Chef du secteur alpin au sein de Swiss-Ski depuis l’hiver dernier, Walter Reusser décrit les mesures prises par la fédération pour minimiser les risques sanitaires… et maximiser les chances de disputer une saison aussi complète que possible.

«Le Temps»: Arrivez-vous à vous réjouir de la saison qui débute?

Walter Reusser: Oui, bien sûr. Mais il est clair qu’il y a beaucoup d’incertitudes. Il faudra composer avec un grand nombre de nouvelles règles. Cela commence par le fait de devoir fournir, pour tous les membres de la délégation, des résultats négatifs à des tests de dépistage au Covid-19 avant chaque épreuve, ce qui représente une certaine pression. Nous avons pris des dispositions pour que tout le monde reste en bonne santé, notamment en nous isolant. Cette semaine, alors que beaucoup d’équipes étaient déjà à Sölden pour s’entraîner, nous avons décidé de rester à Diavolezza, dans les Grisons. Le domaine skiable n’était ouvert que pour nous. L’équipe féminine avait un hôtel rien que pour elle. Maximiser nos chances de ne pas attraper le virus demande beaucoup d’efforts.

Et il faudra donc s’habituer aux tests…

Oui. Nous avons déjà testé tout le monde avant de rejoindre Diavolezza, puis avant le départ pour Sölden. Tout est géré de manière centralisée, avec l’appui de l’Université de Zurich, qui nous fournit des résultats en quelques heures.

Encouragez-vous les athlètes à rester dans leur bulle, à ne pas trop voir leurs proches?

Nous avons établi un concept de protection dès le mois de mai, lorsqu’il a été possible de reprendre l’entraînement. Il continue de nous servir de base. Mais avec la reprise des compétitions, nous avons renforcé les règles à suivre. A Sölden, les athlètes devront porter un masque partout, et nous demandons à leur entourage – famille, amis, managers, représentants des équipementiers – de ne pas leur rendre visite à l’hôtel et, de manière générale, de les voir le moins possible. Jamais plus de quinze minutes sans masque. Dans notre organisation, nous avons aussi un système de sous-groupes au sein des groupes, de manière à limiter le nombre de personnes en contact rapproché. Et bien sûr, nous respectons les distances sociales.

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Les athlètes coopèrent-ils volontiers?

Je pense que le fait d’avoir des règles strictes, établies par Swiss-Ski, les aide à encadrer les relations avec leurs proches. Et au-delà, ils sont conscients que les mesures sont prises dans leur propre intérêt, ainsi que dans celui de la compétition. Ils connaissent les risques encourus.

Quel est votre point de vue sur le calendrier de la saison, très alpin?

Dans la crise actuelle, ce sont les voyages qui présentent la plus grande part de risque, avec le déplacement de toute l’équipe, de tout le matériel. Une Coupe du monde «locale», essentiellement disputée au cœur de l’Europe, était la seule solution. Les équipes américaine et canadienne prendront une base dans les Alpes, et cela facilite les choses pour tout le monde.

Pour la Suisse en premier lieu: 18 courses sont prévues dans le pays!

Sportivement, ce n’est pas un si grand avantage que l’on peut le penser, car tous les meilleurs athlètes internationaux connaissent aussi bien que les nôtres des épreuves classiques comme Saint-Moritz, Adelboden ou Crans-Montana. Par contre, c’est vrai, nous serons souvent chez nous, où nos concepts de protection sont bien en place. Et nous serons exemptés de longs voyages.

Skieuses et skieurs prendront beaucoup moins l’avion que l’hiver dernier…

Chaque crise a ses aspects positifs. En l’occurrence, la pandémie nous a poussés à repenser le calendrier, à limiter les vols tous azimuts et à réfléchir la Coupe du monde comme un circuit avec plus de cohérence. Cette démarche laissera des traces. Je pense qu’à l’avenir les épreuves qui auront du sens seront privilégiées. Et si on doit voyager à l’autre bout du monde, ce ne sera pas que pour une ou deux courses.


L’hiver de la confirmation

La saison dernière, skieuses et skieurs suisses ont uni leurs efforts pour remporter le classement de la Coupe des nations pour la première fois depuis 1989. Cette année, ils seront forcément attendus au virage, même si le chef alpin Walter Reusser refuse d’articuler des objectifs précis. Une confirmation serait «la conséquence d’un hiver réussi», voilà tout. Reste que les motifs d’espoir de bons résultats sont nombreux chez les hommes (Beat Feuz, Daniel Yule, Ramon Zenhäusern) comme chez les femmes (Michelle Gisin, Corinne Suter, Lara Gut-Behrami).

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Avec Loïc Meillard et Marco Odermatt, Swiss-Ski dispose par ailleurs de deux généralistes susceptibles, un jour ou l’autre, de jouer le grand globe de cristal. «Mais ils n’ont pas encore les résultats qui permettent d’en faire un but avoué, contrairement à un Alexis Pinturault qui a déjà terminé plusieurs fois deuxième», estime Walter Reusser. La saison sera aussi marquée par les Mondiaux de Cortina d'Ampezzo (Italie), en février, qui offrira une autre occasion d’affirmer la nouvelle domination des athlètes nationaux sur le Cirque blanc.