Football

A Palerme, le président «mange-entraîneurs» sort de table

Maurizio Zamparini quitte la présidence du club sicilien. Il y a procédé à 40 changements de coach en quinze ans, mais aussi réalisé des transactions virtuoses sur le marché des transferts

En quinze ans de présidence, le volcanique Maurizio Zamparini a menacé une bonne vingtaine de fois de quitter Palerme. Alors, quand l’année dernière il se disait «épuisé du football» et formulait le vœu de voir de nouveaux propriétaires reprendre son club, cela pouvait passer pour des paroles en l’air. Et pourtant: lundi, l’homme d’affaires de 75 ans a très officiellement annoncé son départ. Un nouveau président issu d’un consortium anglo-américain prendra le relais d’ici à deux semaines.

Maurizio Zamparini à la retraite, c’est l’ogre qui sort de table. Son obstination à virer ses coaches au moindre faux pas lui a valu, en Suisse, le surnom de «Christian Constantin italien» et, dans son pays, de mangia-allenatori, «mange-entraîneurs». En quinze ans de présidence, il a nommé 40 entraîneurs, un record. Certains ont été remerciés sans avoir dirigé la moindre partie; d’autres avaient si bien intégré le système que le patron n’a même pas eu à leur indiquer la porte. «Autrefois, je virais moi-même les entraîneurs. Maintenant, ils partent d’eux-mêmes», s’étonna-t-il un jour, précédé par sa réputation. Il s’était déjà fait la main en licenciant à la chaîne du côté de Venise entre 1987 et 2002, lors d’un premier mandat de patron de club.

Lire aussi: Ranieri, Celestini et le choc psychologique

Cette saison, sa colère a déjà frappé trois fois: Davide Ballardini a été viré le 5 septembre, Roberto De Zerbi le 30 novembre, Eugenio Corini le 24 janvier. Depuis le 10 novembre 2015, dix coaches ont été adoubés; un seul d’entre eux a pu diriger son équipe plus de dix matches. Pas étonnant que le «mange-entraîneurs» soit repu après pareil festin. Son départ laisse Diego Lopez, nommé le 26 janvier dernier, en survivant hébété d’un massacre dont toutes les victimes étaient consentantes.

Businessman génial

Car au fil du temps et malgré des licenciements en série doublés de déclarations parfois humiliantes, Maurizio Zamparini a toujours trouvé de quoi garnir son banc. «Beaucoup d’entraîneurs savent qu’accepter l’offre de Zamparini représente un gros risque, mais ils sont attirés par le contrat, souvent de deux ans, expliquait en 2013 le journaliste sicilien Franco Cammarasana à So Foot. Si cela se passe mal, ils ont un salaire assuré pendant deux ans, et peuvent donc attendre tranquillement une autre opportunité.» Plusieurs entraîneurs ont même accepté de revenir après avoir été virés de Palerme (dont quelques-uns plusieurs fois au cours d’une même saison). Mais dans un marché saturé où il y a moins de postes que de candidats, rares sont ceux qui refusent l’opportunité d’officier en Serie A. Même sous la menace d’un président sulfureux.

Mais Maurizio Zamparini n’a pas été qu’un responsable RH en roue libre, il s’est aussi distingué par un sens des affaires aiguisé. Avant ses débuts dans le football, il a fait fortune en fondant ou en achetant des sociétés avant de les revendre en réalisant au passage une plus-value. Une pratique dont il a su se faire le champion sur le marché des transferts. Son plus beau coup, Javier Pastore: arrivé de Huracan (Argentine) pour 7 millions d’euros et revendu deux ans plus tard au PSG pour 42 millions d’euros. Edinson Cavani: acheté pour moins de 5 millions d’euros à Danubio (Uruguay), cédé pour 21 millions d’euros à Naples. Paulo Dybala: acquis pour 12 millions d’euros après une petite saison en deuxième division argentine, vendu 32 millions d’euros à la Juventus.

Businessman génial, patron impatient et impitoyable, Maurizio Zamparini était un dirigeant à part. En avril 2012, le magazine britannique «World Soccer» dressait la liste des présidents les plus fous et plaçait l’Italien en troisième position d’un classement enlevé par… Christian Constantin.

Publicité