On vous a déjà parlé de la pluie et du beau temps toute cette semaine. Alors, désolé si vous ne goûtez guère les conversations de salon de coiffure, mais on va remettre ça une dernière fois. «En golf, le vent permet de différencier les hommes des petits garçons», assure l'adage écossais. Hier, les cieux ont voulu frapper une dernière fois pour s'assurer que le vainqueur du British Open 2008 appartiendrait bien à la première catégorie. Et pour avoir su défendre son titre malgré tous les vents contraires qui semblaient s'acharner sur lui en début de semaine, Padraig Harrington a montré qu'il appartenait définitivement au gratin du golf mondial.

Mercredi dernier, il était grandement question du forfait du tenant du titre. Quelques jours plus tôt, l'Irlandais avait voulu expérimenter une drôle de technique d'entraînement, qui consiste à swinguer contre un sac de sable afin de retrouver les sensations du contact de la balle. Il y avait simplement gagné un poignet en vrac, au point de ne pas s'entraîner la veille du tournoi et d'assurer: «S'il ne s'était agi du British, j'aurais déjà déclaré forfait.»

Il pourra rendre un vibrant hommage à son physiothérapeute, qu'il a sans doute plus fréquenté ces derniers jours que la maison familiale louée pour l'occasion. Il pourra également remercier le destin de l'avoir fait naître en Irlande, et d'y développer ainsi une grande science de la maîtrise des courants d'air. Mais pour le reste, Harrington ne doit qu'à son talent brut la conquête de son deuxième British Open consécutif, après Carnoustie l'an dernier. Engagé jeudi dans les parties du matin, au moment où la pluie, le vent et le froid avaient décidé d'unir leurs forces de l'ombre, il avait su ramener un 74 (+4) exceptionnel dans ces conditions.

Aligné dimanche en dernière partie au côté de l'Australien Greg Norman, sur qui il comptait deux coups de retard, il s'est d'abord contenté d'enquiller des pars à grande valeur marchande, avant de connaître un sale trou d'air. Trois bogeys du 7 au 9 ont rendu la tête à son partenaire, avant que Harrington ne sorte le grand jeu du champion qu'il est: birdies au 13 et au 15, et coup de bois 5 déposé au drapeau sur le 17 pour un eagle définitif. Il pouvait alors remonter le fairway du 18 toutes dents dehors, de manière bien plus sereine qu'à Carnoustie l'an dernier, quand sa balle avait pris le bouillon du Barry Burn sur le dernier trou et que son 6 final lui laissait craindre le pire. «Cette victoire-là, avec quatre coups d'avance, va probablement me donner beaucoup plus de confiance que celle de l'an dernier», disait-il hier soir.

«La clé aujourd'hui, c'était d'accepter que des coups très bien tapés ne donnent pas de bons résultats.» Harrington n'avait plus rien gagné depuis son British 2007, mais il est maintenant le premier Européen à défendre victorieusement son titre dans l'épreuve depuis l'Ecossais James Braid en 1905-1906. Pourtant, on lui reproche parfois comme un manque de charisme. Sûr qu'il n'a pas l'allure de Greg Norman, son partenaire du jour. Sûr aussi qu'il ne possède pas le sens de la fantaisie de Ian Poulter, son second au Royal Birkdale, quatre coups derrière lui. Sûr qu'il a un peu une gueule d'antistar quand il promène sa sympathique bouille d'Irlandais avec deux attitudes récurrentes: un sourire greffé après chaque coup, bon ou mauvais, et une excellente imitation du lapin quand il penche la tête, toutes dents dehors, pour suivre le vol de sa balle. Mais c'est bien lui qui sera la figure de proue de l'équipe européenne de Ryder Cup en septembre prochain.

A 53 ans, Greg Norman menait le tournoi avec deux coups d'avance au matin du dernier tour. Interrogé sur cette impossible performance, l'Américain Rocco Mediate avait eu ce bon mot: «Greg Norman, Tiger Woods... Ces gars-là ne sont simplement pas comme nous.» Sauf que Tiger Woods a, lui, toujours remporté un Majeur quand il menait le dimanche. Avant cette semaine, Norman en avait, quant à lui, perdu six sur sept dans les mêmes conditions. Ça fait sept sur huit désormais. Trois bogeys d'entrée ont gommé toute son avance, et trois virgules bien malheureuses aux trous 11, 12 et 17 ont achevé sa belle aventure à la troisième place finale, à six coups du vainqueur. «Bien sûr que je suis déçu, prétendre le contraire serait mentir. Je le suis sans doute moins que certaines fois au cours du passé, mais je suis déçu quand même. Reste que je suis également très content de ma semaine.» Dès ce lundi, Norman partira à Troon, en Ecosse, pour disputer le British Open Seniors...

On peut lire de deux façons différentes cette drôle de balade australienne. Certains assurent qu'une victoire d'un vétéran dans la plus belle et la plus compétitive des épreuves aurait été un coup terrible porté à la crédibilité du golf. Greg Norman avait une vision différente et bien plus réaliste de la chose: «Si j'étais un jeune professionnel de 21 ou 23 ans et que je voyais un gars de 53 ans en tête du British, je me dirais: «Oh mon Dieu, dans trente ans, j'aurai toujours une chance de gagner.» Aujourd'hui, Greg Norman est un homme heureux. Son corps ne souffre plus, et son bonheur retrouvé aux côtés de Chris Evert lui a fait oublier les affres de son divorce (103 millions de dollars lâchés à son ex-épouse, «un prix lourd à payer pour la liberté», selon son avocat). Un équilibre de vie bien plus important qu'une troisième aiguière d'argent.