une aubaine. Mais pour le tennis? «Les clubs qui connaissent une petite érosion y voient une opportunité de renouveler leur audience, lance Claudia Bräm. Ils sentent bien le potentiel de la discipline.»

Moins traumatisant

Point de vue confirmé du côté du TC Stade-Lausanne. «Avec le padel, nous avons le sentiment qu’il est possible de diversifier notre public. Ce sport recrute au-delà du cercle des amateurs de tennis. Il semble possible d’intéresser plus de jeunes et de seniors. A terme, cela peut être un moyen d’augmenter notre nombre de membres», détaille Jules Bourgon.

Une réflexion similaire a conduit le Country Club Geneva à se poser en pionnier. «J’ai pris le risque d’installer une piste de padel sur un de nos dix courts de tennis intérieurs en 2012, se souvient le directeur, Frédéric Bouvier. Je connaissais ce sport pour avoir pas mal voyagé et j’avais connaissance de discussions, notamment à la Fédération française de tennis, pour s’en rapprocher, donc je présumais un mouvement fort. Chez nous, cela a mis un peu de temps à prendre, mais au bout de deux ans cela marchait déjà fort et nous avons décidé d’installer deux pistes supplémentaires.»

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Avant même de penser à recruter de nouveaux membres, Frédéric Bouvier pense avec le padel conserver les siens plus longtemps. «Le tennis est un sport très traumatisant pour le corps, et à un certain âge il devient difficile de jouer. Au padel, au contraire, on continue de s’amuser, les points durent, il n’y a pas besoin d’aller chercher les balles au loin…» Aujourd’hui, les trois pistes de Bellevue sont bien occupées à midi et en soirée, et le directeur ne regrette pas son pari. Au contraire, il est convaincu que la plupart des grands clubs de tennis auront bientôt leurs terrains de padel.

Tout un écosystème

Plusieurs entreprises fondées ces dernières années y travaillent activement. Les pistes du Country Club ont été construites et sont gérées par Padel First, qui se pose sur son site internet comme «le principal acteur du padel en Suisse romande». Swiss Padel Pro (avec qui le TC Stade-Lausanne collabore) ou Padel Swiss proposent aussi leurs services pour construire de nouveaux courts. Tout un écosystème est en train de se mettre en place pour nourrir le développement de la discipline. «Quand j’ai commencé à m’y intéresser, je me suis rapidement rendu compte que le niveau d’organisation était déjà élevé, s’étonne encore Jules Bourgon. Il y a une fédération, des compétitions nationales, des sociétés… On se rend bien compte qu’il se passe quelque chose avec ce sport.»

Au point qu’il pourrait, comme il l’a fait en Espagne selon ses promoteurs, dépasser le tennis dans le match de la popularité? «Je pense que nous en sommes loin, continue le membre du club lausannois. L’héritage historique et culturel du tennis, avec Roger Federer et Martina Hingis notamment, est trop important en Suisse.» Frédéric Bouvier est du même avis. «Le padel est sans doute amené à se développer davantage, mais cela ne se fera pas au détriment du tennis. D’ailleurs, chez nous, s’il devait y avoir la demande pour de nouvelles pistes, nous ne construirions plus au détriment des courts de tennis, mais en supplément.»

Pour l’heure, l’association faîtière Swiss Padel est limitée dans ses actions de lobbying par son manque de moyens. Mais elle travaille à sa reconnaissance par Swiss Olympic. Et Claudia Bräm, sa présidente, est convaincue que le padel a les moyens de pousser son développement jusqu’à devenir une discipline olympique.


Le padel, c’est quoi?

Le padel est un sport dérivé du tennis qui se joue à deux contre deux sur un terrain de 20 mètres sur 10 entouré de parois. Les joueurs utilisent des raquettes pleines (sans cordage) mais avec des trous, et des balles d’une pression légèrement inférieure à celles utilisées au tennis. Après avoir rebondi au sol une fois, la balle peut rebondir contre les murs avant d’être renvoyée dans le camp adverse. Les points sont comptés comme au tennis.

Inventé dans les années 1960 au Mexique, le jeu s’est dans un premier temps développé en Espagne. Des championnats du monde sont organisés tous les deux ans depuis 1992. La Suisse y envoie des équipes depuis une dizaine d’années mais n’y a jamais décroché la moindre médaille.

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