L’année des skieurs professionnels se structure toujours plus ou moins de la même façon. A la fin de la saison, ils procèdent à quelques essais de matériel avant de prendre des vacances, puis d’attaquer une longue préparation physique qui les mène, au plus chaud de l’été, à retrouver la neige sur les glaciers. A la mi-octobre, ils sont affûtés comme les carres de leurs lattes pour le début de la Coupe du monde à Sölden (Autriche).

A quelques semaines de l’échéance, ils doivent toutefois se plier aux exigences de la «Werbewoche» («semaine publicitaire») pendant laquelle ils délaissent appareils de musculation et téléphériques pour renouveler les banques d’images de leurs sponsors et répondre aux questions de journalistes qui ne les ont pas vus depuis des mois. Cette année, précaution sanitaire oblige, les rencontres informelles ont été remplacées par des visioconférences minutées. Il en faudrait plus pour déstabiliser les athlètes suisses.

Ce qu’il y aurait de frustrant, c’est d’être testée positive au Covid-19 et de ne pas pouvoir participer à une course sans ressentir aucun symptôme

Michelle Gisin

Oui, la saison dernière a été amputée d’une partie de ses courses, les finales de la Coupe du monde à Cortina d'Ampezzo (répétition générale des Mondiaux 2021) ont été annulées, la tournée américaine de novembre aussi et il faudra probablement faire sans les ambiances délirantes de Schladming ou Adelboden. Mais… stop. N’en jetez plus. Ça ira quand même.

Le désinfectant? Check

«Au vu de ce qu’il se passe, nous sommes vraiment des privilégiés, appuie Daniel Yule. Nous avons eu beaucoup de temps pour nous préparer, les conditions sur les glaciers ont été excellentes, et le programme qui nous attend est très attractif. Beaucoup de choses peuvent encore se passer mais à ce stade, nous ne sommes vraiment pas à plaindre.» Et quelque part, le slalomeur valaisan et ses homologues comptent parmi les athlètes les mieux armés face à la situation actuelle.

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Premièrement, la flexibilité est pour eux un véritable mode de vie: ils sont habitués à changer leurs plans du jour au lendemain, à partir s’entraîner dans les Grisons plutôt qu’à Saas-Fee parce que les conditions y seront meilleures ou à voir une course annulée à la der' parce que la tempête se lève. «Certains le gèrent mieux que d’autres, mais c’est vrai que nous sommes tous rompus aux modifications de programme», rebondit Daniel Yule.

Deuxièmement, les skieurs – et avec eux les autres sportifs d’hiver – sont accoutumés à la menace de la maladie. «En équipe, nous sommes toujours les uns avec les autres, que ce soit dans les remontées mécaniques ou dans les chambres d’hôtel, note Loïc Meillard. Donc on le sait très bien: s’il y en a un qui a la grippe, on la chope tous.»

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Pour s’en prémunir, un certain nombre des précautions devenues obligatoires au temps du Covid-19 étaient déjà prises spontanément auparavant. «Cela n’allait jamais jusqu’à porter des masques entre nous, remarque Michelle Gisin. Mais l’hygiène des mains, le fait de toujours avoir du désinfectant avec soi… C’est assez commun dans le milieu.»

Les jambes démangent

Le calendrier de la saison a été repensé pour limiter au maximum la taille des rassemblements d’athlètes au même endroit au même moment. Les protocoles sanitaires s’annoncent stricts. «On va subir des tests avant chaque course et il faudra bien se plier aux résultats», lance Loïc Meillard. Qui ne s’est pas spécialement mis dans une bulle. Il voit ses amis et sa famille comme en temps normal, tout en respectant au mieux les gestes barrières.

«Moi, ma saison commence dans deux mois et demi, je ne vais pas commencer à faire du zèle maintenant», soupire Daniel Yule. La pression montera peut-être à l’approche des compétitions. Michelle Gisin, en tout cas, se dit qu’elle fera très attention à deux semaines des courses. «Ce qu’il y aurait de frustrant, c’est d’être testée positive au Covid-19 et de ne pas pouvoir participer à une course sans ressentir aucun symptôme, alors que, lors des années normales, on s’élance parfois même si on est malade…»

A part ça? La championne olympique du combiné dit avoir eu le temps de franchir un cap physiquement. Loïc Meillard termine sa préparation en confiance après avoir eu «plus de temps, donc moins de stress» que d’habitude. Et Daniel Yule se sent les jambes de confirmer sa «meilleure saison en carrière» de l’hiver dernier (trois victoires en slalom). «L’attente a été longue, sourit Michelle Gisin. Vraiment: je me réjouis beaucoup plus que je ne m’inquiète de la reprise.»